Clés pour lire l’évangile de Jean : 18. Le grain de blé

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Jean. L’heure de Jésus approche, quel sens donne-t-il à la mort qui l’attend ? Lisons Jn 12, 20-33.

18. Le grain de blé

Si le grain de blé meurt, il porte beaucoup de fruits. (Jn 12,24)

La certitude de la fécondité de sa mort n’empêche pas Jésus de ressentir une angoisse profonde lorsque l’heure arrive. La pensée de subir le sort du grain de blé, mourant pour porter du fruit, trouble le cœur de Jésus. « Maintenant, mon âme est bouleversée. Que vais-je dire ?  Père, sauve-moi de cette heure ? » (12,27) Ce n’est pas la première fois que Jésus connaît cette épreuve, cette tentation. Comme nous, « à plusieurs reprises, il a présenté avec un grand cri et dans les larmes sa prière et sa supplication à Dieu qui pouvait le sauver de la mort. » (He 5,7)

Nous aussi rêvons d’échapper à la mort. Mais notre existence, parce qu’elle est humaine, est finie, limitée. Alors, ne nous reste-t-il que la résignation, le fatalisme ? Non, il nous reste à faire de notre mort l’acte suprême de notre liberté, un acte d’amour. Car il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie.

L’heure

Le mot « heure » est employé 26 fois dans l’évangile de Jean. Ce thème de « l’heure » dérive de l’apocalyptique juive où il désigne « la dernière heure », celle de la victoire de Dieu et la fin des temps. Pour les évangiles, il s’agit de l’heure messianique, concrètement celle de la passion. Jean élargit ce sens de base. Toute la vie de Jésus est tendue vers cette heure mystérieuse qu’il désigne comme « son » heure, l’heure où il accomplira définitivement son œuvre de salut. C’est l’heure de la croix, l’heure de la glorification (12, 23), l’heure où le Fils va être glorifié par le Père (17,1). L’heure de Jésus est celle « où il va jusqu’à l’extrême de l’amour » (13,1). C’est en raison des fruits que produit la mort de Jésus sur la croix que Jean désigne cette heure comme celle de la glorification. (D’après Ignace de la POTTERIE, La passion selon saint Jean, 1981)

Abbé Marcel Villers

Clés pour lire l’évangile de Luc. 38. L’insensé

Clés pour lire l’évangile de Luc

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile. Cette semaine, Lc 12, 13-21 du 18e dimanche ordinaire.

38. L’insensé

La vie de quelqu’un, même dans l’abondance,
ne dépend pas de ce qu’il possède. (Lc 12,15)

« Tu es fou », nous crie Dieu. La mort t’attend. Alors « ce que tu auras accumulé, qui l’aura ? » (12, 20) Jésus ne brandit pas la mort comme un épouvantail. Il rappelle avec réalisme que le sens de la vie, le secret du bonheur est ailleurs. Même si l’argent peut y contribuer, « la vie de l’homme ne dépend pas de ce qu’il possède ».

La sagesse que propose Jésus, c’est l’appréciation correcte de la fragilité, de l’éphémère de notre vie. Comme le dit l’Ecclésiaste, « que reste-t-il à l’homme de toute la peine et de tous les calculs pour lesquels il se fatigue sous le soleil ? » Pourquoi passer notre temps, si court, à faire des réserves pour demain ? C’est aujourd’hui qu’il faut vivre et que nos richesses doivent porter du fruit pour nos frères.

Le chrétien et la richesse

« La richesse est tentation chaque fois que l’espoir mis en elle devient concurrent de ce l’on ne peut recevoir que de Dieu, en particulier l’assurance, la sécurité. L’abondance matérielle, en particulier, est propre à éveiller en l’homme l’idée de pouvoir se passer de Dieu. La tentation qui frappe à la porte de l’homme qui est dans l’abondance, c’est d’ignorer qui est l’Eternel, de se satisfaire de ce qu’il possède et de ne plus voir ce que Dieu vient faire dans sa vie, c’est de s’emparer de ce que Dieu donne et d’en faire sa chose, au lieu de rendre grâce et de rendre gloire. Ce qui séduit l’homme au travers de l’argent, c’est l’ambition de l’indépendance, l’idée d’une forme de sécurité autarcique, la pensée de l’autonomie vis-à-vis de Dieu. » (Michel JOHNER, Le chrétien à l’épreuve de l’argent, 2001)

Abbé Marcel Villers