Clés pour lire l’évangile de Luc. 38. L’insensé

Clés pour lire l’évangile de Luc

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile. Cette semaine, Lc 12, 13-21 du 18e dimanche ordinaire.

38. L’insensé

La vie de quelqu’un, même dans l’abondance,
ne dépend pas de ce qu’il possède. (Lc 12,15)

« Tu es fou », nous crie Dieu. La mort t’attend. Alors « ce que tu auras accumulé, qui l’aura ? » (12, 20) Jésus ne brandit pas la mort comme un épouvantail. Il rappelle avec réalisme que le sens de la vie, le secret du bonheur est ailleurs. Même si l’argent peut y contribuer, « la vie de l’homme ne dépend pas de ce qu’il possède ».

La sagesse que propose Jésus, c’est l’appréciation correcte de la fragilité, de l’éphémère de notre vie. Comme le dit l’Ecclésiaste, « que reste-t-il à l’homme de toute la peine et de tous les calculs pour lesquels il se fatigue sous le soleil ? » Pourquoi passer notre temps, si court, à faire des réserves pour demain ? C’est aujourd’hui qu’il faut vivre et que nos richesses doivent porter du fruit pour nos frères.

Le chrétien et la richesse

« La richesse est tentation chaque fois que l’espoir mis en elle devient concurrent de ce l’on ne peut recevoir que de Dieu, en particulier l’assurance, la sécurité. L’abondance matérielle, en particulier, est propre à éveiller en l’homme l’idée de pouvoir se passer de Dieu. La tentation qui frappe à la porte de l’homme qui est dans l’abondance, c’est d’ignorer qui est l’Eternel, de se satisfaire de ce qu’il possède et de ne plus voir ce que Dieu vient faire dans sa vie, c’est de s’emparer de ce que Dieu donne et d’en faire sa chose, au lieu de rendre grâce et de rendre gloire. Ce qui séduit l’homme au travers de l’argent, c’est l’ambition de l’indépendance, l’idée d’une forme de sécurité autarcique, la pensée de l’autonomie vis-à-vis de Dieu. » (Michel JOHNER, Le chrétien à l’épreuve de l’argent, 2001)

Abbé Marcel Villers

Clés pour lire l’évangile de Marc : 40. Une seule chose te manque

Clé pour lire l’évangile de Marc

Dans cette série hebdomadaire (parution le mercredi matin), nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Marc. Cette semaine : Mc 10, 17-30 du 28e dimanche du temps ordinaire.

40. Une seule chose te manque

           Comme il est difficile d’entrer dans le royaume de Dieu ! (Mc 10,24)

« Jésus posa son regard sur lui, et il l’aima. » (10, 21) C’est la seule fois dans les évangiles où on dit l’amour de Jésus pour quelqu’un. Cet homme observe les commandements depuis sa jeunesse, et cependant il reste insatisfait, et s’interroge sur ce qu’il doit faire « pour avoir la vie éternelle en héritage. » (10,17) Voilà qui motive l’amour de Jésus.

Au « que dois-je faire ? » (10,17), la réponse de Jésus est son propre comportement : le détachement de tout, l’abandon de sa vie dans les mains du Père éternel. Bref, offrir sa vie plutôt que la garder, car la sauver est le plus sûr moyen de la perdre. « Une seule chose te manque : va, vends ce que tu as et donne-le aux pauvres… Puis viens, suis-moi. » (10,21)

On peut résumer en deux actes : rupture et suite. « Vends ce que tu as » ; « suis-moi » qui marche sur le chemin de Jérusalem, vers la mort et la résurrection. Est-ce possible pour tous, ce comportement exigé par Jésus ? Mais alors « qui peut être sauvé ? » (10, 26)

Jésus et les riches

« Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume de Dieu » (10,25) Jésus prend clairement parti pour les pauvres et contre la richesse. Il partage ce tranchant avec les cercles apocalyptiques, qui rangent la richesse parmi les vecteurs du mal. La richesse est l’ennemie de Dieu.

D’un autre côté, on constate que Jésus fait un usage assez libre de la richesse des autres. Lui et ses compagnons se font entretenir par des femmes aisées (Lc 8,3). Il accepte les invitations à manger et ne dédaigne pas rencontrer les gens fortunés, ainsi l’homme riche qu’il appelle à le suivre.

Bref, l’accent sur la dénonciation de la richesse n’exclut pas un appel lancé aux riches. Cette ambivalence est une des énigmes de Jésus : ni apologie de la misère, ni justification de la fortune. (Daniel MARGUERAT, L’homme qui venait de Nazareth, 1990, p.60-61)

Abbé Marcel Villers