Ni pain, ni sac, ni argent, mais un compagnon…

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C’est la première fois que les apôtres quittent Jésus, leur maître, qui les a appelés et avec lequel ils vivent intimement depuis des mois.

De même, le chrétien est un disciple, qui a entendu l’appel du Christ, y a répondu et est entré dans le cercle des intimes de Jésus. Être disciple, c’est apprendre à connaître le Christ et sa parole, le prendre comme maître spirituel et guide de vie. Être disciple, c’est entrer petit à petit dans une communion intime avec Jésus, ce qui demande un long temps de formation, de compagnonnage avec lui et avec des frères disciples. C’est vivre en communauté de frères réunis autour et par Jésus. Jusqu’au moment où les disciples sont prêts à être envoyés, à devenir missionnaires. Alors, il leur faut sortir, prendre la route.

Une question se pose à eux : que faut-il emporter pour la route ?

Voici la réponse de Jésus : Il leur prescrivit de ne rien prendre pour la route, mais seulement un bâton ; pas de pain, pas de sac, pas de pièces de monnaie. Mettez des sandales, ne prenez pas de tunique de rechange.

Dans ces conditions, les valises étaient vite faites : un bâton, des sandales, le confort sommaire de celui qui marche, léger, disponible, dépouillé de tout ce qui alourdit et encombre.

Il est dit aussi que Jésus les envoie deux par deux.

C’est qu’on ne peut porter seul la nouveauté de l’Évangile. Les deux compagnons seront l’un pour l’autre soutien, réconfort, stimulant.

Et lorsque l’un des deux dira le message dont ils sont chargés, on regardera l’autre car on ne rend témoignage qu’ensemble.

Ni pain, ni sac, ni argent, mais un compagnon.

Ces hommes sans bagages, appuyés l’un sur l’autre, Jésus compte sur d’autres hommes pour les accueillir et les nourrir. Ces marcheurs n’ont d’autre sécurité, d’autre avenir que l’hospitalité qu’on voudra bien leur offrir.

Voilà qui en dit long sur le sens de la mission de l’Église : non pas amener les hommes à venir chez elle, mais sortir, aller vers eux et habiter la maison de l’autre.

Voilà comment, pour la première fois, ils sont partis. Et voilà des siècles qu’ils marchent. Aujourd’hui, c’est à notre tour de mettre nos pas dans les leurs, de sortir, de prendre la route. Car nous sommes des disciples-missionnaires, l’un ne va pas sans l’autre. L’Église est la communauté des disciples-missionnaires qui vit de la joie de l’Évangile, joie qu’elle ne peut que désirer partager, répandre.

Alors, marcher, partir, se mettre en route, avec comme seul bagage la Bonne nouvelle, c’est ce mouvement qui fait l’Église.

Être chrétien, c’est partir vers les hommes, c’est marcher à la suite de Jésus sur les routes du monde, c’est être ce que nous sommes, des disciples-missionnaires.

Pour cela, il faut, comme les apôtres, être léger, dépouillé de tout superflu, libre, avec l’essentiel pour seul bagage et des frères comme compagnons. L’Église est ce peuple de marcheurs, toujours en chemin et qui jamais ne peut s’estimer arrivée.

Sans cesse, cependant, la tentation naît de s’arrêter, de s’installer, de confondre la maison de l’étape avec la demeure définitive, puis de se charger de précautions, d’assurances, de bagages.

L’Église a souvent succombé à cette tentation. Elle a oublié la légèreté et le dépouillement pour s’installer, construire, se mettre en sécurité derrière les murs de ses institutions.

Et voilà qu’aujourd’hui nos églises se dépeuplent, nos institutions tournent à vide, notre habit institutionnel est trop large, nos ressources insuffisantes.

Ni pain, ni sac, ni pièces de monnaie, disait Jésus. Il est venu le temps du dépouillement, de la simplicité, de la légèreté. Nous sommes bien obligés de constater que l’habit est trop large. De cette obligation, faisons une occasion de retour à l’essentiel : vivre en compagnons de Jésus et les uns des autres.

Pauvreté, fraternité, confiance : voilà le tiercé pour dire notre être chrétien aujourd’hui, dans ce monde qui ne cesse de nous reprocher notre puissance et notre prétention d’hier.

Pauvreté des ressources et moyens, fraternité joyeuse et profonde, confiance dans l’accueil et l’hospitalité de nos contemporains, ainsi se dessine la figure de l’Église d’aujourd’hui comme une communauté de disciples-missionnaires.

Jésus leur prescrivit de ne rien prendre pour la route, seulement un bâton de marche.

Alors, sortons de nos murs, prenons la route et nous trouverons l’hospitalité dans la maison des hommes de ce temps.

Abbé Marcel Villers

P.S. 1 Merci à Jean-François Kieffer pour son beau dessin !

P.S. 2 Cette homélie étant dans la droite ligne de la réflexion de notre UP sur sa propre mission, le lien vers cet article se retrouvera aussi sur la page Notre UP en mission.

Sommes-nous des chrétiens qui éloignons les autres de Dieu ?

Le pape François commente l’histoire de Bartimée

Le Pape lors de la messe du 28 mai 2015 à Sainte-Marthe

Article repris du site de Radio Vatican

Il existe des chrétiens qui éloignent les gens de Jésus parce qu’ils ne pensent qu’à leur rapport avec Dieu, parce qu’ils sont affairistes, ou encore mondains, ou rigoristes, mais il existe également des chrétiens qui écoutent vraiment le cri de ceux qui ont besoin du Seigneur. Lors de la messe quotidienne célébrée dans la chapelle de la Maison Sainte-Marthe, le Pape a commenté le chapitre dix de l’évangile selon saint Marc, quand les disciples rabrouent l’aveugle Bartimée qui interpelle Jésus afin d’être guéri. François distingue trois groupes de chrétiens.

Il y a d’abord ceux qui ne s’occupent que de leur rapport avec Jésus, un rapport fermé et égoïste, et ils n’entendent pas le cri des autres, de tous ceux qui ont besoin de Jésus, et de l’Église. C’est un groupe d’indifférents qui n’entendent pas, et croient que la vie se résume à leur petit groupe ; ils sont contents et sont sourds à la clameur de tant de personnes qui ont besoin du salut, de l’aide de Jésus et de l’Église. Ces personnes sont égoïstes. Elles vivent pour elles-mêmes et  sont incapables d’entendre la voix de Jésus.

Ne pas utiliser les gens, ni leur charger les épaules

Ensuite, il y a ceux qui entendent ce cri qui demande de l’aide, mais qui veulent le faire taire. Comme lorsque les disciples éloignent les enfants pour qu’ils n’importunent pas le Maître. Le Maître est à eux, il est là pour eux et non pour tous. Ces gens-là éloignent de Jésus ceux qui crient, qui ont besoin de la foi et de salut. Parmi ces gens, souligne le Pape, il y a les affairistes qui sont proches de Jésus, qui sont dans le temple et qui ont l’air religieux, mais Jésus les chasse parce qu’ils traitent leurs affaires dans la maison de Dieu. Il s’agit des gens qui ne veulent pas entendre la demande d’aide et préfèrent faire leurs affaires et ils utilisent le peuple de Dieu et l’Église pour faire leur propre business. Ces hommes sont des affairistes qui éloignent les gens de Jésus.

Dans ce groupe, il y a des chrétiens qui ne témoignent pas. Ce sont des chrétiens de nom, des chrétiens de salon, de réceptions. Leur vie intérieure n’est pas chrétienne, mais mondaine. Un homme qui se dit chrétien et qui vit comme un mondain éloigne ceux qui demandent de l’aide à Jésus. Ensuite, il y a les rigoristes : ceux que Jésus gronde, parce qu’ils chargent de tant de poids les épaules des gens. Jésus leur dédie tout le chapitre 23 de l’évangile selon Matthieu : Hypocrites, vous tirez profit des gens. Au lieu de les aider, vous les éloignez.

Enfin, il existe un troisième groupe de chrétiens qui aident à s’approcher de Jésus. Des hommes qui font preuve de cohérence entre ce à quoi ils croient et ce qu’ils vivent. Ils aident ainsi ces gens qui crient, demandant salut, grâce et santé spirituelle pour leurs âmes, à s’approcher de Jésus.

Le Pape nous invite chacun à faire notre propre examen de conscience pour évaluer si nous sommes des chrétiens qui éloignent les gens de Jésus ou les rapprochent de Lui, parce qu’ils entendent le cri de ceux qui demandent de l’aide pour leur propre salut.

Bonne réflexion à chacun(e) !

*****

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc (Mc 10, 46b-52)

En ce temps-là, tandis que Jésus sortait de Jéricho avec ses disciples et une foule nombreuse, le fils de Timée, Bartimée, un aveugle qui mendiait, était assis au bord du chemin.

Quand il entendit que c’était Jésus de Nazareth, il se mit à crier : Fils de David, Jésus, prends pitié de moi ! Beaucoup de gens le rabrouaient pour le faire taire, mais il criait de plus belle : Fils de David, prends pitié de moi !

Jésus s’arrête et dit : Appelez-le. On appelle donc l’aveugle, et on lui dit : Confiance, lève-toi ; il t’appelle. L’aveugle jeta son manteau, bondit et courut vers Jésus.

Prenant la parole, Jésus lui dit : Que veux-tu que je fasse pour toi ? L’aveugle lui dit :
Rabbouni, que je retrouve la vue ! 

Et Jésus lui dit : Va, ta foi t’a sauvé.

Aussitôt l’homme retrouva la vue, et il suivait Jésus sur le chemin.

Nous n’avons pas le droit de déserter notre poste !

Nous vous transmettons avec joie cette homélie de l’abbé Marcel Villers, qui est parfaitement dans la ligne de la réflexion entamée le 21 avril dernier,  qui se poursuit ce mardi 19 mai à 20h à Polleur : pour rappel, nous sommes tous chaleureusement invités à cette soirée, car l’Église, c’est nous, et la vie de l’Église est notre responsabilité…

ArbreRameau

Homélie pour le 7ème dimanche de Pâques, année B
Jn 17,11-19 – Theux, le 17 mai 2015

Que nous dit Jésus de la situation des chrétiens dans la société ?

  1. Je les ai envoyés dans le monde.
  2. Il ajoute : Ils ne sont pas du monde.
  3. Mais, je ne demande pas de les retirer du monde.

Alors, les chrétiens, du monde ou pas du monde ? Dedans ou dehors ? S’ils ne sont pas du monde, d’où sont-ils ? Et puis, y a-t-il deux mondes ? Celui des hommes et celui de Dieu ?

S’il y a deux mondes, celui des chrétiens et l’autre, le monde commun des hommes, alors, entre les deux, il faut choisir. Surtout que le monde les a pris en haine parce qu’ils ne sont pas du monde, dit Jésus.

Si les chrétiens vivent dans un monde, une société, une culture qui leur est hostile ou les prend en haine, ils sont en quelque sorte poussés à fuir ce monde qui ne les comprend pas et les rejette.

Il en fut ainsi aux premiers siècles. Vivant dans le monde juif ou la cité romaine, les chrétiens n’étaient pas compris. Ils étaient même considérés comme des étrangers, pire, des éléments dangereux.

On comprend alors que beaucoup ont fui ce monde hostile. Ils se replièrent dans de petites communautés où ils pouvaient vivre leur foi et leurs convictions entre eux et à fond. On est à la limite de la secte, de la société secrète.

Cette stratégie les a conduits à vouloir créer un autre monde, une nouvelle société à la place de l’autre. Lire la suite « Nous n’avons pas le droit de déserter notre poste ! »

L’Ascension révèle la mission de Jésus : nous attirer vers le Père

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Points forts de l’homélie du père Jean-Marc de Terwangne
le jour de l’Ascension (14 mai 2015) à Theux

La mission de Jésus est de venir révéler son Père. Jésus nous invite à nous tourner avec lui vers le Père, à entrer dans cette union et dans cette intimité que lui-même partage d’une manière unique avec Dieu, son père, mais aussi notre père. Il est important que Dieu ne soit pas un lointain inconnu. Lui, qui reste d’une manière ou d’une autre invisible, inaccessible, se rend présent en la personne de Jésus.

Jésus est venu accomplir la volonté du Père : qu’aucun de ceux qui lui ont été confiés ne soit perdu. Dans le Credo, nous proclamons que Jésus est descendu aux enfers, au séjour des morts, là où il y a absence de vie au cœur de notre humanité. Par cette descente, Jésus se « mouille » pour révéler la bonté inouïe de Dieu, sa bienveillance, la foi qu’il a en l’être humain tel qu’il est, son amour jusqu’au cœur de ce qui est marqué par l’absence de vie. Jésus va en payer le prix sur la croix. Mais, trois jours plus tard, comme il l’avait annoncé aux disciples, il ressuscite.

Jésus descend au plus bas de l’humanité, aux enfers, dans ces lieux d’absence de vie, que nous pouvons peut-être reconnaître au cœur de nos vies. Est-ce que, dans nos vies, tout est porteur de vie ? Est-ce que, dans nos vies, il n’y a pas des lieux « pourris » ? Est-ce que, dans nos vies, il n’y a pas des attitudes qui ne sont pas porteuses de vie ? C’est là que Jésus descend.

Pourquoi épouse-t-il l’humanité en lui révélant la tendresse et la bienveillance de Dieu, si ce n’est pour conduire l’humanité au lieu pour lequel elle est faite ? C’est sur ce chemin, au-delà de sa passion et de sa mort, au-delà de sa résurrection, qu’il est apparu pendant 40 jours à ses disciples. Il est fondamental que Jésus ne soit pas monté vers le Père directement après sa résurrection, mais que, pendant 40 jours, il soit apparu bien vivant, en chair et en os, à ses disciples : signe palpable, audible, concret de la résurrection. Il n’est pas venu simplement pour descendre au plus bas de notre humanité, y mourir et ressusciter, mais aussi pour nous rappeler que nous sommes faits pour vivre dans la maison du Père, dans la gloire de Dieu, c’est-à-dire tout remplis de la vie de Dieu.

Jésus ne restera pas au cœur de cette humanité parce qu’il est venu révéler le chemin qui nous conduit vers le Père. Jésus dit en quelque sorte : Vous allez recevoir un outil pour cheminer sur le chemin de croissance, un chemin d’ascension, un chemin de remontée vers la vie pour laquelle vous êtes nés. Cette fête de l’Ascension nous révèle que nous sommes faits pour des sommets. Pensons à l’image d’une cordée qui ascensionne un sommet. Jésus nous dira par ailleurs : Je suis le chemin. Regardons comment il visite notre humanité pour voir comment nous sommes appelés à vivre notre passage sur terre, comment nous sommes appelés à aimer et nous laisser aimer comme lui, et réaliser combien nous sommes faits pour bien plus grand que ce que nous vivons ici sur terre.

Nous restons des hommes et des femmes d’espérance, non pas à partir d’une vue de l’esprit philosophique, mais à partir de la réalité du ressuscité. Jésus dit encore : D’ici quelques jours, vous serez baptisés dans l’Esprit Saint. Ce sera la Pentecôte, dans dix jours. Vous allez être équipés de ce qui est nécessaire pour pouvoir suivre le chemin que je vous ai indiqué. Voilà la grande fête que nous célébrons aujourd’hui. Nous ne pouvons pas comprendre l’Ascension si nous ne regardons pas d’abord la naissance de Jésus, sa vie au cœur de notre humanité et sa résurrection.

Oui, Jésus tu es venu nous révéler un chemin de croissance, tu es venu nous tirer vers le haut.

Icône de la Trinité de Serge Roublev

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Au-dessus du personnage de gauche – le Père – se trouve une maison.
Au-dessus du personnage central – le Fils – nous avons un arbre bien vert, l’arbre de la vie.
Au-dessus du personnage de droite – l’Esprit Saint – se trouve le rocher d’une montagne, avec le symbolisme biblique de la montage, qui est ce lieu de la rencontre avec le Seigneur, de l’Esprit Saint qui nous ouvre à la rencontre de Dieu.
Dans la moitié supérieure de l’icône, tout le mouvement est orienté vers le Père : l’arbre au-dessus du Fils, le rocher au-dessus de l’Esprit, le Fils et l’Esprit Saint avec leur posture et leur tête.

Nous sommes faits pour vivre en communion avec le Père dans la maison du Père.
Dans la grâce de cette Ascension, dans la grâce de ces dix jours qui nous séparent de la Pentecôte, demandons lui personnellement, ayons cette foi, chaque jour de dire :
Seigneur, viens révéler le don de l’Esprit Saint que tu m’as fait au jour de mon baptême pour que je puisse vivre la vie que tu m’appelles à vivre au cœur de tout ce qui est à vivre. Amen.

Cette synthèse de l’homélie du père Jean-Marc a été réalisée, sur base d’un enregistrement via téléphone portable ;-), par Marie, que nous remercions chaleureusement pour cette bonne idée et pour sa mise en oeuvre !

L’icône présentée sur cette page est empruntée au blog http://francisdelariviere.be/wp-content/uploads/2012/12/Trinite-de-Roublevdetail1.jpg. Nous l’avons choisie parce que le mouvement vers le Père y est particulièrement visible.