Clés pour lire l’évangile de Marc : 26. Une question d’identité

Clé pour lire l’évangile de Marc

Dans cette série hebdomadaire (parution le mercredi matin), nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Marc. Cette semaine : Mc 6,1-6 du 14e dimanche du temps ordinaire.

26. Une question d’identité

D’où cela lui vient-il ? Quelle est cette sagesse et ces grands miracles ?   N’est-il pas le charpentier, le fils de…, le frère de… ?  (Mc 6,2-3)

Que de questions ! Toutes portent sur l’identité de Jésus qui est la clé de l’évangile de Marc. Rares sont les récits composant cet évangile qui ne posent pas de question sur Jésus. Toutes ces questions, qu’elles viennent des adversaires de Jésus, de ses disciples, de ses concitoyens, de sa famille, contribuent à construire progressivement une image de Jésus. Cette progression au long du récit de Marc correspond au chemin que doit parcourir son lecteur et tout chrétien pour se faire une juste image de Jésus et y adhérer. En ce sens, Marc dessine un véritable parcours initiatique.

Enseignement, sagesse, grands miracles, prophète, telles sont les qualités reconnues à Jésus. Elles sont mises en relation avec des réalités ordinaires : charpentier, fils et frère de personnes bien connues des auditeurs de Jésus. La confrontation des deux séries conduit de l’admiration au scepticisme (Quelle est … ?), à l’opposition (choqués), puis au rejet (manque de foi).

La famille de Jésus

A côté de Joseph et Marie, on mentionne des sœurs et quatre frères dont on cite les noms : « Jacques, José, Jude, Simon » (6,3). L’hébreu n’avait pas de mot pour désigner les cousins. Il emploie le mot « frère » (ah) pour désigner plus largement les membres d’un groupe familial. (Gn 13,8 ; 29,12-13) Et c’est bien ce mot que reprend la Bible grecque des LXX, bien que le grec dispose de mots plus variés. Les évangiles utilisent un vocabulaire conforme à celui de la Bible grecque, c’est-à-dire dans le sens large du mot « frère ». Ce mot désignait tout le clan de Nazareth en un temps où la famille n’était point la petite cellule actuelle, mais un large groupe patriarcal.

La tradition catholique a toujours insisté sur le sens large du mot « frère » en cohérence avec sa foi dans la caractère unique et virginal de la maternité de Marie. La plupart des Protestants s’en tiennent à l’opinion que Jésus a eu des frères et des sœurs, et donc que Marie n’est pas restée vierge après la naissance de Jésus. (Chouraqui André, L’univers de la Bible, tome VIII, Paris, 1985, p.183)

Abbé Marcel Villers

Clés pour lire l’évangile de Marc : 25. Une révélation pour Jésus

Clé pour lire l’évangile de Marc

Dans cette série hebdomadaire (parution le mercredi matin), nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Marc. Cette semaine : Mc 5,21-43 du 13e dimanche du temps ordinaire.

25. Une révélation pour Jésus

Jésus se rendit compte qu’une force était sortie de lui (Mc 5,30)

C’est la mort que Jésus affronte, la mort sous deux de ses visages. La mort lente, tout d’abord, celle qui nous ronge inexorablement comme cette femme dont le sang, la vie, se perd. La mort soudaine qui s’abat inopinément comme sur cet enfant, mort révoltante et scandaleuse.

Qui peut vaincre la mort ? Restent la résignation devant l’inéluctable ou la révolte devant l’absurde. Jésus ouvre une troisième voie : la foi. C’est celle de cette femme qui « vint par-derrière dans la foule et toucha son vêtement. » (5,27) A l’instant, elle fut guérie.

Quant à Jésus, « il se rendit compte qu’une force était sortie de lui » (5,30) On peut penser que ce jour-là, Jésus a compris qu’un certain pouvoir lui était donné, un peu comme ces personnes qui un jour, se rendent compte qu’elles ont reçu un don de guérir. Et Jésus mit ce don au service de l’annonce du Règne de Dieu.

Jésus, un thaumaturge

De nombreux récits des guérisons dues à Jésus figurent dans les évangiles. La transmission de ces récits a été suscitée par un fait historique : Jésus était un thaumaturge, c’est-à-dire capable d’actes étonnants ou miracles. Comment Jésus a-t-il compris ce pouvoir ?

Il a compris ses miracles à la lumière du milieu culturel où il vivait, non comme des prodiges, mais comme des paroles divines concrétisées. Jésus s’est lui-même compris à partir de ses miracles qui ont été des signes d’abord pour lui, signes de sa vocation de Messie dont on attendait certains actes précis : « les aveugles retrouvent la vue, les boiteux marchent, les sourds entendent, les morts ressuscitent… » (Mt 11,5) Jésus ne s’est pas installé comme guérisseur ; il a guéri pour révéler que le Règne de Dieu arrivait par lui. Son pouvoir de guérir, il l’a mis au service de sa mission.

Abbé Marcel Villers

Clés pour lire l’évangile de Marc : 24. Passons de l’autre côté

Clé pour lire l’évangile de Marc

Dans cette série hebdomadaire (parution le mercredi matin), nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Marc. Cette semaine : Mc 4,35-41 du 12e dimanche du temps ordinaire.

24. Passons de l’autre côté

 Pourquoi êtes-vous si craintifs ? N’avez-vous pas encore la foi ? (Mc 4,40)

La mer, c’est la grande épreuve que doit connaître le disciple pour « passer sur l’autre rive » (4,35), celle qu’habite son maître, Jésus. « Réveillé » (ressuscité), il est vainqueur de la peur et de la mort qu’il domine comme le vent et la mer : « Silence, tais-toi. » (4,39)

C’est « au bord de la mer » que Jésus appelle des pêcheurs à venir derrière lui (1,16) qui se retire « vers la mer » (3,7) en prévision d’une traversée pour laquelle il demande « qu’une barque soit en permanence près de lui » (3,9). Puis, c’est « au bord de la mer » que Jésus enseigne (4,1). Ensuite, après avoir été appelés et enseignés, les disciples connaissent l’épreuve qui les initie à l’existence christique. C’est la traversée de la mer où Jésus les emmène : « Passons de l’autre côté » (4,35).

Sur la mer, les disciples font face au monstre effrayant et déchaîné, monstre dévorant qui « remplit la barque » (4,37). C’est la grande épreuve du disciple : la peur ou la foi dans celui qui a vaincu la mer. (Jean-Claude REICHERT, Catéchèse pour temps de ruptures, 2002, 112-114)

La mer

La mer est issue de l’abîme primordial (les eaux de Gn 1). Dieu en a fixé les bornes et l’a peuplée de la faune qui y pullule et qui comporte les géants cétacés d’où sortent les monstres marins que la Bible présente comme symboles des forces du mal. En langage biblique, la mer est avant tout un symbole de l’élément hostile à la vie.

La mer, dont les dimensions échappent à l’entendement, est en elle-même effrayante par l’instabilité, les bouillonnements incessants, les redoutables tempêtes. Dieu certes en est le maître, il contrôle et utilise cette agitation à ses fins. Mais la mer reste l’inquiétant milieu d’où monteront les bêtes de la fin des temps (Dn 7 ; Ap 13 et 21). Cette mer mal famée disparaîtra du monde nouveau et la remplacera un océan solide et immobile, sans gouffres ni tempêtes. (A-M. GERARD, Dictionnaire de la Bible, 1989)

Abbé Marcel Villers

Clés pour lire l’évangile de Marc : 23. La semence et le Règne

Clé pour lire l’évangile de Marc

Dans cette série hebdomadaire (parution le mercredi matin), nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Marc. Cette semaine : Mc 4,26-34 du 11e dimanche du temps ordinaire.

23. La semence et le Règne

La semence germe et grandit, il ne sait comment. (Mc 4,27)

A l’époque de Jésus, le Règne de Dieu est l’objet d’une attente ardente et passionnée. L’attente se fait impatience surtout dans la situation d’occupation et de répression que les Romains font subir au peuple de Dieu. Qu’il vienne ce jour où Dieu détruira les impies et les malfaisants, mettra fin aux souffrances, aux maladies et aux injustices ! Alors le Règne de Dieu sera établi sur la terre comme au ciel.

Ce Règne de Dieu, Jésus en proclame la venue. Mais pourquoi aucune des attentes ne se réalise-t-elle ? Pourquoi rien ne change ? Où est le triomphe de Dieu sur les ennemis ? Jésus, est-il bien celui qu’il prétend être ? Où est « son » Règne de Dieu ?

Ces questions sont aussi celles des premiers chrétiens au temps où Marc rédige son évangile. Quand Jésus va-t-il revenir et installer le Règne de Dieu ?

Les paraboles répondent : il vient, non de manière tonitruante, mais comme la semence qui grandit imperceptiblement et deviendra un arbre immense. Ayez foi ! Confiance !

Le genre « parabole »

Les paraboles sont toujours adressées par Jésus à un ou plusieurs interlocuteurs qui ne partagent pas sa façon de voir et d’agir. Dans ces conditions, plutôt que d’entamer une discussion qui tournera immanquablement en polémique et aboutira à transformer la différence de points de vue en opposition, Jésus raconte une histoire qui semble sans rapport avec la question en débat. Tous écoutent et se laissent prendre par le récit qui se termine le plus souvent par une question ou une énigme posée aux interlocuteurs : « A quoi comparer le Règne de Dieu ? » (Mc 4,30)
En répondant à la question, les auditeurs de Jésus, sans s’en rendre compte, adoptent son point de vue. La parabole est donc un moyen pour poursuivre le dialogue et un instrument de persuasion.

   Abbé Marcel Villers