Notre Curé nous parle – 7 juin 2020

Une aurore sur la Fenêtre de Theux

En ce dimanche matin, une aurore s’est pointée comme à chaque jour nouveau sur la Fenêtre de Theux. Aurore vue ou pas, aurore avec sa lumière particulière, aurore unique de ce 7 juin où le temps ordinaire de la liturgie coïncide avec l’espérance d’un retour avec une certaine normalité du quotidien.

« Celui qui façonne les montagnes, qui crée le vent, qui révèle à l’homme quel est son dessein, produit l’aurore, qui marche sur les hauteurs de la terre, il se nomme le Seigneur, Dieu de l’univers » (Am 4.13). A la veille d’une reprise, allons-nous jeter dans les rets de nos routines après un bref émoi de liberté et de bouffée d’air frais ? Ou allons-nous demeurer dans une crainte latente ? Ces questions se posent alors que certains témoignent déjà qu’ils sont démobilisés à cause du syndrome de la cabane.

Et pourtant, rien ne peut enchaîner la parole de Dieu ; comme le dit St Paul : « Bien aimé, souviens-toi de Jésus Christ,… c’est pour lui que j’endure la souffrance jusqu’à être enchaîné comme un malfaiteur. Mais on n’enchaîne pas la parole de Dieu ! » (Tim 2.8-9). Notre société retrouve heureusement ses libertés un temps suspendues : nous allons en profiter comme les autres. Mais encore ? Nous connaissons le dessein de Dieu, le Créateur et Père, comment allons-nous rayonner de son aurore ? « Nous tous qui suivons la vérité, sommes-nous autre chose qu’une aurore ? écrit St Léon le grand en commentant le livre de Job (ch. 38) Car nous accomplissons déjà des actes qui relèvent de la lumière et pourtant sur certains points, bien des restes de ténèbres demeurent en nous ». Ce commentaire du Père de l’Église nous invite à l’humilité et à la modestie (nous ne sommes pas rendus) mais aussi à une formidable espérance (il y a un déjà là en nous).

Léon poursuit : il est donc très juste de montrer que l’aurore est encore comme en devenir, avec cette parole : As-tu fait connaître à l’aurore, sa place ? Faire connaître sa place à quelqu’un, c’est en effet l’inviter à passer d’un endroit à un autre… l’aurore s’efforçait de rejoindre sa place quand le psalmiste disait : Mon âme a soif du Dieu vivant ; quand pourrais-je m’avancer, paraître devant la face de Dieu ? » En ces temps où s’est jouée notre place en ce monde par le défi de la santé à conserver, l’éternelle question de la pertinence de notre foi nous est resservie. A quoi sert- elle ? Comment pouvons-nous attester à l’instar de Paul : « Pour moi, vivre, c’est le Christ et mourir m’est un avantage ».

Nous avons tous et nous essayons encore de « ne pas mourir bêtement », c’est normal. Mais que faisons-nous pour nous préparer à mourir dans la joie et l’espérance ? Le jour de Pentecôte, le journaliste Thomas Vanhamme fait ses adieux sur les ondes. Il témoignait sortir d’une année sabbatique où ses pas l’avaient mené en Inde, là où il avait été touché par la joie qui entoure les cérémonies funèbres. Il ajoutait qu’après une intense et belle tranche de vie (avec ses drames), il avait ressenti le besoin de se retrouver pour mieux s’aimer, car il disait « c’est en s’aimant que l’on peut donner dans la joie et aimer les autres ».

Comment ne pas sentir que Dieu révèle ici à l’homme, son dessein ? Le témoignage cité auquel adhérait sa coanimatrice a bien des relents d’Évangile sans référence explicite à la foi, me semble-t-il. Pour moi, c’est normal : ce qui est lumineux est à la lumière. Thomas Halik que je citais déjà la semaine dernière constate : la principale ligne de démarcation n’est plus entre ceux qui se considèrent comme croyants et ceux qui se disent non croyants. Il existe des « chercheurs » parmi les croyants (ceux pour qui la foi n’est pas un « héritage » mais un « chemin ») comme parmi les « non croyants » qui, tout en rejetant les principes religieux proposés par leur entourage, ont un désir ardent de quelque chose pour satisfaire leur soif de sens. Là est la Galilée d’aujourd’hui ».

Je l’évoquais avec la métaphore de l’aurore. Comme disciple du Christ, il s’agit moins de se faire une place au soleil et de s’y maintenir (D’ailleurs à quoi bon ? Le soleil de Dieu nous est déjà garanti) que de laisser le Seigneur nous donner une place, la nôtre, pour être guetteur d’aurore. La semaine passée, je parcourais avec vous, les chemins de lumière de Jeanne et Mattéo. Aujourd’hui, je voudrais pointer sur la carte de notre histoire sainte, celui d’Henri de Bourbon, Henri IV : il n’a rien d’un saint au sens traditionnel mais fut un grand roi. Il a sorti ses pays des affres de la guerre civile par ses choix éclairés, sa volonté, son sens des hommes… et sa foi (lire Henri IV de François Bayrou). On lui a fait dire « Paris vaut bien une messe » ce qui n’est pas véridique au sens où dans sa conversion officielle, c’était la couronne qui était en jeu. Il n’a sans doute jamais dit cela. L’a-t-il jamais pensé au sens cynique qu’on lui attribue ? Il est permis d’en douter. A titre personnel, Henri était un homme sincère, un homme blessé. Dès l’enfance, il a été tiraillé entre l’amour de ses parents et leur foi différente. Le père, un catholique de convenance, sa mère une calviniste de conviction. Adolescent et jeune homme, Henri a subi la pression de la Cour de France, il a été contraint après les événements de la St -Barthélemy ; ensuite il a retrouvé « la foi de sa mère » après son évasion et son retour auprès de ses partisans… De cela, il n’est pas devenu un révolté de la foi, un athée, mais un chrétien en recherche de cohérence personnelle, un chrétien qui eut l’intuition que la pacification de la France passait par la coexistence des deux cultes (Édit de Nantes). Pour sa conversion avant son couronnement, il a demandé lui-même à être instruit. Nous avons trace des écrits d’un des trois évêques qui l’ont catéchisé de sa maturité dans la foi. Il adhère aux fondements de la foi et de la tradition tout en exprimant des réserves sur des points de détails… Henri IV, pas un saint, mais un « chercheur » assurément…

Thomas Halik écrit : « La théologie de la libération nous a enseigné à chercher le Christ parmi ceux qui sont en marge de la société. Mais il est aussi nécessaire de le chercher chez les personnes marginalisées au sein de l’Église, parmi ceux « qui ne nous suivent pas ». Il poursuit : « Il nous faut abandonner bon nombre de nos anciennes notions sur le Christ. Le Ressuscité est radicalement transformé par l’expérience de la mort : comme nous le lisons dans les Évangiles, même ses proches et ses amis ne l’ont pas reconnu. Nous n’avons pas à prendre pour argent comptant les nouvelles qui nous entourent. Nous pouvons persister à vouloir toucher ses plaies. En outre, où serons-nous sûrs de les rencontrer, sinon dans les blessures du monde et les blessures de l’Église, dans les blessures du corps qu’il a pris sur lui ? ».

Et si en cette année déjà marquée dans son ordinaire par les ténèbres de la pandémie, de la crise économique, de la sécheresse, l’extraordinaire de Dieu préparait le jour nouveau par une aurore fraîche et colorée ? Le Cantique des Cantiques dit très bien « Qui est celle-ci, qui s’avance comme l’aurore à son lever ? C’est la Bien-Aimée, c’est l’Église, c’est nous qui sommes des porteurs d’aurore. Porteurs d’aurore si nous laissons Dieu nous assigner notre place. Porteurs d’aurore si nous acceptons de nous bouger. Porteurs d’aurore si nous faisons de nos blessures, une occasion de recherche. Porteurs d’aurore si nous laissons nos « morts » nous conduire à la joie de la rencontre.

C’est Jésus qui conclut et rien n’arrête sa parole : « Voici le premier commandement : Écoute, Israël : le Seigneur ton Dieu est l’unique Seigneur. Tu l’aimeras le Seigneur ton Dieu de tout cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit et de toute te force. Et voici le second : Tu aimeras ton prochain comme toi-même » (Mc 12.28-34).

Bonne semaine pour aimer Dieu en premier, bonne semaine pour vous aimer, bonne semaine pour rencontrer votre prochain « chercheur d’aurore ».

Jean-Marc,

votre curé.

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