Sommes-nous des chrétiens qui éloignons les autres de Dieu ?

Le pape François commente l’histoire de Bartimée

Le Pape lors de la messe du 28 mai 2015 à Sainte-Marthe

Article repris du site de Radio Vatican

Il existe des chrétiens qui éloignent les gens de Jésus parce qu’ils ne pensent qu’à leur rapport avec Dieu, parce qu’ils sont affairistes, ou encore mondains, ou rigoristes, mais il existe également des chrétiens qui écoutent vraiment le cri de ceux qui ont besoin du Seigneur. Lors de la messe quotidienne célébrée dans la chapelle de la Maison Sainte-Marthe, le Pape a commenté le chapitre dix de l’évangile selon saint Marc, quand les disciples rabrouent l’aveugle Bartimée qui interpelle Jésus afin d’être guéri. François distingue trois groupes de chrétiens.

Il y a d’abord ceux qui ne s’occupent que de leur rapport avec Jésus, un rapport fermé et égoïste, et ils n’entendent pas le cri des autres, de tous ceux qui ont besoin de Jésus, et de l’Église. C’est un groupe d’indifférents qui n’entendent pas, et croient que la vie se résume à leur petit groupe ; ils sont contents et sont sourds à la clameur de tant de personnes qui ont besoin du salut, de l’aide de Jésus et de l’Église. Ces personnes sont égoïstes. Elles vivent pour elles-mêmes et  sont incapables d’entendre la voix de Jésus.

Ne pas utiliser les gens, ni leur charger les épaules

Ensuite, il y a ceux qui entendent ce cri qui demande de l’aide, mais qui veulent le faire taire. Comme lorsque les disciples éloignent les enfants pour qu’ils n’importunent pas le Maître. Le Maître est à eux, il est là pour eux et non pour tous. Ces gens-là éloignent de Jésus ceux qui crient, qui ont besoin de la foi et de salut. Parmi ces gens, souligne le Pape, il y a les affairistes qui sont proches de Jésus, qui sont dans le temple et qui ont l’air religieux, mais Jésus les chasse parce qu’ils traitent leurs affaires dans la maison de Dieu. Il s’agit des gens qui ne veulent pas entendre la demande d’aide et préfèrent faire leurs affaires et ils utilisent le peuple de Dieu et l’Église pour faire leur propre business. Ces hommes sont des affairistes qui éloignent les gens de Jésus.

Dans ce groupe, il y a des chrétiens qui ne témoignent pas. Ce sont des chrétiens de nom, des chrétiens de salon, de réceptions. Leur vie intérieure n’est pas chrétienne, mais mondaine. Un homme qui se dit chrétien et qui vit comme un mondain éloigne ceux qui demandent de l’aide à Jésus. Ensuite, il y a les rigoristes : ceux que Jésus gronde, parce qu’ils chargent de tant de poids les épaules des gens. Jésus leur dédie tout le chapitre 23 de l’évangile selon Matthieu : Hypocrites, vous tirez profit des gens. Au lieu de les aider, vous les éloignez.

Enfin, il existe un troisième groupe de chrétiens qui aident à s’approcher de Jésus. Des hommes qui font preuve de cohérence entre ce à quoi ils croient et ce qu’ils vivent. Ils aident ainsi ces gens qui crient, demandant salut, grâce et santé spirituelle pour leurs âmes, à s’approcher de Jésus.

Le Pape nous invite chacun à faire notre propre examen de conscience pour évaluer si nous sommes des chrétiens qui éloignent les gens de Jésus ou les rapprochent de Lui, parce qu’ils entendent le cri de ceux qui demandent de l’aide pour leur propre salut.

Bonne réflexion à chacun(e) !

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Évangile de Jésus Christ selon saint Marc (Mc 10, 46b-52)

En ce temps-là, tandis que Jésus sortait de Jéricho avec ses disciples et une foule nombreuse, le fils de Timée, Bartimée, un aveugle qui mendiait, était assis au bord du chemin.

Quand il entendit que c’était Jésus de Nazareth, il se mit à crier : Fils de David, Jésus, prends pitié de moi ! Beaucoup de gens le rabrouaient pour le faire taire, mais il criait de plus belle : Fils de David, prends pitié de moi !

Jésus s’arrête et dit : Appelez-le. On appelle donc l’aveugle, et on lui dit : Confiance, lève-toi ; il t’appelle. L’aveugle jeta son manteau, bondit et courut vers Jésus.

Prenant la parole, Jésus lui dit : Que veux-tu que je fasse pour toi ? L’aveugle lui dit :
Rabbouni, que je retrouve la vue ! 

Et Jésus lui dit : Va, ta foi t’a sauvé.

Aussitôt l’homme retrouva la vue, et il suivait Jésus sur le chemin.

Thabor et/ou Golgotha?

2014-03-16 - Fonts 2Carême

Homélie de l’abbé Marcel Villers
pour le 2ème dimanche de Carême,
Année A, Mt 17,1-9

Dans notre existence, il y a des moments privilégiés, des heures, le plus souvent des instants, brefs comme l’éclair, où nous sommes éblouis, transportés par la beauté du monde.

Ainsi un coucher de soleil sur la mer scintillant de lumière peut susciter un sommet de joie, d’émotion intenses.

Éblouis par la beauté de la nature, ou inondés d’une paix profonde par telle rencontre, ou transportés par un amour intense, l’on peut se sentir comme dans un autre monde, au septième ciel, dit-on.

De ces moments, de ces expériences fortes, nous voudrions ne jamais sortir. Ce sont de ces instants qu’on cherche à prolonger indéfiniment.

Ce sont des sommets de lumière dans nos vies.

C’est un peu ce genre d’expérience que font Jésus et ses amis sur la montagne du Thabor.

Ces temps forts éveillent en nous quelqu’un que nous ne connaissions pas. C’est qu’ils nous font accéder à une intensité de vie qui n’est pas notre lot quotidien. Ils révèlent, éveillent en chacun un autre homme, un deuxième homme qui, dans l’ordinaire, sommeille en nous. Il y a l’homme du quotidien, de la semaine, de la routine. Et puis, il y a ces moments de grâce où nous nous éveillons plus grands. Nous sommes faits pour autre chose, pour une plénitude de vie.

C’est ce qui se passe pour Jésus et ses amis.

Ils le connaissent bien pourtant, vivent avec lui du matin au soir, partagent son ordinaire. Et voilà que, sur la montagne, il se révèle tout autre, inconnu, inondé par la gloire de Dieu.

Son visage devint brillant comme le soleil, et ses vêtements, blancs comme la lumière.

Il y a en Jésus plus que Jésus : Celui-ci est mon Fils bien-aimé, dit la voix céleste.

Il en de même pour le baptême. On demande souvent : Qu’est-ce que cela change en moi le baptême ? Tout simplement, il éveille en nous le deuxième homme.

Il y a en chaque être humain un mystère, un être de lumière que le baptême révèle. Bref, il y a en nous plus que nous-mêmes. Le baptême, c’est Dieu qui dit de nous : Celui-ci est mon Fils bien-aimé.

A côté de ces sommets de lumière, il y a dans la vie de chacun de nombreux moments de ténèbres, moments où nous sommes anéantis par l’échec, la maladie, l’épreuve, la mort.

A côté des sommets de lumière, il y a des sommets nocturnes qu’il faut gravir dans la douleur et les larmes.

A côté du Thabor, il y a le Golgotha que Jésus doit gravir pour y monter sur la croix, dans la nuit, abandonné de Dieu.

Comment concilier ces sommets de lumière et ces sommets de ténèbres ? Quel est notre destin : la nuit ou la lumière ? A quoi Dieu nous destine-t-il : la gloire ou les ténèbres ? Le Thabor ou le Golgotha ? Quel est l’homme véritable en nous : celui inondé de joie ou celui écrasé de douleur ? L’homme du quotidien ou le deuxième homme ?

Il n’y a pas deux hommes en nous, deux vies ou deux destinées : l’une de lumière et l’autre de ténèbres. Il y a à transfigurer l’une par l’autre.

Il n’y a pas deux personnes en Jésus : l’homme banal et le Fils de Dieu. C’est dans l’homme Jésus que se révèle Dieu lui-même.

Plus. C’est sur son visage défiguré et torturé par la Passion que nous est dévoilé le visage le plus lumineux de Dieu : celui de l’Amour qui va jusqu’au bout.

Pour nous, il en est de même. Il nous est demandé de transfigurer par l’Amour tous les moments nocturnes de notre vie.

C’est du sein de la nuit la plus obscure que jaillit la lumière comme c’est du tombeau qu’a jailli le Christ ressuscité.

Comme c’est des eaux de la mort, symbolisées par cette cuve des fonts baptismaux, que jaillit l’homme nouveau au baptême.

C’est pourquoi, sur les fonts, on a mis en relief deux têtes, l’une sombre et l’autre lumineuse. C’est bien ce qu’opère le baptême : le passage des ténèbres à la lumière, la transfiguration, anticipation de la résurrection qui est notre destinée.

Son visage devint brillant comme le soleil, et ses vêtements, blancs comme la lumière.

Abbé Marcel Villers