L’essentiel du message de Jésus : aimer. Les enjeux de nos luttes

Homélie de l’abbé Jean-Marc Ista,
curé de l’Unité pastorale de Theux,
pour l’anniversaire de l’Armistice,
Theux, le 11 novembre 2017

En même temps que l’anniversaire de l’Armistice de 1918, nous fêtons aujourd’hui saint Martin. Tout le monde se souvient de la légende de Martin partageant son manteau avec un pauvre. À cette époque, Martin était soldat et se préparait au baptême mais il avait déjà retenu l’essentiel du message de Jésus : aimer.

L’évangile vient de nous redire la même chose : donner la moitié de son manteau à un pauvre, c’est la donner à Jésus lui‑même. Il est bon de nous souvenir que c’est là l’essentiel du christianisme. Pour le souligner, l’Église nous a fait entendre un vieux texte du prophète Michée : Le Seigneur t’a fait savoir ce qu’il réclame de toi : rien d’autre que pratiquer la justice, aimer la miséricorde, et marcher humblement avec ton Dieu.

C’est une manière de nous rappeler les enjeux de nos guerres : en ‘14, comme en ‘40, nous avons lutté pour nous défendre, pour défendre la justice, pour bâtir la paix. Les luttes sont toujours cruelles mais, au milieu même des déchirements fratricides, il y a toujours des hommes, croyants ou non, qui savent donner des signes de fraternité. Bien des prisonniers de la dernière guerre mondiale en ont fait l’expérience. Le Général de Gaulle, après avoir fait la guerre de ‘14 et celle de ‘39, a su retrouver, avec le Chancelier Adenauer des chemins de réconciliation qui portent leurs fruits aujourd’hui.

L’Armistice marque un retour à la paix mais nous savons que ce retour n’est jamais total. La lutte pour la justice se poursuit toujours, même en temps de paix. Dans le monde disloqué par le chômage, la délinquance, la violence sous toutes ses formes, nous ne sommes pas démobilisés. Nous avons encore à lutter pour faire triompher la justice. Nous avons encore à opérer bien des réconciliations, à tenter de construire un monde de paix.

Cette année marque le centenaire de la révolution d’Octobre en Russie et, avec elle, l’avènement des expériences totalitaires qui ont marqué le 20ème siècle. Le totalitarisme n’est pas une simple dictature liée à un ou quelques-uns : c’est un système qui broie la liberté en cadrant toutes les besoins humains jusqu’au plus intime. Le communisme et le national socialisme ont mis sur pied des sociétés athées. Une démocratie peut-elle devenir un totalitarisme ? Oui selon Anna Arendt, Cédric Lagrandé et d’autres philosophes.

Le projet européen nous garantit la paix en Europe depuis des décennies, mais il ne devrait pas aboutir à des impasses à cause du tout à l’économie ou encore la résurgence des nationalismes !

Ceux qui dorment ce matin en paix devraient peut-être davantage s’en souvenir que nous qui nous sommes levés pour célébrer la paix et réfléchir à sa pérennité.

Dans un instant, nous allons rendre grâce à Dieu en qui nous voyons, comme croyant, la source de la paix véritable.

Dans un moment, nous irons avec d’autres faire mémoire au monument sur la place et surtout transmettre le flambeau de la paix que nous avons reçue. Paix que certains ont payée de leur vie et de leurs efforts, les représentants des associations patriotiques nous le rappellent ici même.

Le programme « pour la paix » appartient à tous les hommes, de quelque croyance qu’ils se réclament. Mais les chrétiens se sentent plus engagés encore dans cette lutte pour la paix à cause de l’exemple de Jésus qui a donné sa vie, comme beaucoup d’autres après lui, pour que règnent la paix, la justice et l’amour. Les chrétiens se sentent encouragés à poursuivre cette lutte par le souvenir de ceux qui, comme saint Martin, leur ont donné l’exemple.

Puissions‑nous, à notre tour, nous engager dans ce combat quotidien pour transmettre aux générations futures cette paix qui nous a été léguée par Jésus et ceux qui ont marché à sa suite.

Abbé Jean-Marc Ista,
Curé de l’UP de Theux

Allons-nous laisser la Bonne Nouvelle sans voix, la garder bien cachée parmi nous ?

Homélie de l’abbé Marcel Villers
pour le 33ème dimanche ordinaire (Année A)
(Mt 25, 14-30) – Theux, 19 novembre 2017

Extraordinaire le rendement obtenu par les premiers serviteurs.
Pour cinq talents déposés, cinq talents de bénéfices ! Du cent pour cent.

Voilà une rentabilité qui a de quoi faire rêver, surtout de nos jours.

Est-ce que Jésus veut nous donner une leçon de capitalisme, nous donner en modèle des gagnants, nous encourager à la réussite, et tant pis pour les perdants ? Jésus est-il un professeur de morale ?

Avec cette parabole, Jésus nous interroge plutôt sur ce que nous avons fait et faisons de l’Évangile qui nous est confié. Souvenons-nous du début de cette histoire.

Un homme, au moment de partir en voyage, appela ses serviteurs et leur confia ses biens… selon les capacités de chacun.

Un homme s’en va et laisse ses biens. Pendant son absence, il confie sa fortune à ses serviteurs. C’est quoi cette fortune, ces biens que l’homme confie au moment de partir ?

Ce ne peut être que l’Évangile, la Bonne Nouvelle.

Car quelle fortune avait Jésus, sinon ce trésor caché depuis des siècles et qu’il est venu nous révéler et nous offrir ? C’est bien à nous que le Seigneur a confié tous ses biens avant de nous quitter. L’Évangile nous a été livré afin que nous en prenions la responsabilité.

Car il nous faudra en répondre : Longtemps après, nous dit la parabole, le maître de ces serviteurs revient et il leur demande des comptes.

Qu’avons-nous fait de l’Évangile, de la Bonne Nouvelle ?

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C’est le monde à l’envers ! – Homélie pour la Toussaint 2017

Homélie de l’abbé Marcel Villers
pour la fête de la Toussaint A

Theux, le 1er novembre 2017 (Mt 5,1-12)

C’est le monde à l’envers que nous présentent ces béatitudes.

Un monde inversé où le bonheur n’est pas promis aux riches, aux battants, ni aux puissants.

Un monde à contre-courant où le bonheur est annoncé aux pauvres, aux doux, aux affligés, aux cœurs purs et miséricordieux, aux artisans de paix et aux victimes de la haine et de la violence.

Mais qui se trouve ainsi désigné ?

Qui est pauvre, doux, victime ?

D’abord, Jésus lui-même dont les béatitudes dressent en quelque sorte le portrait.

Il est le miséricordieux, le pacifique, le pur.

C’est lui le Fils bien-aimé qui, par son exemple, nous livre le secret du bonheur.

Et de la sainteté.

Et de Dieu.

La sainteté, c’est ce qui fait la différence de Dieu.

Différence avec ces divinités fabriquées par l’homme, à qui il attribue la perfection dont il rêve pour lui-même. Ce rêve fait le plus souvent de richesse, puissance, plaisir est à l’envers des béatitudes comme Dieu est à contre-image des idoles que l’homme produit et où il se mire tel Narcisse en son miroir.

Ces idoles, ces rêves de l’homme ne sont en fait que sa propre image.

C’est la différence qui éclate dans les béatitudes.

Elles parlent de Dieu et de sa sainteté, c’est-à-dire de sa différence. Car le vrai Dieu est autre que tout ce que l’homme imagine. C’est pourquoi les béatitudes sont à contre-courant.

Personne n’a pu inventer une telle description du bonheur !

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Dieu ne renonce pas à la fête !

Homélie de l’abbé Marcel Villers
pour le 28ème dimanche du Temps ordinaire,
année A (Mt 22,1-14)
La Reid – 15 octobre 2017

Le problème posé est clair : que faire pour remplir une salle vide ?

La solution est simple : ramasser les gens sur les places publiques.

Le problème posé au roi est plutôt de comprendre pourquoi la salle des noces est vide. En effet, comme la tradition le voulait, il envoie, au dernier moment, ses serviteurs appeler les invités à la noce. Il y a longtemps que ceux-ci ont été avertis du jour et de l’heure. On vient maintenant les chercher. Et voilà qu’ils refusent d’y aller.

Incompréhensible.

Le roi marie son fils et invite à une noce grandiose : J’ai préparé mon banquet, mes bœufs et mes bêtes grasses sont égorgés. Tout est prêt : venez.

Mais ils ignorent l’invitation. Ils s’en vont ailleurs l’un à son champ, l’autre à son commerce. Pire. En voilà qui empoignent les serviteurs, les maltraitent, les tuent.

N’est-ce pas exagéré ?

Comment est-il possible d’aller jusqu’à tuer ceux qui viennent vous inviter à des noces exceptionnelles ? Comment peut-on refuser une telle invitation, ignorer une si heureuse nouvelle ? Et puis, pourquoi cette haine envers ceux qui ne font que transmettre l’invitation ?

Mais de quoi parle donc Jésus ?

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