SOURCES : 12. Le puits

Creuser le puits

Ascèse signifie exercice, combat. La vie spirituelle est exercice de la liberté. Elle est combat pour la grande métamorphose, celle vécue par le Christ, et qui fait éclore en nous la personne. Car l’être humain peut transfigurer l’univers où il est né, les conditionnements que le monde lui impose. C’est le combat spirituel.
« Dieu n’a pas créé la mort, il n’a pas créé le mal, mais il a laissé, en tout, la liberté à l’homme comme à l’ange. Ainsi, par la liberté, les uns s’élèvent jusqu’au sommet du bien, les autres se précipitent dans l’abîme du mal. Mais toi, homme, pourquoi refuses-tu ta liberté ? Pourquoi ce déplaisir d’avoir à t’efforcer, à peiner, à lutter, et à devenir l’artisan de ton salut ? Aimerais-tu mieux, peut-être, te reposer dans le sommeil d’une existence paresseuse et d’un éternel bien-être ? « Mon Père, est-il dit, est continuellement à l’œuvre, et moi aussi je suis à l’œuvre » (Jn 5,17). Et il te déplaît d’œuvrer, à toi qui as été créé pour créer positivement.» (Origène, Première homélie sur Ezéchiel, 3)
L’œuvre spirituelle est éveil hors du somnambulisme quotidien. Ce combat, la Tradition le nomme l’ascèse. Le but : se libérer du sommeil, de la pesanteur. Mais surtout, désensabler au fond de l’âme la source des eaux vives.
« Chacune de nos âmes contient un puits d’eau vive. Il y a en elle une image de Dieu enfouie. C’est ce puits que les puissances adverses ont obstrué de terre.
Maintenant qu’est venu le Christ, creusons nos puits, purifions-les de toute ordure. Nous trouverons en eux l’eau vive, cette eau dont le Seigneur dit : « Celui qui croit en moi, des fleuves d’eau vive jailliront de sa poitrine ». (Jn 7,38)(Origène, Homélie sur la Genèse, 1 )

De grands efforts sont nécessaires. La lutte est toujours pénible ; dans le domaine spirituel aussi. « Celui qui veut allumer du feu est d’abord incommodé par la fumée qui le fait pleurer. Mais, à la fin, il obtient ce qu’il désirait. » (Apophtegmes, Amma Synclétique, 2)

Abbé Marcel Villers


Origène (185-253 ou 254), le plus puissant génie du christianisme antique, dont l’œuvre a nourri la spiritualité et l’exégèse chrétiennes. Né à Alexandrie, dans une famille chrétienne fervente, il fut tôt initié à la connaissance des Écritures. A 18 ans, il est chargé par l’évêque de la catéchèse des candidats au baptême. Il s’installe ensuite, en 231, à Césarée de Palestine où il est ordonné prêtre. Il y enseigne jusqu’en 253 où il subit le martyre sous la persécution de Dèce.

SOURCES : 7. Passion d’amour

Question de sources

Voici une nouvelle rubrique hebdomadaire où il est question de sources, celles qui nous font vivre, celles qui donnent sens à notre action, celles qui contribuent à construire notre identité. Nous nous inscrivons dans une histoire riche et variée. Notre identité relève des Évangiles mais aussi d’un patrimoine spirituel immense exprimé sous diverses formes, monumentales, littéraires, artistiques.
Aujourd’hui comme hier, nous avons besoin de boire à ces sources pour vivre et donner sens à notre engagement. Nous irons en particulier à la découverte des Pères de l’Église. Chaque semaine, nous vous proposerons un texte à lire, méditer, prier.
Abbé Marcel Villers


Une passion d’amour

Le cœur de la foi chrétienne, c’est la reconnaissance que Jésus est l’exégète du Père. « Dieu, nul ne l’a jamais vu ; le Fils unique qui est dans le sein du Père, lui, s’en est fait l’interprète. » (Jn 1,18)

Et cependant, en Jésus, le mystère de Dieu est tout autant voilé que dévoilé. En effet, le Dieu inaccessible se révèle dans un Crucifié, scandale pour la raison comme pour la religion. C’est que Jésus « n’a pas été envoyé seulement pour être reconnu, mais aussi pour demeurer caché. » (Origène, Contre Celse, 2, 67) Oui, Dieu reste un Dieu caché. La croix déconcerte nos définitions et nos attentes.

En Jésus, la gloire est inséparable de la kénose, la divinité de l’humain, la vie de la mort. Comment saisir l’identité écartelée du Très-Haut et de la Croix, du Dieu Tout-Puissant et de l’Homme de douleurs ? Peut-être en y discernant la révélation de l’amour fou de Dieu pour l’humain.

« Si le Christ est descendu sur terre, c’est par compassion pour l’humain. Oui, il a souffert nos souffrances avant même d’avoir pris notre chair. Car s’il n’avait souffert, il ne serait pas venu partager avec nous la vie humaine. Mais quelle est cette passion qu’il a ressentie pour nous ? C’est la passion de l’amour. » (Origène, Sixième homélie sur Ezéchiel, 6, 6)

Compassion, passion. On dirait aujourd’hui : solidarité. Solidarité d’amour qui sollicite humblement et discrètement notre propre amour. Solidarité ontologique avec l’humain qui fait de Jésus notre frère. En vertu de cette solidarité d’être et d’amour, le Christ Jésus a pris sur lui toute la haine, la révolte, la dérision, le désespoir, tous les meurtres, toutes les tortures, toutes les agonies des hommes pour les remettre entre les mains du Père.
Alors la vie absorbe la mort, la haine se consume dans l’abîme de l’amour. Et l’univers est restauré, l’homme rénové.

Abbé Marcel Villers


Origène (185-254) reçoit une formation littéraire et théologique solide à Alexandrie où il est bientôt chargé d’enseignement dans l’École catéchétique. Il s’établit ensuite à Césarée, en Palestine, où il enseigne et prêche. Il devient prêtre et poursuit une œuvre considérable surtout dans le domaine de l’exégèse biblique. Interdit à Alexandrie, il poursuit son enseignement en Palestine et Syrie. Il meurt martyr à Tyr.