Histoire des missions : 10. Propaganda fide 1622

10. La création de la Propaganda fide (1622)

Fin du XVe s., Rome avait concédé la responsabilité des missions aux rois d’Espagne et du Portugal devenus les maîtres d’immenses territoires en Amérique et en Asie. Ces souverains avaient confié l’œuvre aux ordres religieux. En 1568, Pie V érige la congrégation « pour la conversion des infidèles » qui devient en 1622 la congrégation de la Propaganda fide, créée par Grégoire XV « pour conduire tous les hommes à la connaissance et à l’adoration du vrai Dieu ». Le changement de nom de la congrégation manifeste une nouvelle orientation de l’activité missionnaire de l’Église : propager la foi plutôt que convertir les autres dont on sait la violence dans la mise en œuvre, notamment en Amérique.

Trois objectifs sont visés par Rome : reprendre la responsabilité des missions des mains des pouvoirs portugais et espagnol de telle sorte que les missionnaires ne reçoivent leurs pouvoirs que de Rome ; création d’un clergé indigène soumis au Siège romain, donc ni aux ordres religieux, ni aux intérêts politiques de leur souverain, en vue de la création de véritables Églises locales, organisées autour de leurs évêques et fortement reliées à Rome selon l’idéal défini par la Réforme catholique ; respecter les coutumes locales : « Quoi de plus absurde que de transporter chez les Chinois la France, l’Espagne, l’Italie ou quelque autre pays d’Europe ? N’introduisez pas chez eux nos pays, mais la foi, cette foi qui ne repousse ni ne blesse les rites ni les usages d’aucun peuple… » (Instruction aux missionnaires)

Rome envoie, en 1668, des vicaires apostoliques pour coordonner et contrôler l’activité des missionnaires. Désormais le pape est le premier responsable de l’envoi en mission et tous les territoires de mission tombent sous l’autorité de la congrégation. Ce qui va conduire à une espèce de territorialisation de la mission en distinguant les pays catholiques et les pays de mission.

Abbé Marcel Villers

Sur tout ceci, voir Alain FOREST, Espoirs et déboires du christianisme en Asie (XVIIe-XVIIIe s.) in Histoire générale du christianisme, Paris, 2010.

Histoire des missions : 9. Les missions intérieures

9. Les missions intérieures (XVII°-XVIII° s.)

L’évangélisation des peuples nouveaux découverts par les Occidentaux a, en retour, éveillé l’attention sur la déchristianisation des campagnes et des populations d’Europe. La nécessité d’une nouvelle évangélisation s’avérait d’autant plus que les chrétiens étaient profondément bouleversés par les divisions engendrées par l’élan réformateur des protestants et la vigoureuse réaction de l’Église catholique à la suite du Concile de Trente (1545-1563). La mission concernait aussi nos pays de vieille chrétienté.

C’est alors que l’on inventa les missions paroissiales. Il s’agissait pour des prêtres formés à cet élan missionnaire de visiter systématiquement toutes les paroisses d’une région, en prêchant, y organisant des célébrations, mettant en place le catéchisme, et veillant à confesser hommes et femmes. Une mission s’étendait sur des semaines ou des mois, constituant un temps fort de rénovation et de nouvelle évangélisation. Ces méthodes missionnaires furent reprises au XIXe s. et persistèrent jusqu’au milieu du XXe s.


Des sociétés ou compagnies de prêtres furent alors créées pour mettre en œuvre cette évangélisation des villes et campagnes. Pour la France, la plus emblématique est fondée, en 1625, par saint Vincent de Paul, la bien dénommée « congrégation de la mission ». Les Oratoriens, les Eudistes, les Capucins, puis au XVIIIe s., les Rédemptoristes furent fondés dans ce même but missionnaire.

Abbé Marcel Villers

HISTOIRE DES MISSIONS 8. La cité chrétienne

8. La mission :
créer la cité chrétienne idéale (XVII°-XVIII° s.)

Les réductions, organisées surtout par les Jésuites, mais aussi par les Franciscains, sont d’abord l’expression de la volonté de protéger les indigènes contre les colons, mais aussi une tentative de créer une civilisation chrétienne indigène. C’est un objectif que défendait toute une tradition pour laquelle une rupture avec le monde, considéré comme hostile, était nécessaire pour pouvoir vivre pleinement l’Évangile. L’ambition était de créer un autre monde, une contre-culture, une société à côté de l’autre. Cette perspective anima le mouvement missionnaire. Imaginant arriver sur une terre vierge de toute influence de l’Occident, les missionnaires avaient le projet de construire une société chrétienne, un monde nouveau où l’Évangile serait la référence unique. On est dans le registre de l’utopie.

La réalisation la plus emblématique fut la république des Guaranis organisée par les Jésuites au Paraguay. Ils obtinrent du roi d’Espagne le droit de regrouper les Indiens et de les isoler complètement de la société coloniale dans une sorte de « réduit ». Les Jésuites fondèrent ainsi un État guarani où ils avaient l’occasion de créer de toute pièce la société chrétienne idéale. « Ce fut un système politique théocratique qui survécut grâce à une économie agraire communautaire et à une politique sociale totalitaire, paternaliste. Cette forme de colonisation jésuite était également un processus de civilisation, passage d’une société « naturelle » à la société politique. » (G. Imbruglia)

La première réduction fut mise sur pied en 1609. Il y en eu 40 regroupant 150000 indigènes. L’effondrement suivit l’interdiction de la Compagnie de Jésus par les puissances coloniales catholiques entre 1759 et 1767.

                                  Extrait du film « Mission » (1986)                   

Abbé Marcel Villers

Sur tout ceci, voir Ludovico MURATORI, Relation des missions du Paraguay, 1983.

HISTOIRE DES MISSIONS. 7. Adaptation aux cultures (XVIIe s.)

7. La mission, rencontre des cultures (XVIIe s.)

La deuxième stratégie des missionnaires fut celle de l’adaptation. La rencontre et les échanges entre groupes sociaux et cultures différentes entraînent inévitablement métissage et changements culturels : on s’adapte à l’autre. Cela vaut dans les deux sens : le missionnaire, issu du monde latin et européen, va adapter son discours et son action au contexte social comme à la langue des populations. L’accommodation à la religion et à la culture de ces peuples va conduire à certaines formes de cohabitation ou de « baptême » des rites, fêtes et croyances locales au risque du syncrétisme. On adopte dans la liturgie certains gestes et rites significatifs de la culture locale. Et surtout, on apprend et utilise les langues indigènes. On traduit la Bible et le catéchisme. Parmi les premiers missionnaires du Mexique, Pierre de Gand, (Idegem 1480-Mexico 1572), frère franciscain flamand, étudie la langue des Aztèques et compose un catéchisme illustré sous forme de dessins coloriés.

Les Jésuites furent les plus audacieux dans la mise en œuvre de cette stratégie de l’adaptation. N. Standaert a mis en évidence quatre lignes de force de l’action missionnaire menée par les Jésuites au XVIIe siècle : « la politique d’accommodation ou d’adaptation, l’évangélisation à partir d’en haut, la propagation des sciences et techniques occidentales, l’ouverture et la tolérance à l’égard des autres cultures. » (Le Face-à-face des Dieux, Piconrue, 2007, p. 111)

François Xavier inaugura cette nouvelle forme d’action missionnaire par son approche sympathique et admirative de la culture du Japon où il passa trois ans (1549-1551). Roberto de Nobili (1577-1656), jésuite italien, vécut en Inde en adoptant l’habit et les coutumes des moines hindous. Matteo Ricci (1552-1610), jésuite italien, est le représentant le plus connu de cette méthode de l’adaptation qu’il pratiqua en Chine. Adoptant l’habit des lettrés, maîtrisant la langue et la littérature classique chinoises, il présente le christianisme dans les catégories mentales chinoises. Il est présent à la cour de l’empereur où il se distingue par sa science et sa maîtrise des techniques de l’horlogerie, de la cartographie et de l’astronomie. Le plus remarquable, c’est son argumentation rationnelle et non dogmatique, pour persuader les Chinois de la vérité du christianisme. Il approcha ainsi la forme ultime de la rencontre des cultures : le dialogue.

Abbé Marcel Villers