Notre Curé nous parle – 18 avril 2020

Voilà que se termine, sous le soleil, l’octave de Pâques, en notre belle Fenêtre de Theux

Combien d’entre vous me répercutent la chance que nous avons de vivre dans un tel décor. Même des personnes alitées s’émerveillent de voir la nature avec arbres, prés et oiseaux par leur fenêtre.

Rendons grâce à Dieu pour la création qui nous aide à supporter l’épreuve. Demandons-lui aussi à l’avenir de nous sentir encore plus responsable de cet environnement indispensable à notre existence, à notre bonheur… En Angleterre, au Moyen-Âge, une maladie, la suette, est apparue lors d’une immense déforestation. Ce qui nous arrive est du même type. L’histoire du pangolin et de la chauve-souris pour le covid19 est la mise en contact d’une faune sauvage avec l’homme dans un contexte de déforestation et d’hyper-exploitation des ressources. Et là, n’est pas la seule menace : la pollution acide des océans détruit le plancton à grande échelle, ce qui a un impact bien plus grand sur l’oxygénation de l’air que la disparition des forêts amazoniennes !

Il ne faut pas se voiler la face, ce qui nous arrive n’est pas une parenthèse, c’est un avertissement. Chaque fois que l’homme engendre des déséquilibres autour de lui, cela crée des conséquences qui oblitèrent vite tout bénéfice immédiat.

Nous, les chrétiens, en ce temps de Pâques, nous voyons le Seigneur faire du neuf, en tenant ses promesses. La semaine dernière, j’ai beaucoup cité Marie Noël la poétesse. Je le fais encore de mémoire sur un texte qui m’accompagne depuis des années : « Mon Dieu, je suis fatiguée, je suis si lasse, … Mon Dieu, je ne vous aime pas… Mais Seigneur, que faites-vous? Vous voilà tel un chiffonnier ramassant les immondices de ma vie ! Qu’en voulez-Vous faire, Seigneur ? ‘Le Royaume des Cieux !’ dit Dieu ».

La crise, la Passion nous renvoient à notre finitude. Bien plus, à notre interdépendance avec l’autre qu’il soit le prochain, le Tout Autre et même la nature. N’en doutons pas.

J’ai bien conscience que la semaine dernière, je vous ai partagé ici même « du lourd ». Un retour d’un paroissien m’a conforté dans mon choix disant « qu’à l’église on parle beaucoup de la vie éternelle et peu de la mort ».

Oui. Le kérygme de notre foi dit pourtant bien que nous croyons « en Jésus-Christ mort et ressuscité ». L’un ne va pas s’en l’autre. Sûrement puisque nous avons part à une société qui a des difficultés avec la fragilité et la mort, notre sagesse devrait faire sens, faire signe… Dans la contradiction.

Regardons Pierre et les autres lorsqu’ils rencontrent Jésus relevé d’entre les morts. « Ils sont remplis de crainte et n’osent pas y croire » nous dit l’Écriture qui, cependant, poursuit qu’ils étaient remplis de joie de voir le Seigneur. Pierre dans sa première profession de foi devant les Juifs dira « que le Dieu de l’espérance soit votre joie ! » (Actes des Apôtres).

Le pape François rappelait cette semaine qu’il y a là l’accomplissement des promesses de Dieu qui accompagne son peuple dans la fidélité. Il citait, au livre de Néhémie, Esdras ayant lu au peuple revenu d’exil et réuni pour la proclamation du livre retrouvé de la Loi, qui disait : « que la joie de Dieu soit votre force ! ».

Dans le Christ, nous recevons encore plus. Paul reprendra la citation de Néhémie et ajoutera en écrivant aux Romains : « La joie est un fruit de l’Esprit ».

En cette Pâques 2020, nous ne sommes pas seulement dans un temps de mort et de désolation mais dans un temps donné pour la vérité, celle qui rend libre, et aussi pour une formidable espérance.

Le Seigneur est avec nous. Nous sommes marqués de son sceau : le baptême.

Toutefois, nous oublions ou occultons souvent une des trois dimensions de celui-ci. Oui, nous sommes sauvés car nos péchés sont pardonnés. Oui, nous sommes de la famille de Dieu car reconnus enfants du Père dans le Christ. Mais il y a aussi la participation à la mort et résurrection du Christ. Ne dit-on pas lors de la dernière bénédiction du corps d’un défunt « Vous avez été baptisé, plongé dans le mystère de la mort et de la résurrection du Christ. Aussi c’est dans l’espérance de vous retrouver auprès du Seigneur que je bénis votre corps » ?

Regardons un extrait d’une catéchèse baptismale de Jérusalem aux premiers temps de l’Église :

Vous avez été conduits par la main à la piscine du baptême, comme le Christ est allé de la croix au tombeau qui est devant vous.

On a demandé à chacun s’il croyait au nom du Père et du Fils, et du Saint-Esprit. Vous avez proclamé la confession de foi qui donne le salut et vous avez été plongés trois fois dans l’eau, et ensuite vous en êtes sortis. C’est ainsi que vous avez rappelé symboliquement la sépulture du Christ pendant trois jours.

De même, en effet, que notre Sauveur a passé trois jours et trois nuits au cœur de la terre, c’est ainsi que vous, en sortant de l’eau pour la première fois, vous avez représenté la première journée du Christ dans la terre ; et la nuit, en étant plongés. Celui qui est dans la nuit ne voit plus rien, tandis que celui qui est dans le jour vit dans la lumière. C’est ainsi qu’en étant plongés comme dans la nuit vous ne voyiez rien ; mais en sortant de l’eau vous vous retrouviez comme dans le jour. Dans un même moment vous mouriez et vous naissiez. Cette eau de salut est devenue à la fois votre sépulture et votre mère.

Ce que Salomon dit à un autre sujet pourrait s’appliquer à vous : Il y a un temps pour enfanter, et un temps pour mourir. Mais pour vous c’était l’inverse : un temps pour mourir et un temps pour naître. Un seul temps a produit les deux effets, et votre naissance a coïncidé avec votre mort.

Chose étrange et incroyable ! Nous n’avons pas été véritablement morts ni véritablement ensevelis, et nous avons ressuscité sans être véritablement crucifiés. Mais si la représentation ne réalise qu’une image, le salut, lui, est véritable.

Le Christ a été réellement crucifié, réellement enseveli, et il a ressuscité véritablement. Et tout ceci nous est accordé par grâce. Unis par la représentation de ses souffrances, c’est en toute vérité que nous gagnons le salut. Fin de citation.

Nous le voyons si l’expérience de la mort physique est unique, notre tradition a ou devrait avoir cette force de nous y entraîner avec l’aide du Christ Jésus. Dommage sans doute que notre tradition liturgique latine ait perdu de la force symbolique dans le plongeon du baptême… au risque de n’en faire qu’un événement mondain…

Alors heureux êtes-vous si vous avez eu la grâce d’aller aux piscines à Lourdes. Vivre cette expérience d’humilité, se dépouiller jusque dans la nudité physique, s’en remettre à d’autres pour plonger et ressortir. Oui, il y a de la peur, de l’appréhension, mais surtout une expérience de foi et d’abandon. Je l’ai vécue. Et puis il y a cette joie de reprendre souffle, de se retrouver lumineux à l’intérieur tout en ayant la peau pratiquement sèche.

Mais heureux êtes-vous aujourd’hui, si sur votre chemin, vous avez vécu une preuve de résilience. Ceux et celles qui ont traversé une grande épreuve quelle qu’elle soit, en ressortent transformés. Leur manière de voir la vie, les valeurs ont changé ainsi que le rapport aux autres. Enfin tel est l’enjeu.

Boris Cyrulnik : « Quand la mort devient immédiate, une partie de la population habituellement se met à prier tandis que l’autre se livre à des sortes de bacchanales… on va voir apparaître des changements politiques. De nouvelles conceptions de vie vont émerger et on assistera sans doute à un bouleversement culturel. Chaque fois que se produisent des catastrophes, (…) une nouvelle hiérarchie de valeurs, un nouvel « ethos » s’installe… c’est l’occasion de stopper le sprint industriel et culturel qui surmène les adultes, angoisse les parents et fragilise les enfants ».

Chaque fois que nous nous endormons pour la nuit, voire pour une sieste, nous faisons un saut dans la confiance pour nous éveiller dans un jour nouveau, à des heures nouvelles.

Puisse le grand sommeil de notre société nous conduire à éveiller à une vie nouvelle et renouvelée.

Puissions-nous ouvrir les yeux demain non avec une gueule de bois ou de vaines illusions.

Que la mort à une certaine manière d’être nous engendre à une existence simple, joyeuse et véritable

Bon temps pascal en communion les uns avec les autres.

Jean Marc,
votre Curé

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