Clés pour lire l’évangile de Luc

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile. Cette semaine, nous poursuivons la lecture continue de Luc : Lc 7, 11-17.

27. Dieu a visité son peuple

Je te l’ordonne, lève-toi. Alors le mort se redressa. (Lc 7, 15)

C’est un convoi funèbre que rencontrent Jésus entouré de ses disciples. Le cortège du Seigneur, le cortège du Vivant, rencontre celui de la mort. Cette veuve qui porte en terre son fils unique représente le cortège immense de toutes les misères de l’humanité.

« Voyant cette femme, le Seigneur fut saisi de compassion pour elle et lui dit : Ne pleure pas. » (7, 13) Devant cette détresse, immédiatement, Jésus est saisi de pitié. Il est ému jusqu’aux entrailles et pris d’une immense compassion pour la douleur de la veuve.Toute la vie de Jésus se résume dans cet amour et sa parole efficace : « Jeune homme, je te l’ordonne, lève-toi. » (7,14) Aussitôt, « le mort se redressa et se mit à parler. » (7,15)

Alors tous rendent gloire à Dieu parce que « Dieu a visité son peuple » (7, 16). Voilà comment les contemporains de Jésus comprenaient ses gestes et ses paroles, comme une visite du Seigneur lui-même.

Le vocabulaire de la résurrection 

« Les verbes que nous traduisons solennellement par « ressusciter » renvoient en grec à des actions ordinaires : se lever, se réveiller, se mettre debout. L’ange Gabriel en use avec Joseph : Lève-toi, prends l’enfant et sa mère (Mt 2, 13). Jésus, avec le paralytique : Lève-toi, prends ton brancard et marche (Mc 2, 9). Tenir sur ses deux jambes, quoi de plus banal ? Seul un ex-paralytique peut nous rappeler que c’est un privilège. Et un privilège redoublé par le fait d’y ajouter ses bras et d’être passé de grabataire à brancardier. Car le lit qui naguère le transportait, l’ancien paralytique le transporte à présent. » (Fabrice HADJADJ, Résurrection, mode d’emploi, 2016).

Abbé Marcel Villers

Clés pour lire l’évangile de Luc

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile. Cette semaine, nous reprenons la lecture continue de Luc : Lc 7, 1-10.

26. Jésus en admiration

Dis une parole, et que mon serviteur soit guéri ! (Lc 7,7) 

Jésus ne peut qu’admirer la foi de ce centurion, un païen méprisé par les Juifs. Il croit en Jésus sur parole. Pas besoin que ce dernier se déplace pour guérir, qu’il dise seulement un mot et le serviteur sera guéri. Sa parole est efficace comme celle de l’officier qui commande à ses hommes et ils obéissent. « J’ai des soldats sous mes ordres ; à l’un, je dis : « Va », et il va. » (7,8) De même, « Dis une parole, et que mon serviteur soit guéri ! » (7,7) Alors, Jésus s’exclame : « Même en Israël, je n’ai pas trouvé une telle foi ! » (7,9)

Comme nous, les destinataires de l’évangile de Luc n’ont pas connu Jésus selon la chair. Reste sa parole, une parole qui peut guérir. Aujourd’hui, le Seigneur nous visite par sa parole. C’est ce que Luc veut enseigner à ses lecteurs qui sont, comme le centurion, des païens d’origine attirés par le judaïsme et qui ont trouvé leur bien dans la foi chrétienne. C’est avec eux qu’avant de communier, nous prions : « Seigneur, je ne suis pas digne de te recevoir ; mais dis seulement une parole et je serai guéri. »

Juifs et païens

Le centurion est peut-être romain ou issu de Syrie et engagé dans l’armée romaine. De toute façon, il n’est pas Juif ; il est donc païen car on ne peut être que l’un ou l’autre. Mais une troisième catégorie se dessine alors chez les Juifs hellénisés, celle des « craignant-Dieu ». Ce sont des païens attirés par la religion juive, mais qui ne passent pas de fait au judaïsme. Le centurion est dans ce cas. Au dire des notables juifs, ce soldat « aime notre nation, c’est lui qui nous a construit la synagogue. » (7,5)

Le centurion connaît les usages et les interdits que la Loi juive impose. Ainsi il sait qu’un Juif ne peut entrer en contact et encore moins dans la maison d’un païen au risque de se rendre impur. C’est pourquoi il ne vient pas lui-même trouver Jésus, il envoie des notables intercéder en sa faveur. Ensuite, il ne lui demande pas d’entrer dans sa maison, mais de guérir à distance, sans devoir se souiller.

Abbé Marcel Villers

Clés pour lire l’évangile de Luc : 25. Quand j’étais encore avec vous

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile. Cette semaine, nous poursuivons les récits de Pâques : Lc 24, 44-49.

25. Quand j’étais encore avec vous

Il faut que s’accomplisse tout ce qui a été écrit à mon sujet (Lc 24, 44)

Jésus est là au milieu d’eux, mais ils n’osent ou n’arrivent pas à croire que c’est lui. Ils sont dans la joie, mais la foi est d’un autre ordre que le sensible. Il y faut encore un pas supplémentaire. Celui de la relecture des Écritures.

« Alors, il ouvrit leur intelligence à la compréhension des Écritures. » (24, 45) Pour croire, les apôtres doivent faire le lien entre celui qu’ils ont entendu sur les places et dans les synagogues de Palestine, et ce Jésus qui se manifeste mystérieusement au milieu d’eux.

Ce qui va faire passer les compagnons de Jésus de l’inquiétude, de l’étonnement à la foi, c’est bien l’intelligence des Écritures. Il leur a fallu relire la vie, les actes et les paroles de ce Jésus tant aimé à la lumière des Écritures pour aboutir à la conclusion que Celui qui s’est manifesté à eux comme présent et vivant est bien le même que celui qu’ils ont connu.

Les Écritures

« Il faut que s’accomplisse tout ce qui a été écrit à mon sujet dans la loi de Moïse, les Prophètes et les Psaumes. » (Lc 24, 44) « Encore aujourd’hui, les Juifs divisent les livres de la Bible (Ancien Testament) en trois parties : la Loi, les Prophètes et les autres écrits. Luc ajoute une précision : « les Psaumes », qui font partie de ces autres écrits et dont la prédication chrétienne s’est abondamment servie pour illustrer le mystère du Christ : il y a plus de cent citations des psaumes dans le Nouveau Testament [par exemple pour exprimer le sens de la mort de Jésus : « Père, entre tes mains je remets mon esprit » (Lc 23,46) qui utilise le verset 6 du psaume 30]. » (ACEBAC, Les Évangiles, 1983)

Ainsi « la lecture chrétienne de l’Écriture est tout entière commandée par le souci de montrer cette conformité de la personne et de l’action de Jésus à la tradition biblique… Sa conviction est que la clé de lecture est donnée dans la résurrection de Jésus. » (Michel REMAUD, Évangile et tradition rabbinique, 2003)

Abbé Marcel Villers

Clés pour lire l’évangile de Luc : 24. C’est bien moi !

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile. Cette semaine, nous poursuivons les récits de Pâques : Lc 24, 36-43.

24. C’est bien moi !

Il leur montra ses mains et ses pieds.
Dans leur joie, ils n’osaient encore y croire
(Lc 24, 41)

Soudain, « lui-même fut présent au milieu d’eux » (24,36), bien vivant. Mais est-ce un rêve ou la réalité ? Illusion ou vérité ? « Frappés de stupeur et de crainte, ils croyaient voir un esprit » (24,37), un fantôme. Ils sont bouleversés, mais n’arrivent pas à croire que ce Jésus qu’ils ont vu mourir en croix est vivant. Ils sont prêts à admettre la présence d’un fantôme, un esprit, mais pas celle de Jésus de Nazareth, leur Maître, le Crucifié.

« Voyez mes mains et mes pieds, c’est bien moi » (24,39). Ce n’est pas n’importe quel mort que Dieu a ressuscité, c’est celui que les autorités religieuses ont rejeté comme blasphémateur, que les Romains ont cloué en croix comme rebelle. Voilà le sens premier de la résurrection : un parti pris de Dieu en faveur de Jésus. La résurrection signifie que Dieu reconnaît comme vérité l’enseignement et le chemin de Jésus.

La paix soit avec vous !

« Cette salutation habituelle des Juifs est assimilable à un bonjour, shalom en hébreu. Elle peut toutefois prendre dans le présent contexte un sens fort. Le Christ est entré dans le monde de la paix de Dieu ; il peut la communiquer aux siens. Jésus donnait la paix en triomphant de la maladie (8,48) ou du péché (7,50). Les anges annonçaient la naissance de Jésus comme la venue de la paix (2,14). De fait, Jésus offrit en vain la paix à Jérusalem (19, 38.42) ; ses disciples l’offriront en prêchant la venue du Royaume de Dieu (10,5-6). Le Ressuscité qui vient de vaincre son dernier ennemi, la mort, peut offrir la paix parfaite, la paix messianique (Is 9,5-6 ; 52,7 ; 57,19 ; Mi 5,4 ; Ep 2,14-17). (ACEBAC, Les Évangiles, 1983). C’est toute cette richesse de significations qu’on retrouve dans la salutation liturgique propre aux évêques : La paix soit avec vous ! »

Abbé Marcel Villers