Clés pour lire l’évangile de Jean : 45. Messie

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Jean. Nous poursuivons la lecture continue de l’évangile. Jésus enseigne dans le Temple : Jn 7, 25-30.

45. Messie

Le Messie quand il viendra, personne ne saura d’où il est. (Jn 7,27) 

Jésus est « celui qu’on cherche à tuer » (7,25) et pourtant il est là, dans le Temple, à parler en public. « Les autorités l’auraient-elles reconnu comme le Messie ? » (7,26) si on le laisse s’exprimer aussi ouvertement. Vient alors l’objection principale : « Celui-là, nous savons d’où il est. Or le Messie, personne ne saura d’où il est. » (7,27)

Est ainsi posée la question de l’identité de Jésus : qui est-il ? d’où vient-il ? est-il le Messie ? Ces questions sont aussi les nôtres, celles de tout chrétien, celles de tout homme face à Jésus. Vient une première réponse de Jésus proclamée solennellement, dans un cri, au cœur du Temple, centre de la foi juive : « Je ne suis pas venu de moi-même, mais il est véridique celui qui m’a envoyé. » (7,28) La véritable origine de Jésus, c’est Dieu. Nul ne peut saisir qui est Jésus s’il ne connaît pas Dieu en vérité.

D’où vient le Messie

« L’argument de l’origine cachée du Messie a vraisemblablement joué un rôle dans le débat sur l’identité de Jésus entre les premières communautés chrétiennes et la synagogue. A en croire les interlocuteurs de Jésus et des chrétiens, l’origine du Messie – il s’agit là d’une tradition relativement tardive dans le judaïsme antique – demeure mystérieuse et cachée. Or, on connaît l’origine terrestre de Jésus : Nazareth en Galilée, ce qui suffit à le disqualifier. Mais d’un point de vue johannique, cet argument n’est pas recevable, car il est purement mondain. Seul Jésus lui-même connaît sa véritable origine en Dieu ; cette dernière demeure cachée aux êtres humains qui sont en dehors de la foi. » (Jean ZUMSTEIN, L’Évangile selon saint Jean, 2014)

Abbé Marcel Villers

Clés pour lire saint Jean 4. Identification

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons cette année fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Jean. Il n’y a pas d’année liturgique centrée sur Jean, comme c’est le cas pour Matthieu, Marc et Luc. Nous ferons donc une lecture continue de Jean en tâchant de faire des liens avec l’année liturgique. En ce temps de l’Avent, prolongeons notre méditation sur le témoignage de Jean le Baptiste. Cette semaine : Jn 1, 19-28.        

4.  Question d’identification

Au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas. (Jn 1,26)

Il est là, présent au milieu de nous, mais inconnu, ignoré, méconnaissable. De qui Jean parle-t-il ? qui désigne-t-il ainsi ? « Jean est venu pour rendre témoignage à la Lumière. » (1,7) Mais comment se fait-il que Celui qu’on appelle la Lumière soit invisible ? Que Celui qui s’identifie à la Vérité ne s’avance que masqué ? Que Celui qu’on dit être partout n’apparaisse nulle part ?

C’est bien là une des réalités les plus étonnantes sur lesquelles les croyants butent immanquablement : Dieu ne se laisse jamais saisir. Il est comme la Lumière. Sans elle, tout est obscur, mais personne ne peut la saisir. Dieu est insaisissable. Par définition, pourrait-on dire. Cela nous en dit long sur Dieu : il est partout mais ailleurs que là où nous l’attendons.

La tradition du Messie caché

« Dans le judaïsme d’alors, une spéculation circulait selon laquelle le Messie vivait incognito au milieu de son peuple avant de se révéler. Selon certains textes, le Messie apparaîtra au temps fixé et il est certain qu’il viendra, car il est déjà là, quoique caché aux yeux des mortels. Pour d’autres, le Messie est déjà sur terre, incognito et même lui ne sait pas qui il est. Jn 1,26 semble présupposer la seconde conception qu’on retrouve chez Justin, un philosophe chrétien du deuxième siècle (entre 100 et 165) qui écrit dans le Dialogue avec Tryphon (VIII,4) : « Si le Christ est né et demeure quelque part, il est inconnu, il ne se connaît pas lui-même et n’a aucun moyen de se faire connaitre. Il faut d’abord que le prophète Élie vienne lui donner l’onction sainte et le révèle à la terre. » (Jean ZUMSTEIN, L’Évangile selon saint Jean, 2014)

Abbé Marcel Villers