SOURCES : 75. JEUDI-SAINT

Jeudi-Saint

« Lui qui avait envoyé
Les porteurs de la nouvelle
Comme ils avaient tant marché
Il leur lava les pieds
Par reconnaissance
Pour les enseigner

Comme est gauche un serviteur
Qui voit son Seigneur et Maître
A genoux lui faire honneur
Si haute humilité
Bien plus l’intimide
Que la majesté

Depuis deux mille ans Seigneur
Que tes pas saignent sans cesse
Aux arêtes de nos cœurs
Seule cette éhontée
Cette pécheresse
T’a lavé les pieds

La chambre s’emplit de nuit
Et lentes paroles
Sur table un pain rompu
Une coupe vide
L’alliance est consommée »
(Pierre Emmanuel, Évangéliaire, 1961)

Pierre EMMANUEL (1916-1984), poète français, enseignant et journaliste, élu à l’Académie française en 1968. Il n’aimait pas être défini comme poète chrétien, mais chercheur de Dieu, il l’était, passionnément. 

Clés pour lire Jean : 20. Laver les pieds

Clés pour lire l’évangile de Jean

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Jean. En ce jeudi-saint, la signification de la mort de Jésus et son testament  nous sont livrés :  Jn 13,1-15.

Le lavement des pieds

Sachant que l’heure était venue pour lui de passer
de ce monde à son Père. (Jn 13,1)

Ce soir-là, Jésus livre l’essentiel de sa vie et le sens de sa mort-résurrection. Son testament tient en deux gestes et une parole.
Le premier geste est celui du repas, de la communion : Jésus donne sa vie, son corps et son sang qui deviennent nourriture, c’est-à-dire, aliment de vie.
Le deuxième geste est celui du lavement des pieds : Jésus se dépouille de son vêtement, de sa vie et s’abaisse aux pieds de ses disciples pour les servir, les sauver.
Ces gestes, Jésus nous demande de les faire en mémoire de lui : « Faites ceci en mémoire de moi. » Il ne s’agit pas de répéter des rites, mais de s’engager à la suite de Jésus à donner notre vie par amour, à communier avec nos frères et sœurs, à nous laver les pieds les uns aux autres. La communion fonde la fraternité, la communauté des disciples.

Un geste d’esclave et de disciple
« Dans le judaïsme ancien, qui lave les pieds et à qui les lave-t-on ? Laver les pieds d’autres personnes peut être considéré sous deux points de vue. Laver les pieds de quelqu’un est une action humiliante qu’on ne peut pas imposer à un esclave israélite. Les Sages disaient : Un esclave hébreu ne doit pas laver les pieds de son maître, ni lui enfiler ses chaussures. Imposer un tel geste à un Israélite serait attentatoire à sa dignité d’homme libéré par Dieu lors de la sortie d’Égypte. En revanche, c’est une action qu’un disciple doit à son maître et qu’une femme accomplit pour son mari car toute espèce de service qu’un esclave doit à son maître, un disciple le doit à son maître. Laver les pieds marque un lien particulier entre celui qui fait le geste et celui qui en bénéficie. Dans le rapport disciple-maître c’est une façon d’honorer le maître. En accomplissant un tel geste, Jésus se met en position d’esclave (le maximum de distance), mais aussi en situation de disciple (une relation), lui qui est le maître. Le geste de Jésus est d’autant plus paradoxal qu’il le fait au cours d’un repas, or, d’ordinaire, laver les pieds se fait lors de l’arrivée dans une maison ou quand le maître quitte la maison d’études. » (Jean-Pierre LÉMONON, Pour lire l’évangile selon saint Jean, 2020)

Abbé Marcel Villers

SEMAINE SAINTE : Jeudi-Saint

Jeudi-Saint 

Avant le 4e siècle, il n’y a pas de messe le jeudi saint, l’unique eucharistie pascale est celle de la nuit de Pâques. C’est en Afrique du Nord qu’on commence à célébrer une eucharistie au soir du jeudi saint. A Rome, le jeudi qui précède Pâques est le jour de la réconciliation des pénitents qui les restaure dans leur dignité baptismale et leur ouvre à nouveau l’accès à la table eucharistique de Pâques (A. Nocent, Contempler sa gloire. Semaine sainte, Paris, 1965, p.110.). C’est là que s’origine le sens de l’obligation étendue à tous les fidèles, en 1215 par le Concile de Latran IV, de la confession et communion annuelles, d’où l’expression « faire ses Pâques ».

Pour les baptêmes et confirmations de la nuit de Pâques, il faut consacrer les saintes Huiles et le Chrême nécessaires. Cela se fait pendant la vigile pascale, juste avant les baptêmes, jusqu’au 5e s. où cette consécration par l’évêque, entouré de ses prêtres, est avancée au jeudi matin au cours d’une messe qu’on appellera chrismale.

C’est seulement au 7e siècle, qu’à Rome, apparaît une commémoration de la Cène le soir du jeudi saint. « Il semble qu’il y avait, à partir de cette époque, trois messes à Rome, une le matin avec la réconciliation des pénitents dans chaque paroisse, une à midi célébrée par le pape, durant laquelle on consacrait les saintes Huiles, et une le soir » (Ibidem, p.91). La messe du soir est présentée comme le mémorial de la Cène et s’accompagne du rite du lavement des pieds.

Ce rite apparaît au milieu du 5e s. à Jérusalem, sur les lieux mêmes de l’évènement. Saint Augustin (354-430) connaît le lavement des pieds pratiqué le jeudi saint en imitation du Christ. A Rome, au 7e s., le pape lave les pieds de ses chambellans. Le rite va se répandre de plus en plus à l’époque carolingienne et souligne le caractère sacrificiel de la messe. « On le voit pratiqué dans les cathédrales où on distingue le rite des clercs et celui des pauvres, tout comme dans les monastères. A partir de la fin du Moyen Age, on ne pratique plus que le lavement de pieds des clercs ou des moines. (Ibidem, p.137) » Le rite s’effectue alors hors de l’église et après la messe. Limité durant des siècles aux cathédrales et aux milieux monastiques, il est introduit dans la liturgie des assemblées paroissiales lors de la réforme de la semaine sainte par Pie XII en 1955 ; désormais, le lavement des pieds peut s’effectuer à l’intérieur de la messe, après l’homélie, pour douze hommes.

A partir de 780, Charlemagne impose le sacramentaire romain du pape Hadrien (772-795) qui ne comporte qu’une messe (celle du pape) pour le jeudi saint. Précédée de la réconciliation des pénitents publics, c’est au cours de cette messe que l’évêque procède à la consécration des Huiles. Cette messe devient celle du missel romain et son heure varie entre le matin et le soir jusqu’en 1566 où le pape Pie V (1566-1572) interdit toute messe après-midi (4). La seule messe du jeudi saint a alors lieu le matin jusqu’à la réforme de 1955 qui rétablit une messe chrismale distincte et reporte en soirée la messe in cena Domini. Vatican II et le missel de Paul VI (1970) confirment ces dispositions.

Les deux dernières modifications apportées à la liturgie du jeudi saint. En 1970, Paul VI décide de faire de la messe chrismale la fête du sacerdoce avec la rénovation des promesses sacerdotales. En 2016, à la demande du pape François, le rite du lavement des pieds, réservé jusqu’ici aux seuls hommes, implique désormais de « choisir un petit groupe de personnes qui représente tout le Peuple de Dieu et non pas une seule catégorie ou condition.» Il s’agit ainsi de mettre l’accent sur l’exemplarité et la portée universelle de ce geste d’amour demandé par le Christ. Voilà qui rappelle la richesse symbolique de la messe de la Cène du Seigneur, le jeudi saint. Elle commémore l’institution de l’Eucharistie et du sacerdoce, ainsi que le commandement du Seigneur sur la charité fraternelle.

Abbé Marcel Villers

Illustrations : Lavement des pieds, église de Theux ; Repas eucharistique de S. Köder

Clés pour lire l’évangile de Jean : 20. Lavement des pieds

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Jean. En ce jeudi-saint, la signification de la mort de Jésus et son testament  nous sont livrés :  Jn 13,1-15.

20. Le lavement des pieds

Sachant que l’heure était venue pour lui de passer de ce monde à son Père. (Jn 13,1)

Ce soir-là, Jésus livre l’essentiel de sa vie et le sens de sa mort-résurrection. Son testament tient en deux gestes et une parole. Le premier geste est celui du repas, de la communion : Jésus donne sa vie, son corps et son sang qui deviennent nourriture, c’est-à-dire, aliment de vie. Le deuxième geste est celui du lavement des pieds : Jésus se dépouille de son vêtement, de sa vie et s’abaisse aux pieds de ses disciples pour les servir, les sauver. Ces gestes, Jésus nous demande de les faire en mémoire de lui : « Faites ceci en mémoire de moi. » Il ne s’agit pas de répéter des rites, mais de s’engager à la suite de Jésus à donner notre vie par amour, à communier avec nos frères et sœurs, à nous laver les pieds les uns aux autres. La communion fonde la fraternité, la communauté des disciples.

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