Notre Curé nous parle – 17 mai 2020

Un coup de froid sur la Fenêtre de Theux

En ces jours, il y a comme un coup de froid sur la Fenêtre de Theux : d’abord la période des saints de glace porte bien son nom cette année, et puis le dernier Conseil national de Sécurité n’a pipé grand mot sur le retour à la normale pour les célébrations… Ainsi nos églises ne sont pas près de se remplir de nos présences fidèles.

Pourtant il y a peut-être là comme un signe à travers nos églises vides ? Vides comme le tombeau au matin de Pâques ; vides comme le cénacle au jour de Pentecôte. C’est en tout cas le propos du texte de Tomas Halik, prêtre tchèque, qui circule en Église en ce moment. Je vous invite à mettre la main dessus et à lire ce propos interpellant. J’y reviendrai sans doute bientôt ici même…

Comme l’évoque le pape François, par ailleurs, le Christ se tient à la porte et il frappe… pour sortir ! Sortir des églises pour aller au monde, sur les routes de Galilée. Tiens, j’ai déjà évoqué cette dynamique il n’y a pas si longtemps. Oui, vous et moi sommes le Christ offert au creux de nos relations conditionnées avec parents et amis. Quand nos téléphones ont-ils autant chauffé ? Lorsque nous applaudissons, voire chantons avec nos voisins le soir, nous sommes la discrète lettre que Dieu adresse au monde… À l’inverse, lorsque qu’une personne assure un service indispensable et normalement banalisé, n’y a-t-il pas là comme un lavement des pieds ? Merci aux facteurs, livreurs, éboueurs, préposées de caisse,…  Et si Dieu, à l’avenir, amplifiait ce mouvement ?

Être ce que nous sommes appelés à être… avec Dieu. N’est-ce pas dans le quotidien que nous nous incarnons le mieux ? N’est-ce pas là que Dieu se cache le mieux… pour se laisser trouver ? Vous connaissez sans doute cette histoire où un petit garçon juif organise un jeu de cache-cache avec son meilleur ami. Pendant que celui-ci pote comme on dit chez nous, il part se cacher et il attend. Il attend et rien ne se passe. Personne ne vient et il sort de sa cachette. Néant ! Alors il se met à pleurer et court auprès de son grand-père. Le serrant dans ses bras, celui-ci lui dit : « Tu vois, Dieu est comme toi. Il pleure. Il pleure parce qu’il se cache et personne ne le cherche » ! Dans le froid et la rudesse de ces jours, Dieu est là. Il se cache auprès de nous. Osons jouer avec lui. Osons être des chercheurs ! De même que les yeux et les sens de l’enfant qui joue à cache-cache s’aiguisent, de même notre être tout entier ne peut que s’aiguiser si nous jouons le jeu du Seigneur. Notre cœur, nos qualités, nos faiblesses même comptent. « Tout concourt au bien de ceux que Dieu aime », disait saint Paul. (Ou ceux qui aiment Dieu dans la réciprocité.)

À mes heures « perdues », j’ai relu Les Piliers de la Terre de Ken Follett en enchaînant avec Un Monde sans fin. Autour de la construction d’une cathédrale et de sa restauration dans l’Angleterre du Moyen-Age, ce sont surtout des humains comme nous qui vivent, souffrent, se battent au gré des circonstances qui, la plupart du temps, s’imposent à eux. Ainsi, dans le deuxième opus, au temps de la Grande Peste, Caris, qui a l’âme du soin, qui doit passer par une période de vocation forcée au couvent ; ainsi Merthin, l’aîné d’une famille noble, qui doit renoncer à ses rêves de chevalerie pour faire droit à ses talents d’architecte au travers d’oppositions et d’exil… Ses récits s’inscrivent toujours en histoires avec en filigrane la grande Histoire. N’est-ce pas comme nous ? Et où se situe l’histoire véritable ? N’est-ce pas là où un ou des anonymes s’incarnent au mieux du possible. « Va pour toi-même, dit Dieu à Abram, quitte ton pays, ta parenté et va vers le pays que je te montrerai » (Gn 12). Celui-ci, malgré son grand âge, mettra encore bien du temps de recherche à devenir Abraham !

Oui, c’est bien dans notre quotidien que se joue en vérité notre attachement au Seigneur, attachement qui se déploie dans la fragilité de notre humanité. Tomas Halik écrit que la césure, aujourd’hui, ne passe plus entre les croyants et incroyants mais entre les chercheurs et non chercheurs. Comme j’ai commencé à faire un détour par la littérature, vous comprendrez que je continue un instant puisque, là aussi, une certaine parole humaine renvoie à l’accueil du Verbe et à l’incarnation. Dans Mort à Venise, de Thomas Mann, un écrivain est troublé par la beauté d’un adolescent au point qu’il ne fuit pas lorsqu’une épidémie de choléra se déclenche dans la ville. L’homme consent à un destin tragique parce que sa quête du beau (fascination purement esthétique) excède la vérité de la maladie. Un choix qui donne à réfléchir. La semaine dernière, je citais Albert Camus dans La Peste. Les personnages de l’existentialiste ne se posent pas trop de questions : les événements les poussent à agir comme le docteur Rieux. Ici, chacun fait son « métier d’homme ». La lutte contre le mal, qu’il soit maladie, fascisme, injustice n’a pas besoin que l’on ajoute de l’absurde à l’absurde. Prendre les mesures qui conviennent et laisser de côté « les ombres inutiles » : que voilà une piste concrète…

Je termine mon détour par Un Hussard sur le toit de Giono que je recommence et recommande.

Dans un contexte pestilentiel, le bonheur, la force de la vie se déclinent au travers du parcours d’Angelo, le cavalier solitaire. Force et courage du fossoyeur « qui sait regarder froidement les morts », force et courage d’un jeune médecin qui parcourt les hameaux sans moyen, force et courage de la religieuse âgée qui, par des gestes simples et vrais, rend hommage à la vie et la dignité  humaine. Sur le hussard, la mort n’aura pas le dernier mot car il a ce « bonheur d’exister en mouvement », il a le don du bonheur qui résiste à tout parce que lui, comme d’autres, se hisse à la hauteur des circonstances bien que tragiques.

De la fiction, me direz-vous ? Ah oui, et qui a été hissé dans des circonstances tragiques ? Qui par « ses semelles de vent » s’est tenu farouchement du côté de la vie et du bonheur, dans notre camp de nomades terrestres ?

Le même qui cette semaine nous disait encore dans l’Écriture : «  Je ne vous appelle plus serviteurs mais amis… Vous êtes mes amis si vous faites ce que je vous commande… Mon commandement, le voici : aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés » (Jn 15.12-17).

Bizarre qu’un ami nous commande ? Et s’il passait commande, celui qui accomplit la loi du vivre ensemble (le Décalogue et les prophètes) dans l’amour (les Béatitudes) ? Ainsi, son « ordre » se ferait invitation. Invitation à le chercher, à jouer,… sans aller trop loin, là où nous sommes coincés en ce moment. « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime » grâce à Dieu, « Dieu qui se cache, Dieu d’Israël, Dieu Sauveur » selon la parole d’Isaïe.

Bon parcours avec le Seigneur dans votre histoire de cette semaine.

Jean-Marc,
votre curé

Un commentaire sur « Notre Curé nous parle – 17 mai 2020 »

  1. Jean-Marc
    J’ai particulièrement aimé le « Notre curé nous parle » de ce 17 mai, écrit en des termes de tous les jours et avec des références littéraires profanes.
    Merci beaucoup pour cet appel à être encore plus en recherche de Dieu et à être ses témoins dans notre quotidien.
    Jean-Lou

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