Méditation sur l’évangile du 4e dimanche du carême : Jn 9, 1-41

En ce temps d’absence de célébrations dominicales, nous vous offrons néanmoins une méditation-homélie sur l’évangile du dimanche. Ce week-end, il est question de ténèbres et de lumière dans les cœurs, voilà qui est bien de circonstance.

Plongé dans les ténèbres

Il n’avait jamais vu ni sourire, ni larmes.
Il n’avait jamais perçu l’amitié ou la méchanceté d’un regard.
Il ne connaissait pas le bleu du ciel ou le vert éclatant du printemps.
Il vivait dans un univers sans image où comptent seulement les mains et les oreilles, les odeurs et les sons.
Il était aveugle de naissance.
Il ne demandait rien : pas de supplication, ni cri de pitié.
Il était là, simplement, posté à la sortie du Temple.

Lui qui ne voyait pas n’était pas vu. Pour les passants, ce n’était qu’une ombre. Mais sa vie va être bouleversée. Car « sortant du Temple, Jésus vit sur son passage un homme qui était aveugle de naissance. » Cet homme qui ne voit pas, Jésus le voit. En lui, il ne regarde pas seulement l’infirme avec sa misère, il reconnaît tous les hommes, et nous en sommes, aveugles de naissance qui ne parviennent pas à voir clair dans ce monde et restent obstinément prisonniers de leur univers de ténèbres.

« Autrefois, nous rappelle St Paul, vous n’étiez que ténèbres. » Nous savons tous ce que signifient ces ténèbres intérieures qui noient notre cœur. Notre univers mental, nos songes sont peuplés d’images de chair et de sang, d’inquiétude et d’angoisse en ce temps d’épidémie. Notre regard sur nous-mêmes, sur l’être humain, sur ce monde est souvent si sombre, si noir. Et il y a de quoi !
Et puis, nous restons rivés à la surface des choses et des êtres. Nous considérons les apparences et souvent nous nous y noyons. C’est le plus grand, le plus fort, le plus riche qui attire notre regard. Mais, comme le dit le Seigneur à Samuel : « Ne considère pas son apparence, ni sa haute taille. Dieu ne regarde pas comme les hommes, car les hommes regardent l’apparence, mais le Seigneur regarde le cœur. »

Qui peut guérir nos yeux ? Qui peut illuminer nos ténèbres ?
L’initiative est à Jésus. « Il cracha sur le sol et avec la salive, il fit de la boue qu’il appliqua sur les yeux de l’aveugle. » Surprenant : Jésus commence par le rendre plus aveugle encore. Doublement enfermé dans sa nuit, l’homme se met en marche sans hésitation sur la parole entendue : « Va te laver à la piscine de Siloé ».

Il y va. Il va se laver sans rien y voir. Il a entendu et obéit à l’ordre donné. Connaître le Christ le fait entrer dans une aventure nocturne où il s’agit de marcher à l’oreille et non à la vue. C’est un des enseignements récurrents de la Bible et qui en dit long sur l’expérience de la foi : écouter l’emporte sur le voir. De sorte que la guérison de l’aveugle n’est pas tellement qu’il voie, mais qu’il écoute et obéisse. Belle définition de la foi qui ne nous conduit pas à la vision, mais à l’écoute. « Dieu, écrit St Jean, nul ne l’a jamais vu. » C’est pourquoi à la transfiguration, si les disciples voient Jésus baigné de lumière, la voix céleste leur dit : « Celui-ci est mon Fils, écoutez-le. » Et non pas regardez-le.

Obéissant à la parole de Jésus, l’aveugle « y alla. Il se lava et, quand il revint, il voyait. » Mais le résultat est que si lui, l’aveugle, est devenu voyant, ses voisins, les pharisiens, les Juifs ensuite, ne le reconnaissent pas. Pour eux, ce n’est pas lui, il s’agit d’un autre. Même ses parents ne savent quoi. Les yeux ne s’ouvrent pas. Depuis que l’aveugle y voit, tous autour de lui sont pris de cécité.

Vient enfin la nouvelle rencontre avec Jésus qui questionne l’aveugle guéri : « Crois-tu au Fils de l’homme ? » Mais l’aveugle-voyant ne sait pas : « Qui est-il, Seigneur, pour que je croie en lui ? » Il ne sait pas. Il ne l’a jamais vu.
S’il reconnaît celui qui se tient devant lui, c’est à la voix. Il est alors comme guéri de son aveuglement, une deuxième fois, par l’ouïe.

Toutes les preuves peuvent sauter aux yeux, toutes les évidences s’imposer. La foi n’est pas de cet ordre Reconnaître le Fils de l’homme, la foi, c’est affaire de confiance sur parole. Se fier à l’autre se fait toujours sur parole. Ce n’est pas une affaire de savoir ou de certitude, de claire vision. Pour croire, il n’est pas besoin de voir. Il suffit d’écouter et d’obéir sur parole.

Abbé Marcel Villers

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