2 ans de pontificat pour le pape François : une interview du cardinal Barbarin

Un entretien de Radio Vatican à lire et/ou à écouter !

Ce vendredi (13 mars 2015), le Pape François célèbre les deux ans de son élection au trône de Pierre. Premier Pape venu d’Amérique, premier jésuite, il suscite un engouement populaire à travers toute la planète. Point fort de son pontificat : sa parole. Le Pape François, outre les audiences et les discours qu’il donne comme tous ses prédécesseurs, a apporté un changement notable et apprécié par les catholiques : il rend publique son homélie du matin quand il célèbre la messe dans la chapelle de la Maison Sainte-Marthe où il réside, au sein du Vatican.

Cette prise de parole n’est jamais écrite. Chaque jour, le Pape commente ainsi, comme tous les prêtres du monde, l’Évangile du jour dans un style direct et simple, compréhensible de tous. Dans d’autres circonstances, plus solennelles, ou bien encadrées, comme l’audience générale le mercredi matin ou la prière de l’angélus le dimanche midi, le Saint-Père n’hésite pas à sortir de son texte écrit et à improviser. Parfois, il lui arrive même de ne pas lire du tout le discours prévu et de parler à ses interlocuteurs dans un style direct.

Au micro de Xavier Sartre, le cardinal Philippe Barbarin, archevêque de Lyon, revient sur cette parole du pape François et nous explique la raison pour laquelle, selon lui, elle porte autant auprès des fidèles.

Pour écouter l’interviewhttp://www.news.va/fr/news/deux-ans-de-pontificat-du-pape-le-cardinal-barbari

Pour la lire (il s’agit de la transcription de l’interview, pas d’un texte écrit par le cardinal !)… c’est ici :

Ce qui est très étonnant, si vous voulez, c’est que ça me fait penser à un passage de la seconde épître aux Thessaloniciens qui est citée dans le Concile Vatican II, précisément dans la constitution sur la parole Dei Verbum où au dernier paragraphe, ils disent : il faut que la parole poursuive sa course pour glorifier Dieu. Et je trouve que chez lui, ça se sent. La caractéristique de cette parole, c’est que c’est elle qui a crée le monde. Dieu nous l’a donnée comme une parole pour guider notre vie à travers ce qu’on appelle les commandements qui sont vraiment des paroles de vie. Puis, il l’a poursuivie avec les prophètes : ça a marché, ça n’a pas marché, etc. Alors, il s’est complètement engagé dans cette parole et cette parole est venue dans notre chair et elle a poursuivi sa course à travers les exemples de Jésus, les paraboles de Jésus.

Tout le monde comprenait les paraboles qu’il prenait. Il prenait les moyens détournés. De temps en temps, on voyait qu’il avait envie de parler de manière beaucoup plus claire et dire : Je ne peux pas parce que leurs yeux sont aveuglés, leurs oreilles sont bouchées. Et Saint Paul dit : « il faut que la parole poursuive sa course » et dans le Pape François, on le voit. C’est-à-dire qu’il est vraiment cette parole pour aujourd’hui. Donc, elle touche tout le monde. Vous dites qu’elle a un grand succès, vous avez raison. Mais ce n’est pas tellement ça qui m’intéresse. Ce qui m’intéresse, c’est que cette parole, c’est sa prière, sa chair et son sang. C’est une parole qui rentrait à l’intérieur de lui, dans son intelligence, dans son cœur, dans son expérience de prêtre, de jésuite, d’argentin et aujourd’hui de Pape. Alors, il vous la donne comme elle est vivante en lui. C’est pour ça qu’elle est si concrète, parce qu’elle passe par les exemples concrets et les mots de tous les jours, de l’expérience qu’il a de l’Église, etc.

Donc, on sent à quel point elle est vivante, à quel point elle est sa chair et son sang. Il y a un passage d’Isaïe qui dit : « chaque matin, la parole éveille mon oreille ». Donc, on a l’impression qu’elle arrive dans l’oreille, que je suis à moitié endormi et puis qu’elle fait son chemin. Elle va aller dans mon cœur, dans mon intelligence et l’après-midi, elle va sortir sur mes lèvres comme une parole de réconfort pour tous ceux qui en ont besoin. Le matin, quand on assiste à la messe de 7 heures, comme cela m’est arrivé lundi avec tout un groupe, on a l’impression qu’il nous donne cette parole comme elle est arrivée le matin même dans sa prière.

Dieu fait avec les choses simples. Il agit d’une manière simple. Il nous parle d’une manière très simple. Les choses qu’il nous donne sont les plus simples possibles et accessibles. Donc, enlever tout ce qu’il peut y avoir de démonstratif, de mondain, de ceci et de cela et entrer sur ces voies de la simplicité. Ça ne nous étonne pas. Ça correspond tout à fait à la grâce du Pape François. Il est vraiment comme cela. Ça touche tout le monde. Quand je vous parle du prophète Isaïe, huit siècles avant Jésus ou du Pape François au 21°siècle, en fait, je vous parle de Jésus. Donc, on nous dit à propos de Jésus : le matin, bien avant le jour, il allait dans un endroit désert et là, il priait. C’est-à-dire qu’il écoutait cette parole. Et quand Pierre et les autres le trouvent en disant : « Et alors, tout le monde te cherche. Il faut y aller », Jésus se laisse faire. Et il dit « Oui, allons-y ! Allons dans les bourgades voisines. Allons-y, prêcher l’Evangile. C’est pour ça que je suis sorti ». 

J’insiste sur le verbe « sortir » parce qu’il est caractéristique du Pape François. Il l’utilise tout le temps, comme vous le savez. Et quand on voit cela au début de l’Évangile de Saint Marc, quand saint Marc nous présente Jésus, on voit bien le verbe « sortir » qui est très intéressant quand il a Jésus comme sujet. Donc, Jésus, quand il sort, qu’est-ce qu’il fait ? Il sort à la face de Dieu. Je n’en sais rien, mais on dit que le Pape se lève à 4 heures et demi du matin et il fait d’abord une heure d’oraison. Donc, il est sorti avant d’aller sur la place Saint-Pierre, le mercredi, avant d’avoir reçu des quantités de gens. Il est sorti à la face de Dieu. Et puis, tout ce qu’il a ingurgité, emmagasiné, écouté, reçu à travers son oreille que la parole a éveillé se trouve dans son cœur et dès la messe de sept heures, il le donne. Dans l’audience, il le donne. Et à tout le monde et tout au long de la journée, il va le donner. C’est ainsi que cette parole touche beaucoup.

J’ajouterai une autre note, c’est qu’il est jésuite. Donc, il a été formé à l’école ignacienne. Il a évidemment des études de théologie très sérieuses, etc. Mais ce n’est pas cela qui est caractéristique. Il n’est pas d’abord un intellectuel ou un professeur. Il est d’abord une parole. Et le propre de cet exercice spirituel de Saint Ignace, c’est qu’il vous force, d’une certaine manière, il vous met sur un chemin sur lequel cette parole doit produire son effet en vous. Et au fond, nous, c’est la première fois que nous avons un Pape jésuite. Et nous ne sommes pas étonnés qu’il nous fasse faire cet exercice spirituel avec la prière de chaque matin.

Vous avez brièvement évoqué le parcours du Pape François, ce Pape qui vient d’Argentine, qui a été prêtre, qui est jésuite, etc. Est-ce que justement son expérience pastorale en Argentine nourrit aussi selon vous sa parole et est-ce que ça peut expliquer aussi la manière dont il s’exprime ?

Oui, je vois aussi fortement la dimension de combat parce qu’il a connu les régimes terribles qu’il y a eu en Argentine et les tensions très fortes qui ont existé dans l’Église et dans la Compagnie de Jésus quand lui-même en était le provincial. Et puis, ensuite, il a aimé ce peuple auquel il a été donné à Buenos Aires pour être un pasteur pauvre au milieu des pauvres, vivre en plein milieu des gens et aller dans tous ces quartiers et y venir et y revenir le plus souvent possible. Donc, ça marque bien sûr sa manière d’être. J’ajouterai à ce que vous dites, par exemple, c’est une insistance majeure pour les pauvres, une Église pauvre pour les pauvres. Je suis sûr que ça touche tout le monde. Maintenant, quand j’entends des évêques partager entre eux, quand j’entends des prêtres partager entre eux, tout le monde revient là-dessus.

Donc, c’est un cadeau qu’il nous a fait. «  Et toi, qu’est-ce que tu fais pour les pauvres ? ». C’était certainement présent avant mais on l’entendait moins tandis que maintenant, on voit que c’est devenu un accent premier. Cependant, à cela, j’ajouterai une chose aussi, c’est qu’on voit la dimension du combat spirituel, c’est-à-dire la présence du démon. Dès le premier sermon qu’il a fait, le 14 mars au matin, il y a deux ans, dans la chapelle Sixtine, quand on a célébré la messe avec lui, le combat spirituel était nommé clairement comme le démon qui est un menteur et qui veut donc notre mort, nous faire tomber et comment la force du Christ nous garde entre ses mains pour nous permettre d’avancer. Et c’est un thème sur lequel il revient souvent. D’abord, c’est présent tout d’abord dans l’Écriture et dans les exercices spirituels de Saint Ignace. Mais je crois que ça correspond aussi à son expérience, des heures rudes et violentes qu’il a traversées quand il était provincial des jésuites en Argentine.

Il a rencontré les séminaristes romains il y a quelques semaines de cela. Il leur a parlé de l’homélie. En gros, comment écrire et dire une bonne homélie. Selon vous, quelles sont les clefs qui peuvent peut-être aider les prêtres, les évêques, tous les jours, dans leur homélie ?

Chez lui, cette parole est très vivante, très concrète et elle vient vraiment, si vous voulez, à la fois de son expérience pastorale, de sa prière et de la façon dont il regarde aujourd’hui l’Église. Souvent, il donne trois verbes, trois mots qui sont, en fait, des pistes d’action et de conversion. Je trouve que nous sommes assez touchés. Chacun a son style. Et il dit : « Moi, faire une lettre particulière aux prêtres, puis une lettre aux séminaristes, aux familles, aux femmes, aux jeunes, aux diacres ». D’autres papes l’ont fait et très bien, il ne s’interdira pas de le faire mais il dit : « je ne suis pas très doué pour cela ». « Ce que j’aime faire, ce que je sais faire, c’est, en fait être une parole ». D’ailleurs, ce n’est pas tellement donner une homélie, c’est en fait être une parole.

Le Pape a une parole assez libre, on le voit notamment dans les conférences de presse qu’il donne dans les avions quand il revient d’un voyage apostolique à l’étranger. Est-ce qu’il n’y a pas le risque que cette parole, peut-être qui apparaît aux yeux de certains comme libre ne provoque des malentendus ?

Oui, c’est arrivé. Quand il a parlé de la paternité responsable, qui est un sujet très sérieux dont le pape Paul VI avait tout à fait parlé et dont il est tout à fait convaincu, il a lâché ce mot malheureux « des lapins » qui a quand même blessé beaucoup de monde. Alors, il y en a qui l’ont pris un peu sur le mode de l’humour car d’ailleurs, c’était de l’humour. Et puis lui-même s’est excusé et il a rectifié. Sa pensée était claire. Il est comme ça. Et donc, dans les mots qu’il utilise, il y a des choses qui sont peut-être un peu étonnantes comme pour sortir de la bouche d’un pape. Il y a même des adjectifs qui sont drôles, par exemple : dans l’exhortation apostolique, je ne sais pas si c’est une affaire de traduction mais il dit « j’aimerais une présence plus incisive des femmes dans l’Église ».

Ce n’est d’abord peut-être pas ce qu’il souhaite parce qu’une femme, ce n’est pas une incisive. Elle n’est pas là pour mordre. On voit quand même ce que cela veut dire : plus efficace, plus responsable, plus pleine, plus en collaboration concrète avec ce qui se cherche et ce qui se construit à l’intérieur de l’Église. Sur ce sujet, on est tout à fait d’accord. Il s’est d’ailleurs beaucoup expliqué. Donc, l’équivoque qui pourrait naître du choix d’un adjectif, du choix d’un mot ou du choix d’une comparaison parce que la parole sort de manière tellement spontanée comme un fleuve qui coule qu’il peut y avoir là dedans un impair mais la pensée, elle était claire, bonne et forte.

Pour écouter cette interview, suivez ce lien : http://www.news.va/fr/news/deux-ans-de-pontificat-du-pape-le-cardinal-barbari

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