ART ET FOI. JEUDI-SAINT : le testament de Jésus

 

Ces deux toiles de Léon Pringels ornent l’église de Theux depuis 1953. Elles sont placées dans deux cadres servant jadis à la Confrérie du St-Sacrement et accrochés sur le mur sud de l’église. Sur chacune de ses toiles, le peintre présente cinq personnages dont quatre sont faciles à identifier : Jésus, Pierre, Jean et Judas.

Le cinquième, en vert, est proche de la représentation habituelle de saint Paul : le front bombé, la tête chauve, la petite mèche de cheveux au-dessus du front et une barbe abondante qui est ici peu développée. L’artiste chercherait ainsi à relier Pierre et Paul, les deux piliers de l’Église fondée sur la mort et la résurrection du Christ qu’illustrent les deux scènes représentées. Le plus simple, sans indications de l’artiste, est de prendre ce troisième personnage comme représentant les neuf autres apôtres qui ont chacun été « lavé » par Jésus et qui ont mangé et bu avec lui la veille de sa passion.

Ce soir-là, Jésus livre l’essentiel de sa vie et le sens de sa mort-résurrection. Son testament tient en deux gestes et une parole. Le premier geste est celui du repas, de la communion : Jésus donne sa vie, son corps et son sang qui deviennent nourriture, c’est-à-dire, aliment de vie. Le deuxième geste est celui du lavement des pieds : Jésus se dépouille de son vêtement, de sa vie et s’abaisse comme l’esclave aux pieds de ses disciples pour les servir, les sauver. Ces gestes, Jésus nous demande de les faire en mémoire de lui : « Faites ceci en mémoire de moi. » Il ne s’agit pas de répéter des rites, mais de s’engager à la suite de Jésus à donner notre vie par amour, à communier avec nos frères et sœurs, à nous laver les pieds les uns aux autres. La communion fonde la fraternité.

Abbé Marcel Villers

Être missionnaire, c’est servir

Homélie de l’abbé Marcel Villers pour le 29e dimanche du temps ordinaire. Année B. Mc 10, 35-45. Dimanche de la mission universelle. Theux le 21 octobre 2018.

Qui est le plus grand ? C’est une question d’échelle. Echelle des valeurs, évidemment.
Celui qui veut devenir grand sera votre serviteur.
Celui qui veut être le premier sera l’esclave de tous.
L’ordre de grandeur est inversé.
Le plus grand, c’est celui qui sert et non celui qui commande en maître
Le premier, c’est l’esclave et non celui qui fait sentir son pouvoir.

Qui peut entrer dans cette logique alors que tout est fait pour nous provoquer à jouer des coudes, éliminer le maillon faible, vaincre le concurrent ? La vie n’est-elle pas un combat, une lutte pour gagner, réussir ?

Or l’évangile nous dit : Celui qui veut être le premier sera l’esclave de tous.
Un philosophe comme Nietzsche dira que les chrétiens sont, comme leur Maître, des faibles, seulement capables de s’écraser devant l’autre, le puissant. Ce faisant, ils nient la vie et se font les apôtres de la mort.

Celui qui veut devenir grand sera votre serviteur.
En ce dimanche des missions, nous ne pouvons que nous interroger à propos des missionnaires. Ces hommes, ces femmes ont tout laissé, tout abandonné pour se faire serviteurs et frères, sœurs, le plus souvent des peuples les plus méprisés et isolés de la terre. Ainsi le saint Père Damien a quitté sa Flandre opulente pour une île perdue du Pacifique. Et là, il s’est littéralement perdu pour ce peuple des lépreux.

Mais qu’est-ce qui a fait courir Damien, et tous ces hommes, ces femmes, ces missionnaires qui, au lieu de chercher la gloire et la puissance, ne trouvent que la pauvreté, la souffrance et la mort ?
Il n’y a qu’une explication : l’amour, un amour fou, bien sûr. Amour pour Jésus. Pouvez-vous boire la coupe que je vais boire ? Oui, car aimer, c’est vouloir imiter en tout celui qu’on aime. Et ce Jésus est venu pour servir et donner sa vie pour la multitude.

Amour tout aussi fou pour les humains, surtout ceux qui sont les plus éloignés, les plus pauvres et les plus isolés. Car le missionnaire n’est pas arrivé jusqu’à eux pour les commander en maîtres ou leur faire sentir son pouvoir, mais pour être serviteur et donner sa vie en rançon. Pour eux. Comme Jésus.

Servir, telle est l’ambition du missionnaire. Évangéliser, ce n’est pas seulement communiquer un message et partager des convictions avec des mots, des discours. C’est aussi donner des mains à l’Évangile.
Le missionnaire ne se contente pas de proclamer l’Évangile, de mettre sur pied une Église. Ce qui le mobilise, c’est un amour concret. Il s’engage dans le soin et le relèvement des populations qui lui sont confiées, leur rendant confiance et fierté. Ce sont les plus pauvres, les plus méprisés qui deviennent ses amis, ses frères et sœurs. Il panse leurs plaies et les engage à faire de même entre eux. C’est une des nouvelles images de la mission : travailler au développement intégral. Il faut sauver tout l’homme et pas seulement les âmes.

C’est vrai chez nous aussi. Plus que prêcher, être missionnaire c’est témoigner de l’Évangile par nos actes, le rendre visible dans l’espace social. Et un des signes les plus clairs que nous puissions donner, c’est celui du service désintéressé. Dans nos pays comme partout, les gens se méfient des propagandistes, des démarcheurs car ils y discernent vite une volonté de prosélytisme, d’appropriation, bref une forme de domination.

Le plus grand, c’est le serviteur ; le premier, c’est l’esclave de tous.