CLÉS POUR LIRE MATTHIEU : 49. LES NOCES DU FILS

Clés pour lire l’évangile de Matthieu

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier l’évangile de Matthieu dont nous suivons la lecture liturgique. Aujourd’hui : Mt 22, 1-14 du 28e dimanche ordinaire.

Les noces du fils
« Tout est prêt : venez à la noce. » (Mt 22,4)

Le roi marie son fils et invite à une noce grandiose. Mais les invités refusent d’y aller. Pire. En voilà qui « empoignèrent les serviteurs, les maltraitèrent et les tuèrent. » (22, 6) Comment est-il possible d’aller jusqu’à tuer ceux qui viennent vous inviter à des noces exceptionnelles ? Comment peut-on refuser une telle invitation, ignorer une si heureuse nouvelle ? Et puis, pourquoi cette haine envers ceux qui ne font que transmettre l’invitation ?

Depuis la nuit des temps, Dieu invite les hommes à partager sa joie et son amour, à entrer dans la fête. C’est la bonne nouvelle dont Jésus est la preuve vivante, celle des noces de Dieu avec l’humanité. Jésus, et après lui, l’Église sont les porteurs de cette heureuse annonce : venez à la fête. Mais, hier comme aujourd’hui, cette invitation suscite plus de refus que de bon accueil. Malgré tout, Dieu persiste et, sans se lasser, relance l’invitation. « Allez donc aux croisées des chemins : tous ceux que vous trouverez, invitez-les à la noce. » (22, 9)

Le vêtement de noce
« Comment es-tu entré ici sans avoir le vêtement de noce ? » (22, 12) Il ne faut pas voir là un habit spécial qu’on ne portait qu’exceptionnellement, il s’agit seulement d’un vêtement propre : un habit sale est envers l’hôte un signe de mépris. « Heureux ceux qui lavent leurs robes, afin d’avoir droit d’entrer, par les portes, dans la cité [la Jérusalem nouvelle]. » (Ap 22,14) Ce vêtement propre dont il faut être revêtu pour entrer dans la salle des noces est, dans la pensée de Jésus, celui dont parle Isaïe 61,10 : « Il m’a revêtu des vêtements du salut. » Le fait d’être revêtu de ce vêtement blanc symbolise l’appartenance à la communauté des sauvés. La leçon est claire. Si tous sont appelés par la grâce de Dieu, cela ne libère pas les baptisés de leurs devoirs moraux. Participer à la noce, faire partie de la communauté chrétienne implique de transformer sa conduite, « laver sa robe ». (J. JEREMIAS, Les paraboles de Jésus, 1962)

Abbé Marcel Villers

CLÉS POUR LIRE MATTHIEU : 48. PIERRE REJETÉE

Clés pour lire l’évangile de Matthieu

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier l’évangile de Matthieu dont nous suivons la lecture liturgique. Aujourd’hui : Mt 21, 33-45 du 27e dimanche ordinaire.

La pierre rejetée
« Finalement, il leur envoya son fils, se disant :
Ils respecteront mon fils. » (Mt 21, 37)

« Ils se saisirent des serviteurs, frappèrent l’un, tuèrent l’autre, lapidèrent le troisième. » (21, 35) C’est ainsi que Jésus résume l’histoire de son peuple par le sort réservé aux envoyés de Dieu. Et, sur cette base, il ne peut qu’annoncer sa propre mort à lui, le Fils. Au terme du cortège des prophètes martyrisés, le Christ. « Ils se saisirent de lui, le jetèrent hors de la vigne et le tuèrent. » (21, 39) Jésus, comme tous les prophètes qui l’ont précédé, est assassiné

Pourquoi l’histoire d’amour qu’est la religion se transforme-t-elle en un drame violent et sanglant, une suite de persécutions et de meurtres ? Il y a deux formes de violence liée au religieux : la violence à l’égard de Dieu, expression du refus des hommes de dépendre d’un Autre ; la violence au nom de Dieu, volonté de dominer autrui sous prétexte de posséder la vérité, définition du fanatisme devenu terrorisme.

La vigne et les vignerons
« Quand arriva le temps des fruits, il envoya ses serviteurs auprès des vignerons pour se faire remettre le produit de sa vigne. » (21, 34) « Il arrivait souvent que le propriétaire de la vigne n’avait pas l’intention de l’exploiter en personne. Il l’affermait à un ou plusieurs vignerons. L’affermage, en Palestine, est régi par des coutumes locales. Généralement, le propriétaire rural se réserve une redevance en nature, afin de pouvoir goûter aux fruits de sa vigne. Les fermiers qui assurent les soins généraux de la culture sont tenus de lui payer une part de la récolte dont le montant est fixé par convention. La vigne est pourvue de tout le matériel souhaitable : clôture ou mur en pierres sèches, tour de garde pour protéger la vigne des maraudeurs ou des animaux, pressoir pour fouler le raisin et recueillir le jus dans une cuve où il fermentait. » (Denis BUZY, Les paraboles, 1932)

Abbé Marcel Villers

Clés pour lire l’évangile de Jean : 35. Apologie

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Jean. Nous poursuivons la lecture continue de l’évangile. Jésus fait son apologie face à la contestation de son action : Jn 5, 19-30.

35. Apologie

« Le Fils ne peut rien faire de lui-même, il fait ce qu’il voit faire par le Père. » (Jn 5,19)

Face à ses adversaires, Jésus justifie ses actes, les guérisons opérées. Ce sont des œuvres de vie faites en accord total avec le Père. « Comme le Père relève les morts et les fait vivre, ainsi le Fils, lui aussi, fait vivre qui il veut. » (5,21) S’il y a identité d’ouvrage entre le Père et le fils, « ce que fait le Père, le Fils le fait pareillement » (5,19), il y a totale dépendance du Fils envers le Père : « je ne peux rien faire de moi-même… je ne cherche pas à faire ma volonté, mais le vouloir de celui qui m’a envoyé. » (5,30). Tout le mystère de Jésus est ici dévoilé.

Il est le jugement en personne : « Qui écoute ma parole et croit à celui qui m’a envoyé a la vie éternelle… il est passé de la mort à la vie. » (5, 24) C’est ici et maintenant face à Jésus que se joue l’éternité. La résurrection des morts à la fin des temps n’est que l’accomplissement de ce que déjà aujourd’hui la parole de Jésus opère car elle est vie.

 Vie dans le quatrième évangile

« En saint Jean, « Vie » est un terme-clé, il comporte 36 occurrences dont 17 fois « vie éternelle ». Le verbe « vivre » apparaît sous des formes diverses, notamment aux chapitres 4 et 6. Cette famille linguistique est caractéristique de l’évangile selon Jean pour qui la vie, c’est bien plus que la vie humaine. « Vie » a souvent le même sens que vie éternelle. La vie éternelle consiste dans la connaissance du Père qui se réalise par la médiation du Fils, son envoyé, c’est l’équivalent du salut. Là où les synoptiques parlent du Royaume, du Règne, Jean évoque la vie éternelle. Le Père donne la vie au Fils qui peut alors la communiquer. Pour les rabbins, l’attachement à la Torah est source de vie. La communauté johannique attend la vie des paroles de Jésus et du commandement du Père. Foi et vie sont liées ; la vie éternelle suppose la foi. » (Jean-Pierre LÉMONON, Pour lire l’évangile selon saint Jean, 2020)

Abbé Marcel Villers

Clés pour lire l’évangile de Matthieu 14. Au désert

Dans cette série hebdomadaire (parution le mercredi matin), nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Matthieu. Cette semaine : Mt 4, 1-11 du 1er dimanche du carême.

14. Au désert, le combat du Fils

Le tentateur s’approcha et lui dit : « Si tu es Fils de Dieu… » (Mt 4, 3)

La vie chrétienne implique un combat, une lutte. Les tentations de Jésus sont représentatives des épreuves, des combats de l’homme de foi. Ce récit met en scène une réalité intérieure et permanente vécue par Jésus et le chrétien à sa suite.

Le démon cherche à installer la contradiction entre Jésus et Dieu, à placer un coin entre eux, à faire une brèche dans leur communion pour arriver à séparer Jésus et son Père. Le démon installe le doute : « si tu es le Fils de Dieu… » Autrement dit, « en es-tu si sûr ? que Dieu te le prouve ! teste-le ! » Mais Jésus refuse : « Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu. » (4, 7)

La stratégie du démon avait réussi avec Adam et Ève, elle échoue avec Jésus. L’arme décisive de sa victoire : l’obéissance, la communion à la Parole de Dieu, son Père. Il est bien le Fils dont « la nourriture est de faire la volonté de son Père » (Jn 4, 34). Car « ce n’est pas seulement de pain que l’homme doit vivre, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. » (4, 4) C’est dans la communion des volontés de Dieu et de l’homme qu’est le salut.

Tentations de Jésus, tentations d’Israël

 « Jésus est Fils de Dieu en tant qu’il réalise par sa soumission au Père, la vocation d’Israël, fils de Dieu. Aussi, Jésus répond-il au tentateur par des versets du Deutéronome qui font écho à l’expérience d’Israël au désert : expérience d’une manne de misère aiguisant la faim de la Parole (Dt 8, 3), triste expérience du doute à l’égard de la puissance divine (Dt 6, 16), expérience chronique de l’idolâtrie (Dt 6, 13) dont Matthieu semble craindre une reviviscence dans le rêve d’un messie dominateur politique. » (Claude TASSIN, L’Évangile de Matthieu, 1991)

Abbé Marcel Villers