La chronique du 1er novembre 2020 de notre Curé

Heureux… En marche

En ce début novembre, aux couleurs sombres de la pandémie et de la crise socio-économique s’ajoute le rouge de la barbarie… dont des chrétiens français notamment viennent d’être victimes.

A l’heure, où de nouveau, nos libertés se trouvent restreintes par la force des choses, je voulais commencer par citer la réaction du premier ministre canadien Justin Trudeau. Alors qu’il manifestait sa compassion et ses condoléances sincères et bien légitimes à la France, il a fait ce commentaire sur la liberté d’expression : « Nous nous devons d’agir avec respect pour les autres et de chercher de ne pas blesser de façon arbitraire et inutile ceux avec qui nous sommes en train de partager une société ou une planète. Dans une société pluraliste, diverse et respectueuse comme la nôtre, nous nous devons d’être conscients de l’impact de nos mots et de nos gestes sur d’autres, particulièrement ces communautés et ces populations qui vivent encore énormément de discrimination. » Pour être concret, M. Trudeau a utilisé l’image que l’on ne crie pas au feu dans un cinéma bondé !

Au-delà de donner matière à réflexion, cet appel à la prise de conscience de faire partie d’une même communauté en utilisant à bon escient notre liberté n’est pas sans lien avec l’épopée biblique. N’oublions pas que celle-ci débute avec la sortie d’Égypte et se termine par le salut universel offert et accompli dans le Christ Jésus. L’expérience du peuple de Dieu est celle d’une libération à accueillir et à mettre en œuvre au sein d’une fraternité. Fraternité qui tend à s’étendre à toute l’humanité. Cette expérience est au-delà de la création, le projet de Dieu lui-même. Lire la suite « La chronique du 1er novembre 2020 de notre Curé »

Clés pour lire l’évangile de Luc : 13. Béatitudes

Clés pour lire l’évangile de Luc

Dans cette série hebdomadaire (parution le mercredi matin), nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Luc. Cette semaine, Lc 6,17.20-26 du 6ème dimanche du temps ordinaire.

13. Béatitudes

Heureux, vous les pauvres ! Quel malheur pour vous, les riches ! (Lc 6,20.24)

Jésus dessine deux chemins, opposés l’un à l’autre, dont l’issue ne fait pas de doute : bonheur ou malheur. Heureux les pauvres, les affamés, les affligés, les rejetés. Mais pourquoi ? Pourquoi sont-ils heureux ? Parce qu’ils sont pauvres, affamés, en larmes ? Non. Le bonheur n’est pas dans la pauvreté. Ni le dénuement, ni les pleurs, ni la haine, ni l’insulte ne sont des formes de vie heureuse. Mais alors, de quoi s’agit-il ?

Le bonheur dont parle Jésus, c’est le Royaume de Dieu. « Heureux vous les pauvres, car le Royaume de Dieu est à vous ! » (6,20) Soyez heureux, car votre pauvreté va cesser. Votre faim, vos larmes et les persécutions, c’est fini. Soyez heureux, annonce Jésus, car avec moi, tout cela, c’est fini. Je viens vous délivrer.

Les béatitudes sont des cris de joie, une bonne nouvelle pour tous ceux que la vie a abîmé et qui attendent la délivrance avec ardeur.

Béatitudes

Plutôt que Heureux ou Quel bonheur, Chouraqui choisit En marche. « Makarioï dit le grec : Bienheureux, ce mot oriente d’emblée sur une fausse piste : les béatitudes sont supposées acquises d’entrée de jeu, alors qu’elles ne le seront, en plénitude, que dans le royaume de Dieu. Or Jésus n’a pas dit makarioï [en grec], mais « ashréi » (voir psaume 1,1) [en hébreu]. C’est une exclamation au pluriel, d’une racine ashar, qui implique non pas l’idée d’un vague bonheur d’essence hédoniste, mais celle d’une rectitude, celle de l’homme en marche sur une route sans obstacle, celle qui mène vers Dieu. « En marche, les pauvres ! Oui, il est à vous, le royaume de Dieu. » Cette traduction connote une idée de marche sur une route dépourvue d’obstacles et conduisant à Dieu, source de toute allégresse. La béatitude se trouve au terme du cheminement, et non à son début. » (CHOURAQUI André, L’univers de la Bible, tome VIII, Paris, 1985)

Abbé Marcel Villers