21e dimanche ordinaire Lc 13, 22-30 La porte étroite de la liberté

 


Seigneur, n’y aura-t-il que peu de gens à être sauvés ?
Autrement dit, qui entrera dans le Royaume, qui sera sauvé ? Cette interrogation curieuse ou angoissée en cache une autre : serai-je du nombre et comment en être sûr ?
Voilà un souci de moins en moins partagé aujourd’hui. Qui cherche à savoir s’il sera au nombre des élus ?Qui se pose encore la question du salut alors que nous avons atteint un niveau de vie qui nous met à l’abri de bien des soucis ? De quoi devrions-nous être sauvés ?

Et pourtant !
Nombreuses sont les sectes où, comme les Témoins de Jéhova, on va deux à deux proclamer que la fin du monde est proche et qu’il faut se convertir pour être sauvés. Il y a surtout aujourd’hui les mouvements écologistes qui eux aussi annoncent la fin de la planète et demandent la conversion de nos comportements pour sauver la terre. Nouvelle résurgence de la peur de la fin du monde, que nous trouvons déjà chez les prophètes, comme chez les premiers chrétiens. Pour eux, nous sommes dans les derniers temps avant la venue du Royaume. Qui pourra y entrer, échapper à la catastrophe, au jugement ?Bref, qui sera sauvé ?

La réponse de Jésus est surprenante : Efforcez-vous d’entrer par la porte étroite.
Pour lui, le salut ressemble à un fabuleux festin préparé dans une grande salle de fête. Il y a place pour tout le monde. On viendra de l’Orient et de l’Occident, du nord et du midi, prendre place au festin dans le Royaume de Dieu.
Ouverte à tous, la porte de cette salle est cependant étroite, très étroite. Et on se bouscule pour entrer et participer à la fête. Seul celui qui est décidé à se battre parviendra à passer la porte. Ne parviendra à entrer que celui qui est décidé à lutter. Le salut est œuvre de l’homme, comme de la grâce de Dieu. Le festin nous est offert par Dieu. Mais y entrer est notre combat. Il n’y a pas de places réservées. La porte est ouverte à tous, mais pour accéder au festin, il faut y mettre le prix. Il faut passer la porte étroite.

C’est quoi cette porte étroite qui mène l’homme au salut ? La porte étroite, c’est celle de la liberté.
Jésus est cet homme libre qui a rendu libres les êtres humains en leur révélant un Dieu d’amour. Il nous a libérés de la peur, peur d’un Dieu juge implacable. Il nous a libérés de toutes ces images d’un Dieu tout-puissant demandant notre soumission, d’un Dieu culpabilisant écrasant l’homme sous le poids du péché. Dieu est bonté, miséricorde, cherchant le bonheur de l’homme. Le salut, c’est la libération, la naissance d’un être libre, libre d’aimer et d’être soi.

Cela suppose un travail sur soi, une conversion de nos images de Dieu et de nous-mêmes, une conversion de nos pratiques. Comme quoi, être libre est le fruit d’un véritable combat. Jésus nous en a montré le coût : il a dû passer par la porte étroite de l’humilité, de l’abaissement, du don de soi, bref par la croix.
Efforcez-vous d’entrer par la porte étroite.
Il est temps. Bientôt la porte sera fermée. « Qu’attendez-vous ? », nous lance Jésus. Ce n’est pas plus tard qu’il faut décider. C’est ici et maintenant que nous devons choisir, opter en faveur de Jésus et de son chemin de liberté et de vie. Mais, direz-vous, « c’est fait puisque nous sommes ici. » Ne croyons surtout pas qu’appartenir à l’Église fait de nous des élus et nous dispense du combat spirituel. Inutile, comme les exclus, d’argumenter : Nous avons mangé et bu avec toi. Comme nous le faisons à chaque eucharistie.

Cela ne suffit pas : Efforcez-vous d’entrer par la porte étroite.

Abbé Marcel Villers

Clés pour lire l’évangile de Luc 42. La porte étroite ou fermée

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile. Cette semaine, Lc 13, 22-30 du 21e dimanche ordinaire.

42. La porte étroite ou fermée

N’y a-t-il que peu de gens qui soient sauvés ? (Lc 13, 23)

Jésus ne répond pas à la question du nombre des sauvés. Pour lui, ce qui importe n’est pas demain, ou de savoir ceci ou cela sur l’au-delà, ce qui importe, c’est ici et maintenant se décider devant l’appel de Dieu. « Efforcez-vous d’entrer par la porte étroite » (13, 24). Il n’y a plus d’élus ou de sauvés, il n’y a que des appelés.

Mais le temps presse. C’est ici et maintenant que se joue demain. La porte fermée, il sera trop tard. « Vous vous mettrez à frapper à la porte… il vous répondra : Je ne sais pas d’où vous êtes » (13, 25). Il n’y a pas de place réservée. L’appel du Seigneur est adressé à tous les peuples de la terre. Et il y sera entendu. « On viendra de l’Orient et de l’Occident, du nord et du midi, prendre place au festin dans le Royaume de Dieu » (13, 29).

Il y a des derniers qui seront premiers, et des premiers qui seront derniers.

En conclusion de la parabole de la porte fermée (Lc 12, 24-30), on trouve cette sentence généralisante sur les premiers et les derniers. Elle appartient à la catégorie des proverbes utilisés dans la culture juive de l’époque et qui visent à enseigner une certaine sagesse de vie : « beaucoup d’appelés, peu d’élus » ; « qui s’élève sera abaissé, qui s’abaisse sera élevé » ; « quiconque demande reçoit » ; « à qui on donne beaucoup, beaucoup sera demandé » ; etc.

Ces sentences ne découlent pas de la parabole. Elles y sont accolées à une époque où on n’en comprenait plus le sens originel, car on avait perdu le contexte primitif, celui dans lequel Jésus l’avait prononcée. On transforma alors les paraboles en leçons de morale générale.

Abbé Marcel Villers