SOURCES : 36. La source ouverte

SOURCES

Dans cette rubrique, il est question de sources, celles qui nous font vivre, celles qui donnent sens à notre action, celles qui contribuent à construire notre identité.  Aujourd’hui comme hier, nous avons besoin de boire à ces sources pour vivre et donner sens à notre engagement.  Chaque jeudi, vous est proposé un texte à lire, méditer, prier.

Abbé Marcel Villers

36. LA SOURCE EST OUVERTE

« L’âme ne peut atteindre ni la hauteur, ni la profondeur de Dieu. Elle ne peut ni le saisir, ni renoncer à lui. Nulle parole ne peut exprimer les transports de ce désir, ni peindre les tourbillons qui se forment dans cette région-là.

Tantôt l’amour brûle, tantôt il glace. Quelquefois il intimide, quelquefois il enhardit ; tantôt il réjouit, tantôt il désole, tantôt il espère, tantôt il désespère, il se plaint, il gémit, il chante, il adore…

Quand l’homme, malgré les violences d’un désir implacable, n’a pas pu adhérer à Dieu, l’Esprit du Seigneur arrive comme un feu terrible, brûlant, absorbant, dévorant tout, et l’homme oublie son pain, son vin et son sang !

Il ne se souvient plus que de l’amour unissant.
Silence, esprit humain !
Silence, puissances créées !
Dormez, dormez !La source est ouverte ; les torrents coulent.
Vous êtes inondés, au-delà du désir. » (Ian van Ruysbroeck)

JAN VAN RUYSBROECK (1293-1381), prêtre et chapelain de Sainte-Gudule à Bruxelles, se retire à 50 ans à Groenendal, dans un ermitage, où il vécut son aventure mystique dont il fit la relation dans divers ouvrages.

SOURCES : 22. FERME LA PORTE

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Dans cette rubrique, il est question de sources, celles qui nous font vivre, celles qui donnent sens à notre action, celles qui contribuent à construire notre identité.  Aujourd’hui comme hier, nous avons besoin de boire à ces sources pour vivre et donner sens à notre engagement.  Chaque jeudi, vous est proposé un texte à lire, méditer, prier.

Abbé Marcel Villers

 

22. FERME LA PORTE DE TA CHAMBRE

L’homme en prière doit devenir pure écoute, pur regard. Alors le Christ vient habiter en lui et l’Esprit s’unit à son esprit pour prier d’une autre prière, qui n’est plus seulement humaine.

« Il ne faut pour prier, ni gestes, ni cris, ni silence, ni agenouillements. Notre prière, à la fois sage et fervente, doit être attente de Dieu, jusqu’à ce que Dieu vienne et pénètre en elle, par tous ses seuils, ses voies, ses sens.
Assez de gémissements, de sanglots : ne cherchons dans la prière que la venue de Dieu.
Dans le travail, n’employons-nous pas tout notre corps ? Tous nos membres n’y collaborent-ils pas ? Que notre âme elle aussi se consacre toute à sa prière et à l’amour du Seigneur : qu’elle ne se laisse point distraire ni tirailler par les pensées ; qu’elle se fasse pleine attente du Christ.
Alors le Christ l’illuminera, il lui enseignera la prière véritable, il lui donnera l’adoration en esprit et vérité (Jn 4, 24).
L’âme cherche Dieu ou plutôt l’âme est cherchée par Dieu. » (Pseudo-Macaire, Trente-troisième Homélie)

 La prière est un tête-à-tête silencieux, abandonné, confiant, avec Dieu, l’homme fermant la porte de sa chambre, celle de sa cellule intérieure, de son cœur.

« Prier, ce n’est pas avoir besoin ou n’avoir pas besoin, mais c’est accéder à une conscience de plus en plus vivante qu’il nous est possible de désirer quelqu’un pour lui-même, de l’aimer, dans l’exacte mesure où nous n’en avons pas besoin, où il nous est impossible de le consommer ou de le connaître. La prière, c’est passer du besoin au désir. » (Denis Vasse, Le temps du désir, 1967, p. 34)

 

Denis VASSE (1933-2018), médecin et psychanalyste, ordonné prêtre dans la Compagnie de Jésus en 1971. Il consacre sa pratique et sa réflexion à développer à partir de la psychanalyse une anthropologie ouverte qui pose la question de l’homme parlant exposé à l’enfermement dans l’imaginaire, la violence et l’objectivation technicienne.

SOURCES : 4. Le beau et le désir

4. LE BEAU ET LE DÉSIR

« Dieu est Beauté. C’est cette Beauté qui produit toute amitié, toute communion. C’est cette Beauté qui meut tous les êtres et les conserve en leur donnant l’amoureux désir de leur propre beauté.
Le Beau véritable se confond avec le Bien quel que soit le motif qui meut les êtres, c’est toujours vers le Beau-et-Bien qu’ils tendent, et il n’est rien qui n’ait part au Beau-et-Bien…C’est grâce à lui qu’à sa manière propre tout communie à tout, que les êtres s’aiment sans se perdre les uns dans les autres, que tout s’harmonise, que les parties s’accordent au sein du tout… » (Denys L’Aréopagite, Noms divins, IV, 7 )

Dans l’attraction de l’humain pour la beauté, dans l’amour de l’homme et de la femme, dans la communion du croyant à Celui qui est la plénitude du Beau et du Bien, se manifeste un élan semblable à ce que nommons la création. Dieu sort de lui-même ; ce mouvement est désir qui fait venir à l’être tout ce qui existe. L’acte créateur est une extase.
« En Dieu, le désir d’éros est extatique. Grâce à lui les amants ne s’appartiennent plus. Ils appartiennent à ceux qu’ils aiment… Dieu aussi sort de lui-même lorsqu’il captive tous les êtres par le sortilège de son amour et de son désir. » (Denys L’Aréopagite, Noms divins, IV, 13 )

Le désir, c’est d’abord celui de Dieu pour nous, auquel tout élan amoureux de l’humain est réponse.

Abbé Marcel Villers


Pseudo-Denys L’Aréopagite : sous ce pseudonyme qui évoque le grec converti par saint Paul sur l’Aréopage (Ac 17,34), se cache probablement un moine du Ve s., d’origine syrienne et formé à Athènes, qui veut convertir la pensée grecque en l’introduisant dans la théologie chrétienne.

Sources : 2. Pèlerin de l’absolu

Sources : 2. Pèlerin de l’absolu

« Je me suis mis en quête du sens de la vie.
Richesse et loisir attirent d’abord.
La plupart des hommes cependant ont découvert, poussés par leur nature même, qu’il y a mieux à faire que de se goinfrer et de tuer le temps. La vie a été donnée à l’homme pour réaliser une œuvre valable, pour pratiquer un art de qualité. Elle n’a pu lui être donnée sans profit pour l’éternité.
Sinon, comment tenir comme un don de Dieu une vie si rongée d’angoisse, traversée de tant de contrariétés, et qui d’elle-même ne peut rien d’autre que se consumer, des balbutiements du berceau au radotage de la vieillesse ?

Le Dieu immortel pouvait-il nous donner une vie sans autre horizon que la mort ? Pouvait-il nous inspirer un tel désir de vivre, s’il ne devait aboutir qu’à l’horreur de la mort ? »
(Hilaire de Poitiers, De la Trinité, 1)

Une vie sans éternité est-elle digne du nom de vie ? Sinon, que pèsent nos actes et nos intentions ? Mais qui ou quoi peut garantir cette éternité ?

Abbé Marcel Villers


Hilaire de Poitiers
Né vers 215 à Poitiers au sein d’une famille noble qui lui fait donner une solide instruction. Évêque de Poitiers, il combat l’arianisme en Gaule. Cela lui vaut d’être exilé par l’empereur Constance en Asie Mineure. C’est là qu’il rédige certains de ses écrits.