Un Dieu révolté

Homélie de l’abbé Marcel Villers
pour le 3ème dimanche ordinaire C
(Lc 1,1-4 ; 4, 14-21)

Theux, le 27 janvier 2019

Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Écriture.
Oui, proclame Jésus, cet oracle du prophète Isaïe se réalise sous vos yeux, aujourd’hui. Car le Seigneur m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, annoncer aux captifs leur libération, et aux aveugles qu’ils retrouveront la vue, remettre en liberté les opprimés. Tel est le programme de Jésus : libérer l’homme de toutes les formes du mal, la pauvreté, la captivité, l’aveuglement, l’oppression.
Aujourd’hui s’accomplit l’Écriture. Autrement dit, l’attente séculaire du salut, l’espérance de l’intervention de Dieu pour libérer l’homme, le rêve d’une société et d’un monde nouveaux s’accomplissent en Jésus.

C’est que j’ai vu la misère de mon peuple, dit Dieu. Je connais ses souffrances. Je suis venu le délivrer car leurs cris sont venus jusqu’à moi. (Ex 3) En Jésus, c’est Dieu lui-même qui s’approche des hommes et se manifeste ainsi comme un « Dieu révolté » : « J’ai vu la souffrance de mon peuple ». Je ne puis le supporter. Ce cri de révolte est celui de Dieu, celui de Jésus, celui de l’Église qui tout au long des siècles a pris soin des pauvres, des exploités, des opprimés, celui de tout chrétien d’hier et d’aujourd’hui. « Au cri de révolte de tout être humain répond en écho celui que lance le « Dieu révolté » (Simon Pierre ARNOLD, La foi sauvage, 2011).

Oui, le Dieu de Jésus est un Dieu révolté. Un Dieu qui souffre de voir l’homme souffrir. Un Dieu de compassion pour tout homme. Un Dieu qui ne reste pas au balcon, mais qui descend dans les profondeurs les plus sombres de l’humanité. Un Dieu qui rejoint les marginaux de toute sorte que chaque société, hier comme aujourd’hui, secrète et puis rejette. Un Dieu révolté par cette culture du déchet qui caractérise nos sociétés, comme dit le pape François.

Les migrants, les étrangers sont parqués dans les marges, les banlieues-ghettos de nos villes. Les sdf et les mendiants interdits du centre-ville et relégués en périphérie. Les personnes âgées, nos vieux confinés hors de vue. Les pauvres réduits à faire la file à St. Vincent de Paul ou au resto du cœur.

Mais c’est avec eux et parmi eux que Dieu se fixe dans les marges, à la périphérie. Notre Dieu souffre, notre Dieu est révolté par ce que l’homme fait de son frère. J’ai vu la misère de mon peuple, dit Dieu. Je connais ses souffrances. Je viens le délivrer. En Jésus, Dieu a pris définitivement parti, le parti de l’exclu, le parti du marginal, le parti du souffrant, celui du Crucifié rejeté hors de la ville.

Ce Dieu révolté est aussi le Dieu qui s’engage dans un combat politique et social de libération par les mains et les actes de ses fidèles. L’Église est fondée sur ce parti pris, celui du Dieu révélé par Jésus. Pour nous, pas de résignation, pas de fatalisme du genre : que pouvons-nous y faire ? Le chrétien, à la suite de Jésus, est un rebelle.
« La foi est rébellion et résistance ; elle nous enseigne la vigilance active face à toute porte qu’on ferme et à tout fardeau dont on charge les épaules humaines au nom de l’ordre » (Simon Pierre ARNOLD, La foi sauvage, 2011).

Aujourd’hui, comme au temps de Jésus, les vieux textes des prophètes annonçant un monde neuf, une société nouvelle, réveillent l’espérance et mobilisent l’action. Songez à nos jeunes qui manifestent le jeudi pour l’avenir de la planète. « Un jeune a quelque chose d’un prophète, écrit le pape, et il faut qu’il en prenne conscience. (…) Ils ont la capacité à scruter l’avenir et à voir plus loin. » Un autre monde, une autre société est en devenir et au bout de nos engagements. C’est ainsi, par nos actes, qu’aujourd’hui s’accomplit l’Écriture.

Abbé Marcel Villers

Que devons-nous faire ?

Homélie de l’abbé Marcel Villers
pour le 3ème dimanche de l’Avent Année C (Lc 3,10-18)  Theux, le 16 décembre 2018

Que devons-nous faire ?
Jean-Baptiste ne se contente pas d’annoncer au peuple la Bonne Nouvelle du salut qui vient. Il nous engage à collaborer à l’avènement de ce monde neuf qu’il proclame comme imminent.

A notre époque, comment faut-il penser le salut, l’homme nouveau, le monde rénové ? N’est-ce qu’un rêve, une illusion encouragée par la religion qui ne chercherait ainsi qu’à nous endormir, à accepter notre sort et espérer des lendemains qui chantent. Un salut pour demain et dans un autre monde. Religion, opium du peuple !
Qui peut sauver notre monde, accablé et défiguré par tant de catastrophes écologiques ? Qui peut sauver l’être humain pris dans cette tempête qu’il ne maîtrise plus et dont il est pourtant l’acteur ? Qui ou quoi peut nous sauver de la catastrophe annoncée et que certains identifient à la fin du monde ?

Ce n’est plus la bombe atomique qui menace l’avenir de l’humanité, ce ne sont plus des catastrophes climatiques, ni un destin contre lequel rien à faire. Ce qui est en cause, c’est nous, c’est moi, c’est chacun de nous.

Il ne s’agit pas de changer de vie, mais de changer sa vie, sa manière de vivre et de modifier petit à petit nos comportements et nos pratiques au quotidien. Car qui fera advenir le salut, le monde nouveau ?
Non pas un homme providentiel, un Messie implacable, une catastrophe de type apocalyptique. Non. Des actes simples, à la mesure de quiconque. Cela suffit pour que le monde change, si chacun s’y met.

Celui qui a deux vêtements, qu’il partage avec celui qui n’en a pas ; et celui qui a de quoi manger, qu’il fasse de même !  Premier impératif : le partage.
N’exigez rien de plus que ce qui vous est fixé. Bref, soyez honnêtes ; ne cherchez pas à vous enrichir sur le dos des autres. Deuxième impératif : la justice.
Enfin, Ne faites ni violence ni tort à personne ; contentez-vous de votre solde. Troisième impératif : le respect de chacun, de son intégrité, ce qu’aujourd’hui on appelle droits de l’homme.       .

Partager, veiller à la justice et respecter chaque être, ne sont-ce pas les réponses attendues par ces citoyens, au bord des routes depuis des semaines qui nous rappellent que le monde nouveau est encore loin.
Ce monde neuf, il ne peut venir que si nous adoptons un autre style de vie qu’on peut qualifier de « sobriété heureuse. » Seul le choix de la modération de nos besoins et désirs, le choix d’une sobriété libératrice et volontairement consentie, permettra de rompre avec le désordre actuel en remettant l’humain et la nature au coeur de nos préoccupations, redonnant ainsi au monde légèreté et saveur, ouvrant l’avenir à la possibilité d’une société durable, juste et pacifique.

Dans cet esprit, voici un exemple d’action que nous sommes invités à soutenir dans le cadre de la campagne d’Avent.
Au Pays de Herve, un réseau de groupes et d’action est engagé depuis des années dans l’économie sociale et l’éducation surtout des publics vivant des situations précaires. Le réseau, composé de 13 groupes, aborde des enjeux de société liés à la justice sociale, à l’environnement, à la consommation.
Un projet récent, né à Thimister, vise la promotion de la santé par l’alimentation. Une épicerie solidaire, Li Cramignon, y est ouverte et vise un public fragilisé par la pauvreté et l’isolement : personnes handicapées, jeunes, personnes en grande précarité. L’objectif des animations est de faire le lien entre alimentation et santé afin de susciter une prise de conscience et un esprit critique envers les choix alimentaires de chacun, vers une alimentation plus durable, plus saine.
Tel est le projet soutenu par l’UP de Theux qui sera proposé dans un instant à votre générosité lors de la collecte de ce jour.

Voilà du concret, de la proximité, un de ces gestes au quotidien, qui paraît peu de chose, mais est moteur de changement : partage, justice, respect de chacun, sobriété. C’est sur ce chemin que l’on peut rejoindre Jean-Baptiste, le précurseur.

Abbé Marcel Villers