6ème dimanche ordinaire. La lettre et l’esprit

Mt 5, 17-37. La lettre et l’esprit.

Si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des pharisiens, vous n’entrerez pas dans le Royaume des Cieux.  

Il est certain que pharisiens et scribes appliquaient, et scrupuleusement, la Loi de Dieu. Pas possible de faire encore plus et mieux. Mais alors, que veut dire Jésus quand il nous demande de surpasser scribes et pharisiens ?
La Loi qu’ils appliquent, transmise par Moïse, est la loi de Dieu.
Les juifs l’appellent les 10 paroles ; nous disons les 10 commandements.

Tous nous sommes bien d’accord que l’essentiel de ce que Dieu nous demande, c’est de l’adorer lui seul, de respecter son Nom et son jour, d’honorer nos père et mère, de ne pas tuer, commettre l’adultère, voler, faire un faux témoignage, convoiter les biens d’autrui.
La plupart des sociétés ont adopté ces principes comme bases de la vie en commun. En effet, est-il possible de vivre ensemble sans respecter ces règles fondatrices ? Que deviendrait un pays où l’on pourrait tuer son prochain, le voler, mentir, convoiter la femme et les biens du voisin ?
Il est logique que Jésus appuie de son autorité l’application stricte de ces principes, qualifiés de commandements divins, ce qui leur donne le poids de l’absolu. Je ne suis pas venu, déclare Jésus, pour abolir, mais accomplir.
Il ne cherche pas à mettre fin à la Loi de Moïse, détaillée dans les 10 commandements. Jésus ne retire rien de ces obligations. Je ne suis pas venu pour abolir.
Mais il ajoute : Si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des pharisiens, vous n’entrerez pas dans le Royaume des Cieux.  Surpasser pharisiens et scribes, est-ce ajouter de nouveaux commandements ? Est-ce les appliquer plus strictement ? C’est la tentation de tous les extrémistes, des fanatiques religieux ? Jésus prône-t-il le fanatisme, un légalisme poussé à bout, une fascination pour la Loi ?

Finalement, que vise Jésus ? Discerner la volonté de Dieu. En donnant les commandements, qu’est-ce que Dieu voulait ? Jésus remonte aux origines, à ce premier vouloir de Dieu que les hommes ont tendance à réduire, à limiter à la lettre. Jésus cherche l’esprit, celui de la Loi et de son application.
Je suis venu pour accomplir. Accomplir, c’est d’abord pratiquer, faire ce que la Loi prescrit. Accomplir, c’est aussi la porter à son terme, à son achèvement, déployer tout ce qui est en cause dans chaque commandement. Autrement dit, découvrir la racine, l’intention première de Dieu, sa volonté profonde qui se cache dans chaque commandement. Il s’agit d’identifier ce que Dieu veut en dernière instance, son intention à laquelle devra correspondre la nôtre. Derrière la lettre, l’esprit.

Jésus n’ajoute donc rien à la Loi de Moïse et aux prescriptions qui en découlent. Il demande d’aller aux racines, aux causes comme aux motifs des commandements. C’est à cette condition qu’au-delà de l’application de la lettre, nous communierons à la volonté intime de Dieu

Si Dieu condamne le meurtre, il faut aller jusqu’à sa racine qui est la colère, l’insulte ou la malédiction. Tout homme qui se met en colère contre son frère en répondra au tribunal.
De même pour l’adultère : tout qui regarde une femme et la désire, a déjà commis l’adultère avec elle.
Enfin, dans le domaine du langage, quand vous dites oui, que ce soit oui, quand vous dites non, que ce soit non.

L’intention de la Loi doit devenir celle de l’acte que je pose. Pour Jésus, la valeur d’un acte est fonction de la qualité de son intention.

Abbé Marcel Villers.
Homélie du 6e ordinaire
Theux 16 février 2020

 

Clés pour lire l’évangile de Matthieu 12. Moi, je vous dis

Dans cette série hebdomadaire (parution le mercredi matin), nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Matthieu. Cette semaine : Mt 5, 17-37 du 6éme dimanche ordinaire.

12. Eh bien ! moi, je vous dis

Je ne suis pas venu abolir, mais accomplir. (Mt 5, 17)

« Si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des pharisiens, vous n’entrerez pas dans le Royaume des Cieux. » (5, 20) Il est clair que pharisiens et scribes appliquaient, et scrupuleusement, la Loi de Dieu. Mais, pour Jésus, cette application avait tendance à rester extérieure. Il la veut intérieure, venant d’un acte libre, délibéré et personnel. Il n’est pas question d’un rigorisme accru dans l’obéissance à la Loi, mais d’un engagement plus personnel parce que plus intériorisé.

Jésus n’ajoute rien à la Loi de Moïse et aux prescriptions qui en découlent. Il ne fait que mettre en évidence la nécessité d’aller aux racines, les causes comme les motifs de l’action. Si l’on condamne le meurtre, il faut aller jusqu’à sa racine qui est la colère, l’insulte ou la malédiction. De même pour l’adultère : « tout homme qui regarde une femme avec convoitise a déjà commis l’adultère avec elle dans son cœur. » (5, 28) Enfin, dans le domaine du langage, « que votre parole soit « oui » si c’est « oui », « non », si c’est « non ». » (5, 37)

Vous avez appris… Mais moi, je vous dis.

« Jésus semble ne s’autoriser que de lui-même, sans s’appuyer sur aucune autorité reconnue et vérifiable. Chaque évangile insiste sur l’autorité souveraine de Jésus. En disant : « Mais moi, je vous dis », Jésus ne se contente pas de s’opposer à Moïse ; il met son moi sur le même plan que le moi de Dieu. Car la Loi ne fait autorité qu’en tant qu’elle a été donnée par Dieu, et Moïse qu’en tant que son médiateur. De même quand il introduit un propos par la formule : « Amen, je vous le dis », Jésus revendique Dieu pour auteur de sa propre parole. Son amen garantit la vérité de sa parole comme vérité de Dieu. Jésus ose parler et agir à la place de Dieu. C’est Dieu et nul autre qui fonde sa parole. » (Heinz ZAHRNT, Jésus de Nazareth. Une vie, 1996) Cette autorité de Jésus a frappé ses contemporains et révèle une expérience de Dieu unique : il est le Fils.

Abbé Marcel Villers