Noël : Une naissance qui est l’épreuve de la foi

MEILLEURS VŒUX À TOUS !

Te Hi, artiste chinois

« Le Verbe est la vraie lumière qui éclaire tout homme » (Jn 1, 9)
Sa venue comble nos attentes, mais en les débordant.
Et l’homme reste l’insatisfait. Et Dieu toujours attendu.
Cultivons notre désir tout au long de l’an nouveau !

Homélie de la messe du jour de Noël. Theux 25-12-2019

« Le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous. »
Il y eut un premier Noël : Dieu est venu nous visiter, il est passé parmi nous, puis il s’en est retourné. Du passage de Jésus parmi nous, que reste-t-il ?

Ah ! il était attendu, et depuis longtemps. On connaissait les signes de sa venue. On savait l’envergure de son Règne : justice et paix, amour et vérité. « On ne lèvera plus l’épée nation contre nation. On ne s’entraînera plus pour la guerre. » Voilà vingt siècles qu’il est passé parmi nous. Et toujours, les hommes s’entraînent pour la guerre. La visite de Dieu parmi les hommes a-t-elle changé la figure de ce monde ?

Mais alors, que fêtons-nous à Noël ? Quel événement célébrons-nous ?

Une naissance, bien sûr. Mais une naissance qui est épreuve pour la foi. Une naissance, celle de Jésus et du monde nouveau. Mais cette naissance, si elle inaugure la venue du Sauveur, n’a pas accompli le salut du monde. Et nous restons sur notre faim.

Cette naissance est une épreuve pour la foi. Comment reconnaître, en cet enfant fragile et démuni, l’Emmanuel, Dieu-avec-nous ? Comment reconnaître, dans cet homme échouant sur une croix, le Sauveur ?
Et le Royaume, dont il proclamait la venue, où est-il ? Encore aujourd’hui, ils sont légion les aveugles, les sourds, les boiteux dont il proclamait la guérison.

Épreuve pour la foi qui confesse que cet enfant de Bethléem, ce charpentier de Nazareth, ce crucifié de Jérusalem, est Fils de Dieu et Dieu même. Mais Dieu est-il démuni comme un enfant, humble comme un charpentier, brisé comme un torturé, faible et fragile comme un humain ?

Épreuve pour la foi que l’impuissance du Messie, et donc de Dieu. Pourquoi Dieu nous fait-il attendre ? Pourquoi n’agit-il pas tout de suite pour guérir l’homme à tout jamais ? Pourquoi ne fait-il pas, dès maintenant, habiter le loup avec l’agneau, la vache avec l’ourse et l’enfant avec le cobra ?

Épreuve pour la foi que cette naissance.
Il y va du cœur de notre credo avec l’incarnation que nous célébrons à Noël.
Mais qu’est-ce donc que l’incarnation ? Dieu qui se substitue à l’homme et aux lents cheminements qui le font devenir ce qu’il est ? Dieu qui accomplit, seul et d’un coup, les promesses ? Mais alors, l’incarnation serait la disparition de l’homme.

Noël, avec la naissance de cet enfant, nous révèle que l’incarnation, c’est le mouvement par lequel Dieu inscrit son agir, et son être même, dans l’épaisseur de notre chair et les obscurs déploiements du temps. L’incarnation, c’est le patient consentement de Dieu au temps, que signifie cet enfant qui vient de naître après une attente de neuf mois. Dans notre volonté de gagner du temps à tout prix, nous oublions que l’avenir se nourrit de lentes fécondations, que la vie, l’amour, les enfants, la foi grandissent pas à pas, en un lent mûrissement.

Voilà ce que Noël vient nous rappeler : Dieu inscrit son agir dans le temps. Sa venue comble nos attentes, mais en les débordant et nous laissant insatisfaits. Et Dieu toujours attendu.

Le Rabbi Schlomo, un grand maître juif, racontait : « Sachant d’après le Talmud qu’il suffit que tous les hommes se repentent pour que le Messie arrive, je décidai d’agir sur eux. J’étais sûr d’y parvenir. Mais où commencer ? Le monde est si vaste. Je commencerai par le pays que je connais le mieux ; le mien. Mais il est énorme, mon pays. Bon, je commencerai dans la ville qui m’est la plus proche ; la mienne. Mais elle est grande, ma ville, je la connais à peine. Soit, je commencerai dans ma rue. Non : ma maison. Non : ma famille. Bon, je commencerai avec moi-même. »

La vraie crèche où vient naître le Messie, c’est notre cœur. C’est là que le monde nouveau commence. Joyeux Noël !

Abbé Marcel Villers

4ème dimanche de l’Avent Va vers le pays que je te montrerai (2)

« La vierge concevra et mettra au monde un fils auquel on donnera le nom d’Emmanuel. »
Dieu accomplit sa promesse mais par une voie déconcertante. Déconcertante pour nous, bien sûr. Mais surtout pour Marie, dont on se souvient de la question posée à l’Ange : « comment cela peut-il se faire ? »
Et déconcertante tout autant pour Joseph, à qui elle est promise. Leur projet de couple est anéanti.
Que va faire Joseph devant cet inattendu ?

Comme Joseph, nous sommes invités à faire des choix, à prendre nos responsabilités. Nos projets, nos rêves, nos réalisations, Dieu vient les bouleverser. Dans l’Église, il y a des choix à faire pour vivre le présent sans nous laisser écraser par le passé. Cessons de gémir sur cette Église qui hier, au temps de notre enfance ou de notre jeunesse, était si florissante.
Nous en avons plein les yeux et les souvenirs de cette vitalité et des nombreuses activités que notre paroisse proposait : le Cercle, ses réunions, ses fêtes, le théâtre, le Patronage ; les processions de la Fête-Dieu ; les offices religieux solennels et les assemblées nombreuses ; les conférences et les prédicateurs étrangers ; la Ligue du Sacré-Cœur et le Tiers-Ordre ; les mouvements de jeunesse et les groupes de catéchisme. Et puis, il y avait un curé et un vicaire à Theux, un curé dans chacune des huit paroisses qui forment aujourd’hui l’unité pastorale.

Tout cela, c’était hier, et comme notre enfance, ce temps-là ne reviendra pas. Il faut faire son deuil, écrit notre évêque dans la lettre qu’il nous adresse. Méditons l’exemple de saint Joseph. Il doit faire son deuil d’une vie de couple ordinaire, faire son deuil d’un mariage traditionnel. Voilà que Dieu bouleverse ses projets et ses rêves.
En juif pieux, en homme juste, il ne se reconnaît pas digne d’approcher Marie, encore moins de « prendre chez lui Marie » et le fils qu’elle porte. Joseph ne peut que s’effacer, se retirer devant l’œuvre de Dieu. D’où sa décision : se séparer de Marie, laisser ainsi tout le champ à Dieu. « Il avait formé ce projet lorsque l’Ange du Seigneur lui apparut en songe et lui dit ; Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse. » Contrairement à la décision que Joseph avait prise, Dieu lui demande d’entrer dans la réalisation de son dessein.
Pour la deuxième fois, Joseph doit renoncer à son projet, à sa décision, à sa vision des choses.

« Il y a des choses à ne plus faire, des habitudes à abandonner », écrit notre évêque. Mais « on a toujours fait ainsi », diront certains. Peut-être, mais ce n’est pas une ligne de conduite pour un chrétien. L’histoire des hommes comme l’histoire sainte n’est pas faite de répétitions, de routines. Même la nature aujourd’hui n’est plus régie par des cycles qui reviennent inchangés chaque année. Ne disons-nous pas souvent : « Il n’y a plus de saisons » ! Le retour perpétuel des mêmes choses, le dicton « Rien de nouveau sous le soleil », ne sont plus pertinents pour comprendre le monde qui est désormais le nôtre, changeant, surprenant et tout autant décevant et décourageant les meilleurs. En tous cas, cela nous enseigne qu’il n’y a pas de fatalité qui pèse sur nous et nous entraînerait vers la résignation ou la nostalgie d’un temps répétitif qui n’est pas.

Nous vivons et sommes les acteurs d’une histoire dont les événements nous provoquent à la responsabilité, à prendre le présent et l’avenir en mains. Comme pour Joseph, l’événement bouleverse nos plans, notre routine. Bref, nous fait sortir de notre sommeil. Il faut réagir, écrit notre évêque, et « regarder avec des yeux attentifs et bien ouverts les lieux et les activités qu’il convient d’abandonner pour se consacrer vraiment aux nouveaux appels et besoins. »

Mais concrètement, quels sont les appels nouveaux qui sont à honorer ? Que signifie faire Église aujourd’hui, ici à Theux, avec les moyens qui sont les nôtres ?
Vous avez la parole. Dites au CUP, au curé, à l’évêque comment vous voyez les choses. L’avenir est entre vos mains.

Abbé Marcel Villers

3ème dimanche de l’Avent « Va vers le pays que je te montrerai ! »

« Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ? »

Voilà longtemps qu’Israël attend le Messie. Cette attente rejoint un désir partagé par l’humanité entière. Tous, en effet, nous aspirons à un monde neuf. Les hommes savent qu’ils sont incapables de changer le monde par leurs seules forces. C’est pourquoi ils attendent la venue d’un « Messie », un Sauveur capable de transformer l’homme et faire surgir un monde neuf. « Alors, dit le prophète, s’ouvriront les yeux des aveugles et les oreilles des sourds. Le boiteux bondira comme un cerf et la bouche du muet criera de joie. » Telle sera l’œuvre du Messie.
Et voilà Jésus. Il se présente comme le Messie. Mais Jean-Baptiste doute : ce Jésus ne ressemble pas au Messie promis. Alors vient la question qui est aussi la nôtre : « Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ? »

Au fait, qu’attendons-nous ? Qu’espérons-nous ? Comment nous situons-nous face à demain, à l’avenir ?
Sommes-nous de ceux qui ne voient que catastrophe, climatique ou autre, à l’horizon ? Faisons-nous partie de ces déclinistes pour qui tout va mal : les affaires en panne, le pays sans gouvernement, les gens mécontents, en chômage, en grève, dans les rues ou en burn-out.
Et nous, fidèles à l’Église malgré tout, nous nous laissons souvent aller au pessimisme : de moins en moins nombreux le dimanche, nos prêtres en voie de disparition, des paroisses à la limite de la faillite financière comme en manque de personnes-ressources pour la catéchèse ou les mouvements. Bref, sommes-nous encore en mesure d’attendre, c’est-à-dire d’espérer ? Sinon que peut signifier le temps de l’Avent qui est celui du désir, de l’attente d’un monde neuf, le temps de l’espérance et de la joie ?
Qu’attendons-nous ? Qu’espérons-nous ? Encore.

Peut-être, voulons-nous que les choses changent plus vite, que le monde neuf apparaisse enfin et que notre Église retrouve sa vigueur et la jeunesse ? Méditons le conseil de saint Jacques que nous venons d’entendre : « Prenez patience et tenez ferme car la venue du Seigneur est proche. «
Prendre patience, oui, mais sans lâcher l’espérance : « Tenez ferme », dit saint Jacques. « Ne gémissez pas ! » Il faut accepter de traverser l’épreuve du désir. Voir un autre monde, connaître des temps nouveaux, voilà l’objet de notre désir. Mais pas de miracle, de baguette magique, d’homme providentiel pour faire advenir tout cela d’un coup. Il y faut le temps.
« Prenez patience et tenez ferme. Ne gémissez pas ! » répète saint Jacques.

Notre évêque lui emboîte le pas en quelque sorte. Il nous adresse une lettre intitulée : « Va vers le pays que je te montrerai ! » Ainsi dit Dieu à Abraham qui reçoit mission de découvrir un nouveau pays.
A nous aussi, le Seigneur demande d’aller vers des terres inconnues.
« Je voudrais, écrit notre évêque, vous inviter à regarder avec des yeux nouveaux notre Église et notre monde. Il y a des choses à ne plus faire, des habitudes à abandonner, des tris à effectuer pour se consacrer vraiment aux nouveaux appels et besoins. Découvrez avec émerveillement là où le Seigneur nous appelle pour rendre ce monde plus humain, plus fraternel, plus habitable. Le pape nous invite à une constante sortie vers les périphéries de notre propre territoire, là où manquent la lumière et la vie. »

Cet appel à sortir constitue une consigne pour notre marche vers Noël car c’est à la périphérie qu’aujourd’hui le Seigneur vient, comme l’enfant de Bethléem est venu hier.

« Va ! Quitte ton pays, tes idées mortes et les vieux préjugés. Va toujours plus loin vers ce pays qui t’appelle là-bas.
Je vous invite à lire la lettre de notre évêque qui nous aide à préparer Noël et l’année nouvelle

Abbé Marcel Villers
Homélie du 3e dimanche de l’Avent à Theux le 15/12/2019

Le Christ : roi et serviteur ? – Homélie pour la fête du Christ-Roi (année C)

Lors de la messe du 24 novembre 2019, fête du Christ-Roi, notre Unité pastorale a (notamment) fêté et remercié le père Norbert Maréchal pour son service dévoué, joyeux et généreux pendant plusieurs années. Il nous a fait bénéficier d’une homélie savoureuse, que nous vous partageons ici.

Chers frères et sœurs,

Roi : mot piégé (même si le Roi, en Belgique, a de la tenue et peu de pouvoir). Mais remontent les vieux clichés du pouvoir, de l’autorité, d’être le premier et servi, tous les salamalecs et passe-droits pour le chef… ça nous donne des allergies et, en même temps, des envies, jusqu’à la jalousie.

Dans nos relations les plus quotidiennes, joue souvent la compétition pour le pouvoir, la place, le commandement, avoir raison, le leadership, même dans nos rôles de parents ou d’époux (mais comme la femme veut avoir le dernier mot… étincelles !) ?

Jésus avait déjà mis en garde : Ne vous faites pas appeler (= ne vous comportez pas comme) Maître. Au contraire, le plus grand sera votre serviteur… et toujours, il a côtoyé et privilégié les petits et les exclus.

Aujourd’hui, on nous propose un crucifié comme Roi, c’est apparemment le triomphe de l’idéologie bien-pensante, celle du plus fort. Et c’est vrai que la Croix est scandale pour les Juifs et folie pour les païens.

Jésus refuse d’utiliser son « pouvoir » pour lui-même, de se sauver lui-même, mais ce « pouvoir » du salut a toujours été pour les autres, pour les rejetés.

Jésus s’est mis aussi au rang des derniers, des pires malfaiteurs : il partage leur condition et condamnation. Il est passé par toutes nos désolations, il est proche de toutes nos souffrances physiques et morales, il est Roi avec nous. Et continue, puisque ressuscité à nous accompagner en tout ce que nous vivons. Rien ne peut le rebuter puisque lui-même est passé par là ; au contraire, il a un « faible » pour nous !

D’un tel Roi, tout le monde s’est moqué et l’a enfoncé, même un des malfaiteurs qui subissait le même sort : il nous faut reconnaître Jésus pour ce qu’il est vraiment, reconnaître dans sa Croix le signe d’un amour total, ce n’est évident pour personne. Aimer jusque là nous dérange, on préfère ne pas voir, ou l’on contre-attaque…

Comme le bon larron, il faut commencer par se décentrer de soi, après avoir reconnu sa propre pauvreté : humilité, confiance, oser croire que l’autre a un cœur fait pour aimer, oser croire que Dieu peut toujours pardonner…

Alors, Jésus peut l’introduire vraiment dans la Vie, dans son Royaume de Vie : Jésus est Roi-Serviteur, en s’effaçant pour nous faire avancer. Il est Roi, non pour lui-même, mais pour nous faire accéder à la Vie e à la Gloire même de Dieu.

Il est Roi, premier-né, c’est-à-dire d’une série infinie : il nous veut avec lui dans la plénitude. Il est tête de l’Église : ça veut dire que l’Église a aussi à prendre ses manières : donc à quitter son triomphalisme pour se faire servante, œuvrant humblement pour le Royaume de Dieu (dans la justice, la paix, le partage, le souci des petits). Royaume, non de force, mais de cœur, où la seule loi est l’Amour. Tous, nous y avons notre part.

Comme adultes, nous avons souvent une autorité : est-elle à l’image du Christ, venu pour servir ?

Père Norbert Maréchal