Clés pour lire l’évangile de Marc : 35. Effata !

Clé pour lire l’évangile de Marc

Dans cette série hebdomadaire (parution le mercredi matin), nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Marc. Cette semaine : Mc 7, 31-37 du 23e dimanche du temps ordinaire.

35. Effata !

Ses oreilles s’ouvrirent ; sa langue se délia, et il parlait correctement.
(Mc 7,35)

Voilà une définition concrète de ce qu’est un disciple de Jésus : une oreille ouverte, à l’écoute et une langue déliée qui proclame la Bonne Nouvelle. Bref, un communiquant.

Les disciples ont besoin d’être guéris de ce double handicap, eux qui s’interrogent à propos de Jésus, ne comprennent pas ses actes et son enseignement. Il leur faut retrouver une oreille attentive à la parole du Christ et l’audace d’un parler franc et clair.

Et nous ? Les comprenons-nous mieux ? Agissons-nous en conséquence ? Nous avons, dans les temps qui sont les nôtres, à restaurer notre capacité d’écoute de la Parole de Dieu et à chercher des canaux nouveaux de communication, de transmission de l’Évangile.

Une citation composée

Les évangiles appuient leur interprétation de Jésus et de sa mission par des citations de l’Ancien Testament qui visent à manifester la continuité du projet de Dieu dont Jésus accomplit les promesses et donne les signes.

« Il a bien fait toutes choses : il fait entendre les sourds et parler les muets. » (7,37) Cette parole prononcée par la foule païenne, témoin de la guérison du sourd-bègue, renvoie à deux passages de l’Ancien Testament combinés en une seule phrase.

– « Il a bien fait toutes choses » évoque un passage de la Genèse : « Dieu vit toutes les choses qu’il avait faites ; et voici, elles étaient très bonnes. » (Gn 1,31 selon la version grecque des LXX) Jésus restaure l’homme dans l’intégrité voulue par Dieu dès l’origine.

– « Voici votre Dieu… Il vient lui-même vous sauver. Alors les yeux des aveugles verront. Et les oreilles des sourds s’ouvriront. Alors le boiteux bondira comme un cerf. Et la bouche du muet criera de joie. » (Is 35,4-6) Jésus accomplit les promesses de délivrance de toutes les infirmités, signes donnés pour reconnaître le Messie à son action.

Abbé Marcel Villers

Clés pour lire l’évangile de Marc : 34. Pur-impur

Clé pour lire l’évangile de Marc

Dans cette série hebdomadaire (parution le mercredi matin), nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Marc. Cette semaine : Mc 7, 1-23 du 22e dimanche du temps ordinaire.

34. Pur-impur

 Rien de ce qui est extérieur à l’homme ne peut le rendre impur, mais ce qui sort de l’homme, voilà ce qui rend l’homme impur. (Mc 7,15)

Jésus distingue deux types de souillure. La souillure externe concerne par exemple la nourriture : des mains ou des plats non lavés rendent impurs les aliments, par simple contact. La souillure éthique est d’ordre intérieur, relative aux intentions et a son siège dans le cœur de la personne. « C’est du dedans, du cœur de l’homme, que sortent les pensées perverses. Tout ce mal vient du dedans, et rend l’homme impur. » (7,21-23) Jésus substitue ainsi à la conception rituelle de la pureté celle de la pureté morale, favorisant l’intériorisation de la religion.

« C’est ainsi que Jésus déclarait purs tous les aliments » (7,19) Telle est la conclusion tirée de cette discussion. Marc clôt ainsi un débat interne à l’Église primitive portant sur l’obligation de suivre les prescriptions alimentaires juives. L’enjeu est la communauté de table entre chrétiens issus du judaïsme et ceux venant du monde païen. La sentence de Jésus est claire : aucune nourriture, qu’elle soit interdite, non casher ou contaminée, n’est susceptible de rendre l’homme impur. Ainsi s’efface une des frontières entre Juifs et païens.

L’ouverture missionnaire

Par la remise en question des interdits alimentaires prescrits par la loi juive, et « qui auraient limité la mission chrétienne vers les païens, Jésus ouvrait, selon Marc, une voie qui justifie la tradition missionnaire ultérieure. Jésus a d’ailleurs annoncé que « l’évangile doit être proclamé à toutes les nations » (13,10). C’est en fonction de cette intention missionnaire que le Jésus de Marc prône le dépassement des règles de pureté liées à une société particulière, voire particulariste, qu’elles devraient protéger.

Grâce aux principes posés : tous les aliments sont purs ; c’est du cœur que vient le mal, Marc brise les barrières du particularisme et ouvre fondamentalement la porte vers un élargissement de la mission en direction des païens. » (Camille FOCANT, L’évangile selon Marc, 2011, p.274-276)

Abbé Marcel Villers

 

Clés pour lire l’évangile de Marc : 33. Incompréhension

Clé pour lire l’évangile de Marc

Dans cette série hebdomadaire (parution le mercredi matin), nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Marc. Cette semaine : Mc 8, 14-21.

33. Incompréhension

Vous ne comprenez pas encore et vous ne saisissez pas ?
Avez-vous l’esprit bouché ? (Mc 8,17)

Inévitablement, entre Jésus et ses disciples, l’incompréhension s’installe. Crise dans leurs rapports qui renvoie le lecteur de l’évangile aux images trop faciles qu’il s’est faite des disciples et de Jésus. « L’incompréhension des disciples fait partie de la stratégie du narrateur Marc qui veut amener ses lecteurs à réfléchir sur le personnage de Jésus » (Geert VAN OYEN, Lire l’évangile de Marc comme un roman, Bruxelles, 2011, p. 137).

Car qui est cet homme ? Quelle est sa véritable identité ? Si les disciples ne parviennent pas à reconnaître en Jésus le Messie, cela pose question au lecteur. En effet, il sait, depuis le premier verset de l’évangile, que Jésus est le Messie, mais voilà qu’avec les disciples, il se rend compte que Jésus ne correspond pas à la conception traditionnelle du Messie. Cette distorsion l’oblige à se convertir à un autre genre de Messie. « Convertissez-vous et croyez à l’évangile » (1,15).

Figures du Messie

Le mot hébreu Mashiah, qui a donné en français « Messie », signifie : « celui qui a reçu l’onction ». C’était le cas des rois, sacrés lors de leur intronisation. Ils bénéficiaient ainsi d’une protection toute spéciale de Dieu pour défendre le peuple d’Israël contre ses adversaires et le conduire, comme un bon berger, dans la justice et la fidélité à la Loi de Dieu.

Lorsque la royauté s’éteignit en 583, les prophètes prédirent la venue du Messie au terme de l’histoire. Ainsi, à l’époque de Marc, l’attente est vive de la venue de cet envoyé de Dieu, restaurateur du royaume et de la puissance d’Israël. Les interprétations de ce Messie sont diverses : un roi et donc une vision politico-militaire de l’avenir ; un prêtre et une vision cultuelle ; un serviteur souffrant et ainsi une vision sacrificielle du salut.

Abbé Marcel Villers

Clés pour lire l’évangile de Marc : 32. A sa suite

Clé pour lire l’évangile de Marc

Dans cette série hebdomadaire (parution le mercredi matin), nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Marc. Cette semaine : Mc 1, 16-20.

 32. A sa suite

Venez à ma suite. Je vous ferai devenir pêcheurs d’hommes. (Mc 1,17)

Avec Jésus, les personnages les plus importants dans l’évangile de Marc sont les disciples. Tout au long du récit de Marc, Jésus est toujours accompagné de ses disciples qui forment corps avec lui. L’unique endroit où Jésus est laissé seul, c’est Gethsémani. Seul, Jésus vivra sa passion, les disciples s’étant enfuis. Du moins les hommes, car lorsque Jésus meurt, « il y avait, qui observaient de loin, des femmes qui suivaient Jésus et le servaient quand il était en Galilée. » (15,40-41) Il n’y avait donc pas que des hommes à suivre Jésus, et ses disciples n’étaient pas seulement douze.

Être disciple, c’est accompagner Jésus, marcher à sa suite car il est le chemin, recevoir son enseignement car il est le maître. Bref, être disciple, c’est être avec Jésus, vivre et agir comme lui. Alors, nous deviendrons « pêcheurs d’hommes ». Cette image a souvent pris la forme d’une sorte de prosélytisme, synonyme de gagner des âmes. Elle signifie au contraire que notre style de vie attirera et conduira d’autres hommes à Jésus, tout comme nous avons été « pris » par lui, ainsi que le pêcheur « prend » des poissons.

La pêche

« La pêche est peu pratiquée en Israël. Au temps de Jésus, un commerce florissant se développe autour du lac de Galilée. On y salait du poisson et le mettait en conserve. La vie des pêcheurs est décrite dans les évangiles : ils pêchaient la nuit, à plusieurs bateaux et au filet. Ce n’était pas sans danger en raison des vents qui pouvaient souffler en tempête.

Les pêcheurs utilisaient les hameçons en os ou en fer, mais surtout la pêche se faisait au filet. Il en existait deux sortes : celui qu’on jetait à la main depuis la rive et celui qu’on suspendait entre deux barques, lesté de poids au-dessous et garni de liège au-dessus pour qu’il avance verticalement dans l’eau, entraînant les poissons vers les barques ou les eaux peu profondes. On triait le poisson sur le rivage avant de l’envoyer au marché. » (Le monde de la Bible, 1982, p.238).

Abbé Marcel Villers