Il n’est pas trop tard pour changer de vie et donner du fruit !

VigneronFiguier

Homélie de l’abbé Marcel Villers pour le 3ème dimanche de carême (Lc 13,1-9, Année C). Desnié et Theux 2016

Si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous. 

Ce rappel de Jésus résonne au mieux pendant le carême qui est justement le temps de la conversion. Au premier jour, en recevant les Cendres, il nous a été dit : Convertissez-vous. Car tu es poussière et tu retourneras en poussière.

Voilà qui pousse à nous interroger : quel est le sens de ma vie ? Qu’est-ce que j’en fais ?

Il n’est jamais trop tard pour répondre comme l’enseigne la parabole du vigneron.

Un propriétaire veut faire arracher un figuier qui ne donne rien. Le vigneron s’interpose. Bêchons la terre encore une fois. Peut-être donnera-t-il enfin du fruit. Notre vie est peut-être comme ce figuier sans utilité et sans fruit.

Mais il n’est pas trop tard pour changer de vie et donner enfin du fruit.

Se convertir, c’est voir ma vie, les autres, avec les yeux, le regard de Jésus.

Sur le logo dYeuxLogoMiséricordee l’année jubilaire, observez les visages des deux personnages, leurs yeux. Il y en a combien ?

Deux, trois ou quatre ? Il n’y a que trois yeux. L’œil droit du Christ se confond avec l’œil gauche de l’homme.

Autrement dit, chacun des deux voit avec l’œil de l’autre. Ainsi l’homme, chacun de nous, peut voir avec le regard du Christ.

Avec les yeux de Jésus, nous voyons les autres avec cette miséricordieuse bonté qui caractérise Jésus : miséricordieux comme le Père.

C’est alors nous qui devenons le secours, le porteur de nos frères blessés. Comme et avec le Christ, c’est à nous qu’il revient de porter nos frères sur nos épaules.

Concrètement, en cette année du Jubilé de la Miséricorde, le Pape nous propose la pratique des œuvres de miséricorde. Vous devez, en tous cas les plus anciens, en avoir appris la liste au catéchisme.

Il y en a de deux sortes, 7 de chaque.

Les œuvres de miséricorde corporelles : donner à manger aux affamés, donner à boire à ceux qui ont soif, vêtir ceux qui sont nus, accueillir les étrangers, assister les malades, visiter les prisonniers, ensevelir les morts.

Et les œuvres de miséricorde spirituelles : conseiller ceux qui sont dans le doute, enseigner les ignorants, avertir les pécheurs, consoler les affligés, pardonner les offenses, supporter patiemment les personnes ennuyeuses, prier Dieu pour les vivants et pour les morts.

Intéressons-nous aujourd’hui aux œuvres de miséricorde corporelles, qui sont, comme le dit le petit catéchisme, les actions charitables par lesquelles nous venons en aide à notre prochain dans ses nécessités corporelles. Concrètement : donner à manger à qui a faim et boire à qui a soif ; accueillir l’étranger et vêtir celui qui est nu ; visiter le malade et le prisonnier. En chacun, le Christ est présent. En eux, la chair de Jésus, écrit le Pape, devient de nouveau visible en tant que corps torturé, blessé, affamé, égaré… pour être reconnu par nous, touché et assisté avec soin.

En matière d’œuvres corporelles, chaque année, le carême de partage nous fournit des occasions. Cette année, il s’agit de soutenir les petits paysans de Madagascar pour qu’ils puissent vivre dignement du travail de la terre, éviter notamment les inondations qui détruisent les cultures. Dans la région centrale de la Grande Île, il nous est demandé de financer la construction de micro-barrages. Ils permettront l’irrigation contrôlée des champs, la culture du riz et l’élevage de poissons dans les rizières. Non seulement les poissons augmentent les récoltes grâce à la fertilisation naturelle, mais permettent de diversifier et enrichir la nourriture des familles.

J’avais faim et tu m’as donné à manger. Nos frères et sœurs malgaches sont loin, mais nous pouvons les aider en donnant à la collecte de carême de dimanche prochain ou par un virement.

Sachez que 6 poissons géniteurs pour démarrer une pisciculture coûtent 45€, soit 1€ par jour de carême, plus 5 à Pâques.

Souvenons-nous du figuier sans fruit de l’évangile de ce jour. C’est de notre vie dont on parle. Maître, laisse-le encore cette année, je vais bêcher autour et mettre du fumier. Peut-être donnera-t-il alors du fruit.

N’est-ce pas tout le sens du carême ? Il n’est jamais trop tard.

Un proverbe malgache nous encourage : Le passé appartient aux ancêtres, l’avenir appartient à Dieu, seul le présent t’appartient.

Rien n’est donc joué. Alors, qu’attendons-nous ?

Abbé Marcel Villers

Jeûner : pourquoi ? Pour quoi ?

Jeûne

Un ami prêtre nous a transmis l’homélie qui suit,
qu’il a prononcée un vendredi après les Cendres,
à propos de l’évangile du jour

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 9, 14-15)

En ce temps-là, les disciples de Jean le Baptiste s’approchèrent de Jésus en disant : Pourquoi, alors que nous et les pharisiens, nous jeûnons, tes disciples ne jeûnent-ils pas ? Jésus leur répondit : Les invités de la noce pourraient-ils donc être en deuil pendant le temps où l’Époux est avec eux ? Mais des jours viendront où l’Époux leur sera enlevé ; alors ils jeûneront.

Voici le texte de l’homélie :

Frères et sœurs, Jésus ne conteste pas le jeûne des pharisiens, mais il laisse entrevoir pour ses disciples un autre jeûne. Les disciples de Jean-Baptiste ne sont attachés qu’au fait de jeûner ou pas, sans faire référence au pourquoi de leur jeûne. Jésus, lui, aborde directement la question du sens et associe la raison du jeûne à un deuil, alors que dans l’ancienne Alliance, le sens du jeûne était surtout de faire pénitence : par exemple, le roi David qui s’était rendu compte de son péché avait décidé de jeûner. Dans la nouvelle Alliance, le jeûne aussi a pris un sens nouveau.

Cet évangile nous invite à prendre conscience que le jeûne que nous pratiquons aujourd’hui, n’est pas d’abord un jeûne volontaire, un jeûne que nous choisissons nous-mêmes et qui nous plaît. C’est un jeûne qui nous est commandé par le fait que nous, amis de l’époux, nous sommes séparés de l’époux. Nos pratiques sont dictées par un impératif intérieur de revenir en présence de l’époux dont nous avons été séparés par notre péché. Le jeûne est donc finalement le fruit du désir sincère de conversion, de purification intérieure, une mise en marche vers la maison du Père. Bref, le temps du jeûne est le temps de séparation de l’être aimé. Nous savons tous comment des gens qui s’aiment peuvent perdre l’appétit quand ils se brouillent ou sont brutalement séparés. Jeûner, comme chrétiens, c’est donc reconnaître que nous ne sommes pas encore totalement reliés au Christ que nous aimons. Le jeûne peut être un moyen de creuser notre désir de renouer une relation avec le Christ.

C’est pourquoi il existe un lien si intime entre le jeûne et la prière. Jeûner facilite la prière, car il nous aide à parcourir un itinéraire intérieur à la recherche de Jésus, dont nous goûtons la présence retrouvée dans la prière. Mais dans l’autre sens, prier est aussi indispensable au jeûne. Sans la prière qui nous montre le but de notre quête, le jeûne devient un simple exercice d’hygiène ou d’ascèse, alors qu’il doit rester une façon de nous ouvrir à Dieu et de nous préparer à l’accueillir. Tout est dans le sens que l’on donne au jeûne. En nous privant de nourriture, nous sommes naturellement amenés à réaliser que nous sommes des êtres faibles et dépendants qui tiennent leur existence de quelqu’un d’autre. Le jeûne est destiné à nous faire expérimenter jusque dans notre chair que notre vie et notre subsistance viennent de Dieu.

Seigneur, que cette eucharistie que nous célébrons favorise notre écoute du cœur, pour que nous soyons disponibles à ta volonté. Que nous sachions accueillir le jeûne qui s’impose à nous dans la douceur de l’Esprit, pour nous mettre résolument et joyeusement en marche à ta rencontre, toi l’époux de nos âmes dont nous voulons ne jamais être séparés.

Nous vous souhaitons un jeûne heureux et fécond !

Les trois piliers du carême : jeûner, prier, partager

Désert

Homélie de l’abbé Marcel Villers
pour le 1er dimanche de carême, année C (Lc 4,1-13)
à Theux, le 14 février 2016

Cette expérience du désert que vit Jésus est une école d’amour. Tel doit être aussi pour nous ce temps de Carême. Nous avons été créés par amour et pour aimer en retour. Où en sommes-nous sur ce chemin de l’amour dans notre vie ?

Le moteur le plus naturel de notre vie est l’amour de soi qui débouche sur l’amour des autres et l’amour de Dieu. A la base donc, l’amour de soi. Encore faut-il l’ajuster car toujours il tend à gonfler et devenir pure recherche de soi. Trois brèches alimentent cette déviation de l’amour. Elles sont symbolisées par ces trois tentations qui ont éprouvé Jésus au désert.

La première brèche est celle de la convoitise.

En chacun de nous existe un désir sain et naturel de vivre, d’être, de produire, d’engendrer. L’homme recherche ce qui est bien et bon. Mais le pas est vite franchi de rechercher ce qui est bien pour soi, d’accaparer pour soi, de posséder pour soi.

Ordonne à cette pierre de devenir du pain… pour toi.

Cela se traduit par la course à la consommation, à la possession, une recherche effrénée de toujours plus, une quête éperdue de la croissance, comme disent les économistes. Et pourtant reste l’insatisfaction de cette faim qui nous tenaille et qu’aucun bien matériel ne peut combler.

Ce n’est pas seulement de pain que l’homme doit vivre.

Ne cherchons pas à l’extérieur ce qui nous est donné à l’intérieur, dans le secret de notre cœur. C’est de Dieu que nous vient cette autre nourriture qui comble la faim.

La deuxième brèche est celle de l’orgueil.

Elle se greffe sur le besoin normal de créer, d’organiser notre temps et les choses. La déviation consiste à vouloir tout dominer pour soi, par le pouvoir, la richesse ou le savoir.

Je te donnerai tout ce pouvoir, et la gloire de ces royaumes, dit le diable à Jésus.

Tous, nous cherchons à être maîtres de notre vie, de notre temps. On veut garder l’initiative des événements, des choses, des gens, de soi, tout contrôler pour soi. Et contrôler devient vite dominer, écraser ceux qui gênent.

Nous nous croyons maîtres de notre vie, pensant que tout dépend de nous, y compris les autres. L’orgueil, c’est l’amour de soi qui devient une idolâtrie du moi. L’homme se fait Dieu.

Tu n’adoreras que Dieu seul.

Non pas ma gloire mais ta gloire, Seigneur. Savoir reconnaître que tout vient de Lui et que sans Lui, nous ne pouvons rien faire.

La troisième brèche est celle de la vanité.

Nous avons besoin, et c’est normal, d’être reconnu et aimé. Sans l’amour des autres, nous sommes incapables de devenir nous-mêmes. Ce sont les autres qui nous construisent.

Mais cette relation peut vite devenir à sens unique par le seul désir d’être admiré, exalté, bien vu de notre entourage. Les réseaux sociaux en sont aujourd’hui l’instrument et l’on sait où cela peut mener.

Si tu es le Fils de Dieu, jette-toi en bas, fais un coup d’éclat devant tout le monde et tu assureras ta réputation !

Jésus, lui, nous montre le chemin de l’humilité qui réoriente notre désir d’être reconnu. Pourquoi forcer Dieu à donner des preuves ?

Lui seul nous dit en vérité : Tu es mon fils bien aimé en qui j’ai mis tout mon amour.

Ce temps de Carême est un temps de conversion, de retournement vers l’intérieur de soi pour laisser résonner cette voix intérieure du Père. Redécouvrir ainsi que nous sommes aimés, infiniment, sans condition. Trois chemins de conversion nous sont indiqués par Jésus.

Ce n’est pas seulement de pain que l’homme doit vivre.

En pratiquant le jeûne, nous creusons en nous un autre désir, masqué le plus souvent par notre appétit des choses matérielles : le désir d’une nourriture substantielle, d’un pain pour l’âme. Le carême nous enjoint à lire et murmurer la Parole de Dieu.

C’est Dieu seul que tu adoreras.

Nous avons tous nos idoles, ces faux dieux que nous adorons et pour lesquels nous sommes prêts à tout : le pouvoir, la richesse, le plaisir, etc. Le carême nous invite à la prière, à adorer Dieu seul et renoncer à nos idoles.

Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu.

Dieu n’est pas un instrument entre nos mains. Nous nous en servons si facilement pour attendre de lui ce qu’il nous appartient de faire. Le carême nous propose d’agir pour le bien de nos frères, au moins de partager.

Ainsi nous sont rappelés les trois piliers du carême : jeûner, prier, partager.

Bon carême !

Abbé Marcel Villers
Inspiré par une homélie des Fraternités de Jérusalem 2007

P.S. Merci à Jean-François Kieffer pour son dessin !

L’homme qui se fait Dieu OU Dieu qui se fait homme ?

2016-01-03 - Epiphanie Theux (57)

Première messe en Unité pastorale de 2016

Voici ce qu’écrit une paroissienne au sujet de cette célébration :

J’ai beaucoup aimé la messe de dimanche. Je me souviens que celle de l’an dernier m’avait déjà impressionnée. Si tous les premiers dimanches du mois, nous pouvions avoir une messe aussi belle : chorale plus importante, l’orgue et le synthé, beaucoup de paroissiens dans l’église ! Une seule personne pour diriger la chorale donne une impression d’unité, de collaboration !

Nous remercions l’abbé Villers de nous avoir transmis le texte de son homélie revigorante !

Homélie de l’abbé Marcel Villers pour la fête de l’Épiphanie,
le dimanche 3 janvier 2016 à Theux

Ils peuvent, les Mages, rentrer chez eux car ils l’ont trouvé ce Roi qu’ils cherchaient avec ardeur.

Mais c’est par un autre chemin qu’ils regagnent leur pays.

Leur quête a abouti, mais ailleurs et autrement. Ils cherchaient le roi des Juifs, ce roi que Dieu a doté de ses pouvoirs et qui peut faire fleurir la justice et le droit d’une mer à l’autre, ce Messie attendu par tous.

Et ils sont partis.

Avec les Mages, ce sont tous les chercheurs de vérité et de sagesse, tous les savants et philosophes, toutes les nations qui affluent vers Jérusalem, comme l’avait vu Isaïe, avec leurs richesses et leurs trésors pour rendre hommage au Roi-Messie.

Mais où est-il ce roi des Juifs ? Où est ce Roi tant espéré et devant qui l’on puisse se prosterner ?

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