Notre Curé nous parle – 4 avril 2020

En abordant notre Fenêtre par le sud (les Hauteurs)…

Un matin de cette semaine, en abordant notre Fenêtre par le sud (les Hauteurs), j’ai apprécié la lumière de l’aube qui pointait sur l’ensemble de la cuvette. Une pensée pour vous tous, et puis je me suis dit que, dans la vie, j’ai sans doute assisté à plus de couchers qu’à de levers de soleil. L’aube garde ainsi pour moi une part de mystère et de nouveauté.

Mystère et nouveauté, n’est-ce pas ce que le Christ nous prépare pour le matin de Pâques ? Mystère de vie et de lumière, nouveauté dans la communion avec notre Père, le Créateur et l’ensemble de ses œuvres. Dans une de ses homélies de cette semaine, commentant l’évangile de Jean 8, le pape François rappelait qu’être chrétien ne tient pas à une carte d’identité ou un statut social mais au fait d’être disciple.

Le disciple est celui qui demeure dans la Parole, qui se laisse conduire par l’Esprit, l’Hôte très doux de nos cœurs.

Demeurer, demeure… ces mots résonnent de façon particulière et exceptionnelle en ce temps de pandémie. Par la force des choses, nous nous retrouvons « cloîtrés à demeure », cela nous fait penser à la vie monastique. Mais elle résulte d’un choix libre, celui d’habiter des limites de relations et de lieu pour approfondir son humanité et y laisser Dieu venir.

Être libre, c’est obéir à la loi que l’on s’est prescrite dit Rousseau.

Pour nous qui avons choisi une vie dite active, quelle épreuve nous tombe dessus ! C’est comme si notre société faisait un burn-out, écrit le philosophe Fabrice Midal. C’est déconcertant, pour nous qui nous définissons par l’action et avons appris que la vie est mouvement. Notre éducation ne nous a pas appris non plus à habiter la solitude, à être seul avec nous-même… Se rencontrer soi-même fait partie de la construction de l’humanité.

Ce propos me rappelle le livre de Françoise Dolto qui traîne toujours sur une étagère, Solitude. L’enjeu pour tout homme est d’assumer sa solitude fondamentale. Solitude qui ne signifie pas isolement et enfermement. Solitude, condition de possibilité de rencontre avec soi et le prochain.

En ce dimanche des Rameaux, regardons vers Jésus, lui qui demeure dans le Père et en qui le Père demeure. La lecture continue de la Passion nous fait pressentir que le Christ assume son chemin unique, celui qu’il choisit en tout liberté, lui qui sait qui il est, lui qui s’est laissé conduire au désert par l’Esprit dès son baptême, lui qui a équilibré sa vie active avec la prière nocturne.

Jésus, plongé dans la foule qui l’acclame, n’est pas dupe. Il sait qu’il est seul, que la foule est versatile, que même ses disciples ne sont pas encore prêts à demeurer. C’est l’épreuve, c’est le désert de la Passion qui va les faire avancer au risque de se perdre. Le Christ est notre désert disait le père Léon-Dufour. Par lui, nous surmontons l’épreuve pour nous tourner résolument vers Dieu. Ce n’est pas par hasard si Jésus se présente comme le Pain de Vie, comme la chair à manger, l’Eau vive, le Chemin. Il est ce que Dieu nous procure comme il l’a fait avec le peuple, au désert, durant l’exode !

Habiter l’épreuve, accepter l’esseulement nous amène à l’essentiel. Ne compter que sur Dieu seul, même s’il paraît absent comme à Gethsémani ou sur la croix. Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? Le verset du psaume 21 colle à l’expérience de Jésus. Le verset et tout le psaume qui se termine dans la joie. Relisons cette trame qui nous rapproche de Jésus, et de nous-même.

Combien chaque jour m’apporte de richesses nouvelles ! Merci de m’avoir donné assez d’espace pour les abriter toutes ! s’exclame Etty Hillesum, confinée par les restrictions avant d’être internée et déportée. Peut-être est-ce un hasard si l’épreuve du Covid et la Semaine Sainte coïncident cette année. Toutefois il peut être providentiel d’approfondir notre vocation de disciple en cette occasion. Quand je me suis mis, quelquefois, à considérer les diverses agitations des hommes, et les périls et les peines où ils s’exposent… J’ai découvert que tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne pas savoir demeurer en repos, dans une chambre écrit Blaise Pascal dans ses Pensées.

Frères et sœurs, notre carême en son début nous a invités à aller au désert, à cheminer. Maintenant c’est Jésus le Christ lui-même, à travers les événements, qui nous appelle. Par sa Passion et sa Résurrection, il nous guide et nous éclaire.

Le ciel, par-dessus le toit, si bleu, si calme écrit Verlaine depuis sa prison. Il est cité par François Cassingena, moine à Ligugé, qui poursuit : Dans des règles quasi carcérales, nous pouvons développer un espace de liberté intérieure, de poésie, d’émerveillement… les ressources viendront de notre propre fond… Nous sommes renvoyés à notre dignité humaine, à notre seule hauteur d’hommes.

Je conclus avec le père François comme j’ai commencé avec le pape François. Cela donne des choses bouleversantes et sublimes… Certains vont se découvrir une endurance insoupçonnée, une vue intérieure, redécouvrir une des régions inédites des autres et d’eux-mêmes.

Oui, une certaine humanité stocke le papier WC, oui, les Australiens se tiennent sur l’alcool comme les Russes sur les préservatifs. Mais les Belges applaudissent avec d’autres, les Italiens jouent de la musique sur les balcons comme d’autres…

En ces jours, choisissons de faire pencher la balance du bon côté.

Bonne Semaine Sainte !

Jean Marc,
votre Curé

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