Rendre gloire à Dieu, c’est révéler le vrai visage de Dieu

Revelation

7ème dimanche de Pâques – Theux, le 1er juin 2014
Jn 17,1-11

Chaque soir, la télévision nous emmène en un tour du monde.

Tous les jours, nous voyons des réfugiés qui fuient la guerre ou la misère, en Syrie ou en Afrique ; des foules qui manifestent, comme en Turquie ou en Ukraine. Et puis, il y a, et de plus en plus, ce qu’on appelle les faits divers, ces horreurs, ces crimes qui nous émeuvent et nous révoltent.

La télévision nous donne surtout à voir des visages, anxieux, crispés, résolus ou horribles.

À voir ces visages, des questions montent en nous : où allons-nous ? que faire ? pourquoi tant d’horreurs et de souffrances ?

Finalement : qu’est-ce que l’homme ?

Quel sens et valeur donner à notre vie ?

À l’heure où il voit venir sa fin dernière, qui sera violente, quelle est la réaction de Jésus ? L’évangile d’aujourd’hui nous le montre en prière, tourné vers le Père du ciel. Il ne s’agit pas pour lui d’éviter l’échéance terrible, la mort qui vient avec son cortège de souffrances. Au contraire, Jésus accueille son heure, celle de sa mort :

Père, l’heure est venue. Glorifie ton Fils, afin que le Fils te glorifie.

À travers souffrances et mort, Jésus va rendre gloire à son Père. Non pas lui faire soumission, mais tout simplement révéler qui est ce Dieu dont il est le Fils. Car quel est le lien entre l’heure, c’est-à-dire, la mort et la gloire de Dieu ?

La gloire, c’est le rayonnement de Dieu, son véritable visage.

Rendre gloire à Dieu, c’est, pour Jésus, révéler le vrai visage de Dieu.

Alors, Jésus, moqué et flagellé, le visage tuméfié, lui le crucifié qui n’avait plus figure humaine, est la manifestation de la gloire de Dieu, c’est-à-dire de son véritable visage. Le visage de Jésus, comme celui de tous ces visages que nous voyons à la télévision, défigurés, anéantis, écrasés, sont révélateurs du sort fait à l’homme par l’homme, mais aussi d’un autre visage qui se dessine en arrière-fond.

Le visage de Jésus, celui de tout homme, révèle le visage de Dieu.

Nul ne peut réduire à rien ce que le visage d’un humain impose de soi à tout qui le contemple. Tout visage est révélation, révélation de ce qu’il y a de plus intime, d’insaisissable en chaque être humain et, par là, nous ouvre, à l’infini dont il provient.

Oui, chaque visage est une fenêtre ouverte sur Dieu.

Mais quel Dieu ? Celui que révèlent la croix, la souffrance, la mort ? Si, pour nous chrétiens, Jésus révèle le vrai visage de Dieu, sa gloire, c’est par toute sa vie et non seulement par sa croix. Moi, je t’ai glorifié sur la terre en accomplissant l’œuvre que tu m’avais confiée, dit Jésus à Dieu. Et encore : J’ai fait connaître ton Nom aux hommes.

La croix n’est pas le but de l’existence de Jésus, mais la conséquence logique de sa résistance à toutes les défigurations du visage de Dieu. C’est ce qu’il signifiait quand il fréquentait malades ou étrangers, pécheurs et païens, tous aimés d’un Dieu Père. C’est ce qu’il proclamait quand il chantait le bonheur des pauvres, des artisans de paix, des persécutés.

C’est ainsi, par ses actes et ses paroles, qu’il révélait le vrai nom de Dieu : un Père, source de tout amour et de toute vie.

Être chrétien, c’est croire que l’homme s’accomplit pleinement quand il suit le chemin de Jésus, un chemin de communion et de résistance, un chemin d’amour et de vie, un chemin de lutte et de contemplation.

Ce chemin conduit, par sa pratique, à la connaissance du Dieu de Jésus-Christ, ce Dieu qui est notre Père et qui donne la vie.

La vie éternelle, dit Jésus, c’est de te connaître, toi, le seul Dieu, le vrai Dieu, et de connaître celui que tu as envoyé, Jésus-Christ.

Abbé Marcel Villers

Vous serez mes témoins!

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Fête de l’Ascension – Theux, le 29 mai 2014
Mt 28,16-20

Certains départs sont des commencements.
Il y a des retraits qui sont sources de renouveau.

Il est bon pour vous que je parte, disait Jésus à ses apôtres au soir de sa vie.
Le Maître se retire pour que ses disciples prennent la parole et deviennent maîtres à leur tour.

Il y a des présences encombrantes et immobilisantes. Ce peut être le cas dans le rapport maître-élève, maître-disciples. D’un autre côté, l’absence du maître crée un vide et provoque une angoisse terrifiante chez ses élèves, mais cela les oblige à chercher par eux-mêmes. Puis à interpréter, actualiser l’enseignement du maître. Ensuite ils forgent leurs propres convictions. Enfin, ils deviennent à leur tour maîtres et initiateurs.

N’est-ce pas le but ultime poursuivi par tout enseignant, tout parent, tout maître : s’effacer pour que naisse l’autre ? Cette expérience humaine peut aider à saisir le mystère de l’Ascension.

Jésus disparaît aux yeux de ses disciples. Ceux-ci en restent ébahis. Ils fixent le ciel, saisis d’angoisse à la pensée de se retrouver seuls. Jésus est parti, mais il laisse son travail inachevé : la royauté n’est pas restaurée en Israël, la communauté des croyants n’est pas à l’abri des persécutions, la mission auprès des nations s’avère difficile.

On est loin du programme que Jésus avait annoncé au début de son action : libérer les captifs, rendre la vue aux aveugles, la liberté aux opprimés, l’annulation des dettes et des péchés.

Que vont faire les disciples de Jésus ?

Laisser tomber ou prendre en charge, faire leur le programme de Jésus ?
Au lieu de rester là à regarder vers le ciel, les disciples sont partis annoncer l’Évangile à toutes les nations.
Le départ de Jésus, c’est aussi celui des apôtres.
L’Ascension de Jésus correspond à l’inauguration de la mission de l’Église avec la force de l’Esprit promis.

Trois enseignements peuvent être retirés de ces événements.

Cessons de rêver au jour où Dieu viendra régler nos problèmes par je ne sais quel coup de baguette magique. Le Christ nous donne mandat de remettre debout tous ceux qui souffrent. Il a besoin de nos voix pour défendre les sans droit, sans travail, sans logement, sans papiers.

Deuxièmement, l’Ascension nous rappelle la nécessité de la transmission de l’Évangile, de la foi. Vous serez mes témoins, dit Jésus. Allez, de toutes les nations, faites des disciples. Certes, dire sa foi est aujourd’hui difficile. Mais un chrétien qui n’a plus le désir de transmettre, communiquer sa foi, ses convictions, ce qui le fait vivre, est comme un puits qui se tarit quand on ne va plus y puiser de l’eau.

L’audace de la mission se fonde sur l’assurance que Jésus donne de sa présence auprès de ses disciples. Il est le Vivant qui promet : Moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. Ainsi les chrétiens travaillent dans le monde avec la conviction de cette présence, c’est-à-dire l’assurance que Jésus a déjà remporté la victoire sur toutes les forces obscures, intérieures comme extérieures, qui écrasent l’homme et la création.

Comme l’écrit saint Paul : Dieu l’a établi au-dessus de toutes les puissances et de tous les êtres qui nous dominent, quel que soit leur nom, aussi bien dans le monde présent que dans le monde à venir. Dieu lui a tout soumis.

Oui, l’Ascension célèbre la victoire du Christ.

Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre, proclame le Seigneur ressuscité quand il se donne à voir sur la montagne de Galilée. Mais ce triomphe, cette victoire n’est pas -loin de là- manifeste ni à nos yeux, ni à notre raison. Il n’est pas facile d’accepter une vérité -le triomphe de Jésus- qui dépasse les capacités de notre raison. Mais la vérité est plus grande que nos constats et nos savoirs.

La foi élargit l’horizon de notre connaissance et nous introduit dans le vaste monde du mystère que nous sommes et qui nous enveloppe.

Avec saint Paul, demandons au Seigneur qu’il ouvre notre cœur à sa lumière, pour nous faire comprendre l’espérance que donne son appel, la gloire sans prix qui nous attend, et la puissance infinie qu’il déploie pour nous, les croyants.

Abbé Marcel Villers 

Ascension2Merci à Jean-François Kieffer pour ses jolis dessins!

En ce jour de Pâques, réveillons la mémoire de notre baptême!

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Dimanche de Pâques
20 avril 2014, Theux

Ils n’avaient pas vu qu’il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts.

Trois personnes ont cependant vu quelque chose. Marie-Madeleine a vu le tombeau vide ; elle en conclut qu’on a enlevé le Seigneur. Pierre a vu le linceul resté dans le tombeau, il constate mais ne sait qu’en penser. L’autre disciple vit et il crut.

Il crut quoi ? Qu’il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts.

La vie que Jésus reçoit est une seconde vie, une vie d’une autre densité et épaisseur, une vie que nous appelons éternelle. Cette vie est autre, elle est don de Dieu, nouvelle création, nouvelle naissance.

Jésus est passé par la mort, a été enseveli et a été ressuscité pour une vie nouvelle. C’est le cœur, le noyau dur de la foi chrétienne. Mais si nous ne pouvons que nous réjouir pour lui et chanter Alléluia, nous devons aussi nous demander en quoi cela nous concerne.

Frères, nous répond saint Paul, vous êtes ressuscités avec le Christ. Ce qui est arrivé à Jésus nous arrive aussi. En effet, explique saint Paul, vous êtes morts avec le Christ, et votre vie reste cachée avec lui en Dieu.

C’est la signification du baptême : nous faire entrer dans le mystère de la mort et de la résurrection avec le Christ. Il n’est pas question évidemment de mourir physiquement au moment du baptême pour physiquement ressusciter quelques instants plus tard.

Le rite baptismal est l’expression d’une réalité profonde qui relève de l’ordre du spirituel : la mort du vieil homme et la naissance de l’homme nouveau que nous avons soulignées tout au long de ce carême et que rappelait la statue de glaise posée sur l’autel.

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Cet homme nouveau, il est figuré sur le pilier des fonts baptismaux. Nous l’avons aujourd’hui mis en évidence par un cache jaune qui souligne la sculpture en relief de quatre enfants nus, un sur chacune des faces.

Les fonds baptismaux sur lesquels les silhouettes jaunes indiquent l'homme nouveau, sculpté dans la pierre

Ces enfants, ce sont évidemment ceux qui seront baptisés tout à l’heure, et tous ceux qui les ont précédés et les suivront. Mais ils veulent surtout signifier que le baptême est une nouvelle naissance dont on sort nu, à neuf, tel l’enfant qui vient de naître.

Comment cela peut-il se faire ?

Renaître, devenir un être nouveau, recommencer à neuf : qui d’entre nous, un jour ou l’autre, n’en a pas rêvé ? Mais, comment un homme pourrait-il naître s’il est vieux ? Pourrait-il entrer une seconde fois dans le sein de sa mère et naître ? 

Et puis, d’où vient ce désir de renaissance ? Tout simplement de ce dont nous sommes faits. De la boue et du souffle divin, l’homme fût créé, image de l’Immortel, écrit Grégoire de Nazianze. C’est pourquoi, en sa qualité de terreux, il est attaché à la vie d’ici-bas, mais portant aussi une parcelle de la divinité, le désir du monde à venir travaille son cœur.

Etre mixte, mêlé de ciel et de terre, rien de ses conditionnements terrestres ne saurait satisfaire ni définir l’être humain. L’homme passe infiniment l’homme, écrivait Pascal. Il y a en lui ce souffle venant de Dieu qui le porte, le travaille, l’empêche de s’identifier à cette terre.

Et saint Paul confirme : C’est en haut qu’est votre but, non sur la terre. Recherchez ce qui est en haut, là où se trouve le Christ. Vous êtes morts, en effet, et votre vie est cachée avec le Christ en Dieu.

Mais comment cette vie nouvelle, cachée en Dieu, pourrait-elle devenir nôtre ?

Comment, à l’intérieur de l’être ancien que nous sommes, pourrait surgir la vie nouvelle ? Il vous faut naître d’en haut, disait Jésus. C’est « d’en haut » que peut venir cette nouvelle vie, pleine, dense, non minée par la mort. Nul, s’il n’est engendré d’en haut, ne peut entrer dans le Royaume de Dieu.

Toute naissance reste la plus merveilleuse des choses et pourtant la plus mystérieuse. Ainsi en va-t-il de la naissance du croyant qu’exprime le baptême. Car comment devient-on croyant ? Le croyant est né de l’eau et de l’Esprit, disait Jésus. C’est ce même Esprit, reçu au baptême, qui nous fait crier : Abba! Père! et nous révèle ainsi notre véritable identité : nous sommes enfants de Dieu.

Oui, au baptême, comme à la résurrection, il s’agit de naissance ou plutôt de renaissance à notre identité véritable, celle de Fils bien-aimé du Père, celle d’enfant de Dieu.

Nous sommes tous des renaissants, des renés.

Aujourd’hui, en ce jour de Pâques, réveillons la mémoire de notre baptême!

Comme ce jour-là, renouvelons notre renonciation à Satan et renouvelons notre profession de foi.

– Renoncez-vous à Satan, au péché et à tout ce qui conduit au péché ?

– Nous y renonçons!

– Croyez-vous en Dieu le Père Tout-Puissant, créateur du ciel et de la terre ?

– Nous croyons!

– Croyez-vous en Jésus-Christ, son Fils unique, notre Seigneur, né de la Vierge Marie, qui a souffert la Passion, a été enseveli, est ressuscité des morts et est assis à la droite du Père ?

– Nous croyons!

– Croyez-vous en l’Esprit-Saint, à la sainte Eglise catholique, à la communion des saints, au pardon des péchés, à la résurrection de la chair, à la vie éternelle ?

– Nous croyons!

J’invite celles et ceux qui le souhaitent à s’approcher de la cuve baptismale pour y plonger la main et se signer avec l’eau bénite en cette nuit de Pâques, renouvelant ainsi leur profession baptismale.

Abbé Marcel Villers

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Vraiment, cet homme était le Fils de Dieu!

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Dimanche des Rameaux
Année A – Mt 26-27, dimanche 13 avril 2014, Theux

Marie-Madeleine et l’autre Marie étaient assises en face du tombeau. 

Comme elles, nous voici avec un inconsolable « pourquoi ? ». Comme elles, nous venons de parcourir le chemin de croix de Jésus, sa passion et sa mort. Comme elles, nous pourrions en rester à la désolation.

Mais le récit que nous venons d’entendre se veut une Bonne Nouvelle, celle de notre salut.

Trois grands cris sont poussés au Calvaire : celui de Jésus sur la croix ; celui de la création soudain bouleversée ; celui du centurion.

Ces trois cris sont autant de clés pour saisir la dimension rédemptrice de la mort de Jésus. Le cri de Jésus, à l’heure où s’achève sa vie terrestre, n’est pas un cri de désespoir ni de terreur. C’est un cri de confiance du Fils à l’adresse de son Père. Par deux fois, Jésus crie d’une voix forte. La première fois, un appel au secours : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?

La seconde fois dans un grand cri, il rendit l’esprit. Rendre, c’est-à-dire, remettre en toute confiance sa vie, son sort entre les mains de Dieu, son Père.

Ce grand cri, poussé à deux reprises, est tout à la fois l’écho affligé de toutes les souffrances humaines concentrées en sa personne par Jésus et, à la fois, le cri de victoire du Fils de Dieu qui remet toute sa vie, toute son oeuvre de salut dans les mains du Père.

Et voilà qu’aussitôt se donne à voir le résultat, l’effet de la victoire de Jésus. C’est toute la création qui s’ébranle et fait entendre sa clameur, son cri.

La terre trembla.
Les rochers se fendirent.
Les tombeaux s’ouvrirent.
De nombreux saints ressuscitèrent et entrèrent dans la ville.

Une vie d’au-delà envahit la terre, un monde nouveau est déjà là. Car le monde que nous connaissons, par suite du péché, porte la marque, la blessure de tant de haine et de destruction. Il doit être sauvé, lui aussi. Toute la création gémit en travail d’enfantement, en attente de sa part de rédemption.

La terre peut trembler, les rochers se fendre, les tombeaux s’ouvrir : ils annoncent des cieux nouveaux et une terre nouvelle.

Le cri du centurion vient alors conclure et donner la signification ultime de l’événement : Vraiment, celui-ci était le Fils de Dieu.

C’est le cri d’un païen en qui tout homme peut se retrouver. C’est le cri d’un témoin en qui tout chrétien peut se reconnaître. De sa bouche jaillit la plus belle profession de foi. Une profession de foi proclamée face à un homme mort en croix.

Vraiment, celui-ci était le Fils de Dieu.

Que s’est-il passé dans l’âme de ce païen ? Il a suivi Jésus sur le chemin qui mène au Calvaire. Il a vu comment il a librement étendu ses bras sur la croix. Il a croisé son regard. Il a vu la nuit tomber soudain en plein midi.

Alors, il a crié à la face du monde : Vraiment, celui-ci était le Fils de Dieu.

Ce centurion sans nom porte tous nos noms. Nous aussi aujourd’hui, comme lui, nous regardons le crucifié.

Que ce cri d’un païen devenu le premier chrétien, soit le nôtre en ce jour !

Abbé Marcel Villers

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