SOURCES : 7. Passion d’amour

Question de sources

Voici une nouvelle rubrique hebdomadaire où il est question de sources, celles qui nous font vivre, celles qui donnent sens à notre action, celles qui contribuent à construire notre identité. Nous nous inscrivons dans une histoire riche et variée. Notre identité relève des Évangiles mais aussi d’un patrimoine spirituel immense exprimé sous diverses formes, monumentales, littéraires, artistiques.
Aujourd’hui comme hier, nous avons besoin de boire à ces sources pour vivre et donner sens à notre engagement. Nous irons en particulier à la découverte des Pères de l’Église. Chaque semaine, nous vous proposerons un texte à lire, méditer, prier.
Abbé Marcel Villers


Une passion d’amour

Le cœur de la foi chrétienne, c’est la reconnaissance que Jésus est l’exégète du Père. « Dieu, nul ne l’a jamais vu ; le Fils unique qui est dans le sein du Père, lui, s’en est fait l’interprète. » (Jn 1,18)

Et cependant, en Jésus, le mystère de Dieu est tout autant voilé que dévoilé. En effet, le Dieu inaccessible se révèle dans un Crucifié, scandale pour la raison comme pour la religion. C’est que Jésus « n’a pas été envoyé seulement pour être reconnu, mais aussi pour demeurer caché. » (Origène, Contre Celse, 2, 67) Oui, Dieu reste un Dieu caché. La croix déconcerte nos définitions et nos attentes.

En Jésus, la gloire est inséparable de la kénose, la divinité de l’humain, la vie de la mort. Comment saisir l’identité écartelée du Très-Haut et de la Croix, du Dieu Tout-Puissant et de l’Homme de douleurs ? Peut-être en y discernant la révélation de l’amour fou de Dieu pour l’humain.

« Si le Christ est descendu sur terre, c’est par compassion pour l’humain. Oui, il a souffert nos souffrances avant même d’avoir pris notre chair. Car s’il n’avait souffert, il ne serait pas venu partager avec nous la vie humaine. Mais quelle est cette passion qu’il a ressentie pour nous ? C’est la passion de l’amour. » (Origène, Sixième homélie sur Ezéchiel, 6, 6)

Compassion, passion. On dirait aujourd’hui : solidarité. Solidarité d’amour qui sollicite humblement et discrètement notre propre amour. Solidarité ontologique avec l’humain qui fait de Jésus notre frère. En vertu de cette solidarité d’être et d’amour, le Christ Jésus a pris sur lui toute la haine, la révolte, la dérision, le désespoir, tous les meurtres, toutes les tortures, toutes les agonies des hommes pour les remettre entre les mains du Père.
Alors la vie absorbe la mort, la haine se consume dans l’abîme de l’amour. Et l’univers est restauré, l’homme rénové.

Abbé Marcel Villers


Origène (185-254) reçoit une formation littéraire et théologique solide à Alexandrie où il est bientôt chargé d’enseignement dans l’École catéchétique. Il s’établit ensuite à Césarée, en Palestine, où il enseigne et prêche. Il devient prêtre et poursuit une œuvre considérable surtout dans le domaine de l’exégèse biblique. Interdit à Alexandrie, il poursuit son enseignement en Palestine et Syrie. Il meurt martyr à Tyr.

SOURCES : 4. Le beau et le désir

4. LE BEAU ET LE DÉSIR

« Dieu est Beauté. C’est cette Beauté qui produit toute amitié, toute communion. C’est cette Beauté qui meut tous les êtres et les conserve en leur donnant l’amoureux désir de leur propre beauté.
Le Beau véritable se confond avec le Bien quel que soit le motif qui meut les êtres, c’est toujours vers le Beau-et-Bien qu’ils tendent, et il n’est rien qui n’ait part au Beau-et-Bien…C’est grâce à lui qu’à sa manière propre tout communie à tout, que les êtres s’aiment sans se perdre les uns dans les autres, que tout s’harmonise, que les parties s’accordent au sein du tout… » (Denys L’Aréopagite, Noms divins, IV, 7 )

Dans l’attraction de l’humain pour la beauté, dans l’amour de l’homme et de la femme, dans la communion du croyant à Celui qui est la plénitude du Beau et du Bien, se manifeste un élan semblable à ce que nommons la création. Dieu sort de lui-même ; ce mouvement est désir qui fait venir à l’être tout ce qui existe. L’acte créateur est une extase.
« En Dieu, le désir d’éros est extatique. Grâce à lui les amants ne s’appartiennent plus. Ils appartiennent à ceux qu’ils aiment… Dieu aussi sort de lui-même lorsqu’il captive tous les êtres par le sortilège de son amour et de son désir. » (Denys L’Aréopagite, Noms divins, IV, 13 )

Le désir, c’est d’abord celui de Dieu pour nous, auquel tout élan amoureux de l’humain est réponse.

Abbé Marcel Villers


Pseudo-Denys L’Aréopagite : sous ce pseudonyme qui évoque le grec converti par saint Paul sur l’Aréopage (Ac 17,34), se cache probablement un moine du Ve s., d’origine syrienne et formé à Athènes, qui veut convertir la pensée grecque en l’introduisant dans la théologie chrétienne.

Clés pour lire l’évangile de Matthieu : 49. deux font un

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier l’évangile de Matthieu dont nous suivons la lecture liturgique. Aujourd’hui : Mt 22, 34-40 du 30e dimanche ordinaire.

49. Deux font un

« Voilà le premier commandement. Et le second lui est semblable. » (Mt 22, 38-39)

Lier ces deux commandements, les considérer comme semblables, ce qui ne veut pas dire identiques, c’est instaurer un rapport nouveau entre le culte à rendre à Dieu et les devoirs envers autrui. Ce rapport est caractéristique du christianisme et clairement exprimé par St Jean : « Celui qui n’aime pas son frère qu’il voit ne saurait aimer Dieu qu’il ne voit pas. » (1 Jn 4, 20)

L’amour est le rapport le plus personnel qui soit. Chacun s’y implique avec tout ce qu’il est. C’est pourquoi le commandement biblique concerne toutes les dimensions de l’existence : cœur, âme, esprit. L’amour fait de la religion une relation personnelle avec un Dieu qui ne peut être que personnel. La religion a alors atteint son sommet, elle n’est plus observance ou devoir, elle est union d’amour, communion de l’homme et de Dieu.

La Loi

« De ces deux commandements dépend toute la Loi. » (22, 40) La notion de Loi est une des plus importantes de l’Ancien Testament, puisque la religion juive est souvent considérée comme la religion de la loi. Il y a, en effet, de nombreux codes législatifs dans l’Ancien Testament dont la partie principale, comprenant les cinq premiers livres de la Bible, est appelée Thora qui peut se traduire par « enseignement », celui d’une autorité qui indique ainsi la voie à suivre. Cette autorité est celle de Dieu et la Thora est donc parole de Dieu, révélation de sa volonté qui s’exprime sous la forme d’oracles, de paroles, de commandements. Le sens profond de Thora s’exprimerait mieux par « la Voie » plutôt que par « la loi » qui nous vient de la traduction en grec de Thora dans la Septante.

Abbé Marcel Villers

Accueil et courtoisie

EpeeRose

Facilement dans nos communautés, surgissent des tensions ou des différends. (…) La première étape, c’est la courtoisie. Parfois quand j’entends ou que je lis des paroles dures prononcées sur le dos des autres, je me dis qu’entre chrétiens, il ne faut pas d’abord prêcher l’amour, mais la politesse et la courtoisie !

Et quand un étranger ou une nouvelle personne se présente dans nos groupes ou dans nos communautés, il faut l’accueillir. Beaucoup de communautés évangéliques, décriées pour leur fondamentalisme, sont plus accueillantes que les nôtres !

A quand une commission de l’accueil en paroisse ? Donc, soignons l’accueil et la courtoisie ! C’est le premier pas de l’amour !

+ Jean-Pierre Delville,
évêque de Liège

In Église de Liège, septembre-octobre 2014, p. 5