Clés pour lire l’évangile de Luc : 7. Il sera un signe de contradiction

Clés pour lire l’évangile de Luc

Dans cette série hebdomadaire (parution le mercredi matin), nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Luc. Cette semaine, Lc 2,22-40 : la présentation de Jésus au Temple.

7. Il sera un signe de contradiction

Le père et la mère de l’enfant s’étonnaient de ce qui était dit de lui (Lc 2,33)

Ce ne sont pas Marie et Joseph, ses parents, qui nous présentent Jésus, mais c’est à eux qu’est présenté leur propre fils. Deux vieillards, Syméon et Anne, leur révèlent la véritable identité de leur enfant : il est la gloire d’Israël et la lumière qui éclaire tous les peuples, sauveur universel, des Juifs comme des païens.

« Cet enfant provoquera la chute et le relèvement de beaucoup en Israël » (2,34). Jésus, en effet, sera source de division parmi son peuple. Il sera rejeté et finira sur une croix. Alors le salut passera aux païens.

« Ton âme sera traversée d’un glaive » (2,35). Comme mère du Messie, Marie souffrira plus que les autres Israélites ; elle sera partagée entre son fils et son peuple.

Les pauvres de Yahvé

« Après l’exil (587 av. J.-C.), on voit apparaître, au sein du peuple, une classe de pauvres formée de ceux qui ont été spoliés par des compatriotes sans scrupules. Le livre des Psaumes est, par excellence, la voix de ces ‘pauvres d’Israël’. Parce qu’ils n’ont plus rien, parce qu’ils sont méprisés et calomniés, ils attendent la vengeance de l’Éternel et la justice dont ils savent qu’elle ne peut venir que de Dieu (Ps 40,18 ; 109,31 ; 69,34). Ce sont ceux dont le N.T. nous dit qu’ils attendaient ‘la consolation d’Israël’ (Lc 2, 25) et ‘la délivrance de Jérusalem’ (Lc 2,38). Syméon, Anne, Joseph, Marie sont de ce nombre. C’est au sein de ces pauvres que l’espérance messianique était particulièrement vive (Lc 1,51-53 ; 2,8-14 ; 2, 25-38). Ils ont été les plus disposés à accueillir le Christ. On comprend alors que Jésus ait pu leur dire : ‘Heureux vous qui êtes pauvres, car le royaume de Dieu est à vous’ » (Lc 6,20) » (J. J. VON ALLMEN, Vocabulaire biblique, 1969).

Abbé Marcel Villers

Clés pour lire l’évangile de Luc : 6. Il me faut être chez mon Père

Clés pour lire l’évangile de Luc

Dans cette série hebdomadaire (parution le mercredi matin), nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Luc. Cette semaine : Lc 2,41-52 du dimanche de la Sainte Famille.

Il me faut être chez mon Père

C’est au bout de trois jours qu’ils le trouvèrent
dans le Temple assis au milieu (Lc 2,13-14)

Au centre du récit de Luc, le mot « milieu » marquant ainsi qu’il est le pivot de toute la narration. « Assis au milieu » (2,14) : après trois jours d’angoisse et de recherche, succède la vision d’un Christ en gloire, assis dans le Temple, demeure de Dieu, au milieu des docteurs. « Au milieu », au centre, Celui tant cherché. En couronne autour de lui, les docteurs. L’ange lui avait promis le trône de David. Il y est assis comme un roi, un juge, un sage.

Nous sommes dans un récit qui évoque et anticipe l’avenir de Jésus. Ainsi, les « trois jours » (2,46) préfigurent la quête des femmes au tombeau. Les mots : « Pourquoi me cherchiez-vous ? » annoncent ceux qu’adresseront à ces mêmes femmes les deux hommes au tombeau : « Pourquoi cherchez-vous le vivant parmi les morts ? » (Lc 24,5)

Ce récit, sous une allure de fait divers, est en réalité une construction théologique qui révèle l’identité profonde de Jésus : il est le Fils. Son lieu, sa demeure n’est pas ici. Il vient d’ailleurs. « Il me faut être chez mon Père » (2,49). Le lieu de Jésus, c’est le Père. C’est lui sa demeure.

L’enfance de Jésus

Deux types de récits racontent des épisodes de l’enfance de Jésus. Il y a d’abord les récits qui ouvrent les évangiles de Matthieu et de Luc, à côté du silence de Marc et de Jean. D’autres récits sur l’enfance de Jésus, dits apocryphes, ont paru durant les premiers siècles de notre ère, mais le pittoresque et le merveilleux qui les inondent manifestent la pauvreté de leur message.

L’étude de ces textes aboutit à la conclusion qu’ils sont marqués par des intentions théologiques et non historiques. L’objectif de Luc est ainsi, non de faire de l’histoire au sens moderne du terme, mais de confirmer la foi de ses destinataires. C’est pourquoi les évangiles ne disent rien du physique de Jésus, de sa psychologie. La question du Jésus historique qui nous habite leur est étrangère. De fait, nous ne savons rien de l’apparence de Jésus, de son caractère, de sa jeunesse, de la durée exacte de sa vie publique. Encore moins de son enfance (Daniel MARGUERAT, L’homme qui venait de Nazareth, 1990)

Abbé Marcel Villers

Clés pour lire l’évangile de Luc : 5. Aujourd’hui vous est né un Sauveur

Clés pour lire l’évangile de Luc

Dans cette série, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Luc. Cette semaine : Lc 2,1-14 de la Nativité du Seigneur.

Aujourd’hui vous est né un Sauveur

Il y eut avec l’ange une troupe céleste innombrable qui louait Dieu en disant : Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes qu’il aime (Lc 2,13-14)

À l’ange qui vient de proclamer l’Évangile : « Aujourd’hui, dans la ville de David, vous est né un Sauveur » (2,10-11), répond la louange liturgique de la troupe céleste. Nous retrouvons ainsi la structure de notre célébration eucharistique : proclamation et louange.

Dans une traduction littérale, cet hymne de louange peut être décomposé en trois injonctions qui résument notre prière en ce jour de Noël. « Gloire à Dieu dans les hauteurs » : c’est là qu’elle est le mieux, la gloire. Quand les hommes la veulent pour eux, ils la souillent de leurs vanités. « Sur la terre, paix. » : que pourraient souhaiter d’autre les anges ? « Parmi les hommes, bienveillance » : la bienveillance sourit aux faiblesses, compatit aux douleurs et porte sur le monde un regard indulgent, toujours espérant (France QUÉRÉ, Jésus enfant, 1992, p.172)

Les anges

Les fonctions remplies par les anges dans les évangiles appartiennent au genre « apocalypse », c’est-à-dire révélation du secret de Dieu, par exemple sur Jean Baptiste ou sur Jésus ou sur le tombeau vide. Ce ne sont pas des apparitions angéliques du type des apparitions de Dieu ou de l’Ange du Seigneur que nous trouvons dans l’Ancien Testament, ce sont des visions apocalyptiques, à la mode du prophète Daniel avec qui ces textes ont beaucoup d’affinités. Les anges apparaissent essentiellement dans les évangiles de l’enfance et les récits de résurrection, soit au début et à la fin des évangiles. Ils interviennent sous forme de visions de la part de Marie ou des bergers ou des femmes au tombeau. Leur fonction est de communiquer une révélation, comme dans les apocalypses. C’est bien le sens du grec « aggelos » qui signifie littéralement : « envoyé, messager, ambassadeur ».

                                                                                             Abbé Marcel Villers

Clés pour lire l’évangile de Luc : 4. Visitation

Clés pour lire l’évangile de Luc

Dans cette série hebdomadaire (parution le mercredi matin), nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Luc. Cette semaine : Lc 1,39-45 du 4ème dimanche de l’Avent.

Visitation

Marie se mit en route et se rendit avec empressement dans une ville de Judée. Elle entra dans la maison de Zacharie et salua Élisabeth (Lc 1,39-40)

La visitation est l’image même de la mission. En effet, la mission, c’est d’abord une rencontre, une visitation. Marie, portant le Christ, le rend présent dans la maison de l’autre, Élisabeth. Mais c’est Élisabeth qui apprend à Marie qu’elle est « bénie entre toutes les femmes » (1,42). Elle ne l’aurait pas su sans cette rencontre.

Comme Marie, l’Église porte en elle l’Emmanuel. Chaque chrétien porte le Christ. Il est notre secret comme celui de Marie qui ne sait comment le dire. Et voici que, comme Élisabeth à Marie, c’est l’autre qui nous révèle le Christ, tout au moins un visage du Christ que nous ne connaissions pas. On comprend alors pourquoi Marie court si vite chez Élisabeth. Cet enfant qu’elle porte, il faut encore qu’elle apprenne à le connaître. C’est là le rôle d’Élisabeth.

L’évangile de l’enfance

« Les deux premiers chapitres de Luc servent de transition entre l’Ancien et le Nouveau Testament. Ainsi une grande place est laissée aux usages juifs (le Temple, la circoncision, la Loi, les pèlerinages) ; des chants de l’Ancien Testament sont reproduits ; les naissances sont annoncées comme le faisait l’Ancien Testament. D’un autre côté, les annonces célestes expriment à l’avance la foi chrétienne d’après Pâques, ce qui montre que les récits évangéliques ne se comprennent vraiment qu’à la lumière de la résurrection du Christ.

En parcourant ces premiers chapitres de Luc, on ne sait pas si on est encore dans l’Ancien ou dans le Nouveau Testament. De fait, Luc a voulu présenter l’Évangile comme l’accomplissement des promesses de salut que Dieu avait faites au peuple. Il manifeste ainsi l’unité du dessein de Dieu. » (ACEBAC, Les Évangiles, 1983, p.344)

                                                                                          Abbé Marcel Villers