Sainte et priante nouvelle année liturgique !

Veillez

Redressez-vous, relevez la tête,
tenez-vous sur vos gardes, restez éveillés et priez en tout temps !

Homélie de l’abbé Marcel Villers
pour le 1er dimanche de l’Avent (Lc 21,25-28.34-36, année C)

Theux et Polleur, dimanche 28 novembre 2015

Il y a des moments où l’actualité rejoint l’évangile.
Les hommes mourront de peur dans la crainte des malheurs arrivant sur le monde.

Ces derniers temps, nous avons été plongés dans la peur : la guerre, le terrorisme, les attentats, la mort absurde ne sont plus le destin de peuples lointains, mais sont devenus proches de nous, nous ont rattrapés.

La parole de Jésus est juste.

Ces jours nous tombent dessus à l’improviste et ces événements comme un filet s’abattent sur nous et nous prennent dans leurs mailles.
Alors, on se retrouve abrutis, choqués.
On n’y voit plus clair et on a l’impression d’être pris dans un piège.
Sans pouvoir se défendre ou s’enfuir, on est réduit au fatalisme.

Que voulez-vous qu’on fasse ? Que ce soit ici ou là, ils peuvent nous avoir.

Sur terre, les nations seront affolées. Les hommes mourront de peur dans la crainte des malheurs arrivant sur le monde.

Mais Jésus ajoute : Alors on verra le Fils de l’homme venir.

Venue soudaine, inattendue, au moment où on s’y attend le moins, au moment où il n’y a plus rien à attendre, alors il vient.
Alors que tout s’écroule, que tout tombe et s’abat comme un château de cartes, Il vient.
Comment comprendre ? Quels rapports entre catastrophe et venue du Seigneur ? Lire la suite « Sainte et priante nouvelle année liturgique ! »

Le Royaume de Dieu est plus vaste que l’Église visible !

NousetLesAutres

Homélie de l’abbé Marcel Villers
pour le 26ème dimanche ordinaire (année B)
Mc 9, 38-48, 27 septembre 2015

Curieuse la réaction de Jean !
Ne devrait-il pas se réjouir de voir Dieu agir en-dehors du groupe des apôtres ?
Eh bien ! non.

Pour lui, il est impensable que Dieu soit à l’œuvre dans cet homme qui soulage les malades, expulse les démons.

Mais pourquoi cela ?

Tout simplement parce que cet homme n’est pas du groupe des disciples officiels et parce que Dieu ne peut agir en-dehors de ses élus.

Étonnant, n’est-ce pas ?

Et pourtant, hors de l’Église, pas de salut, a-t-on longtemps répété.

On concevait alors l’humanité comme séparée en deux blocs, en deux ensembles quasi étanches : d’une part, les chrétiens qui avaient l’espoir d’être sauvés et d’arriver au paradis; d’autre part, tout le reste des hommes : païens, infidèles qui, eux, n’avaient aucune chance de salut.

Dans ces conditions, on identifiait l’Église et le Royaume de Dieu.

On réagissait comme l’apôtre Jean lorsqu’il disait : Maître, nous avons vu quelqu’un expulser des démons en ton nom ; nous l’en avons empêché, car il n’est pas de ceux qui nous suivent.

Aujourd’hui, la situation est presque à l’exact opposé.

Au Concile Vatican II, l’Église a publiquement et solennellement reconnu le droit de tout homme à la liberté religieuse et de conviction.

Ce qui implique que nul État ne doit violer l’intimité des consciences, dans un sens ou l’autre, et il en est de même pour l’Église qui doit respecter toutes les convictions et religions plutôt que de les considérer comme des erreurs. C’est que, selon le Concile, tous les hommes reçoivent dans leur vie la lumière de la grâce qui peut les sauver.

Ainsi, la chance de notre temps est d’avoir appris que le Royaume de Dieu est plus vaste que l’Église visible, d’avoir découvert qu’il en va de l’Église comme d’un iceberg dont la partie invisible est beaucoup plus importante que sa partie visible car Dieu veut que tous les hommes soient sauvés.

Tout cela demande un profond changement de nos mentalités et de nos comportements. Il n’est pas facile d’admettre et de vivre une telle attitude d’ouverture, de non-repli sur soi et son horizon familier.

Mais n’est-ce pas cela être catholique au sens fort du mot : ouvert à tous, ouvert à l’universel ? Nous perdons notre identité de chrétiens quand nous nous refermons sur nous-mêmes.

Celui qui n’est pas contre nous est pour nous.

Il n’est pas facile de reconnaître, comme nous y invite Jésus, que des hommes qui n’appartiennent pas à notre Église ou ne partagent pas notre religion soient aussi des « instruments » de Dieu. Mais nous ne sommes pas propriétaires de l’Esprit saint, ni de la grâce.

On se rend bien compte de la conversion que cela représente quand aujourd’hui on entend encore dire à propos des réfugiés : Oui, s’ils sont chrétiens, sous-entendu, pas les musulmans. Il faut les en empêcher, car ils ne sont pas de ceux qui nous suivent, disait l’apôtre Jean.

Pas facile de changer une mentalité, surtout quand elle est marquée par la peur de perdre, se croit menacée. Pourquoi avons-nous peur ? Parce que nous n’avons plus confiance en nous-mêmes, que nous ne sommes plus assurés de notre identité.

Mais s’enfermer dans un « entre soi », c’est oublier que, pour qu’il y ait un « nous » dans une société, il importe qu’il y ait des « autres ». On ne construit pas une communauté avec les mêmes, sur l’homogène, l’absence de différences. L’Église ne peut être une secte, un clan, un ghetto.

Il est encore plus difficile d’aller plus loin et d’admettre que ce qui est vrai, bon et saint chez les Juifs, les Musulmans, les Bouddhistes peut être message de Dieu pour nous aussi, qu’ils ont à nous en apprendre sur Dieu.

Pour nous, Jésus est la voie, la vérité et la vie. Il l’est pour tous, qu’ils s’affichent chrétiens ou non.

Mais cela ne signifie pas que Jésus soit notre propriété exclusive. Il appartient à tout homme.

Celui qui n’est pas contre nous est pour nous.

Voilà qui en dit long sur la nouvelle manière d’aborder la mission des chrétiens dans le monde. Le mois d’octobre, mois des missions, nous y invite chaque année.

Abbé Marcel Villers

Effata, ouvre-toi! Tout ce qu’Il fait est admirable!

Ouvre-toi

Homélie de l’abbé Marcel Villers
pour le 23ème dimanche ordinaire (Mc 7,31-37)
Theux, le 6 septembre 2015

Tout ce qu’il fait est admirable. 

C’est l’enthousiasme.
Jésus avait pourtant recommandé le silence, la discrétion, mais la foule fait corps avec l’homme délivré et s’unit à son action de grâces.

Tout ce qu’il fait est admirable ! Seigneur, que tes œuvres sont belles !

C’est le cri de joie de l’homme devant la création, la première, celle de la Genèse.
Aujourd’hui, l’acclamation s’élève vers Jésus en qui tout l’univers et l’homme sont recréés, restaurés, ressuscités.

Alors Jésus leur recommanda de n’en rien dire à personne.

Pourquoi cette consigne de silence ?
Faudrait-il mettre sourdine à notre joie, à notre action de grâces ?

Bien sûr, tout ce que Dieu a fait est bon et beau.
Mais il y a les aveugles, les estropiés, le désert et la soif, les sourds et les muets.
Tous manifestent que ce monde est blessé, malade.
Que dire d’autre quand on voit ce flot incessant de réfugiés, d’hommes, de femmes, d’enfants, fuyant la guerre, les dictatures ?
Que dire d’autre quand, devant eux, on ferme nos portes, on élève des clôtures et des murs ?
Que d’hommes, aujourd’hui comme hier, écrasent leurs frères ou les enferment dans le malheur.

La création n’est pas achevée.
Dieu poursuit son œuvre, jour après jour.
En Jésus, il est à l’œuvre dans notre histoire et ce qu’il y fait est admirable.

Et que fait-il ?

D’abord, il ouvre les oreilles.
Et l’homme, guéri, peut alors entendre, et donc comprendre la Bonne Nouvelle qui est celle d’un Dieu qui fait justice aux opprimés, donne le pain aux affamés, protège l’émigré, soutient la veuve et l’orphelin, comme disait le psaume.

Ce n’est pas évident que Dieu soit ainsi.

Il faut que nos oreilles et notre cœur soient assez ouverts pour que nous soyons capables de reconnaître, comme l’affirme saint Jacques, que Dieu choisit ceux qui sont pauvres aux yeux du monde.

Ensuite, Jésus délie la langue des hommes pour qu’ils puissent parler correctement, c’est-à-dire à la fois proclamer les merveilles de Dieu et dire au dernier des derniers : Prends ce siège, et installe-toi bien. 

Qui donc alors est ce sourd-muet dont parle l’Évangile ?

Vous et moi, et tous ceux à qui nous ressemblons.

Et ils sont nombreux les sourds, les muets, les aveugles.
Nous aussi avons besoin d’être guéris.
Qui d’entre nous, en effet, si arrivent dans notre assemblée un homme aux vêtements rutilants et un pauvre aux vêtements sales, qui se tournera vers le pauvre pour lui dire : Viens et installe-toi bien ?

Qui, aujourd’hui, en Europe, se tourne vers les étrangers qui y cherchent refuge et leur dit : Viens et installe-toi bien ? Lire la suite « Effata, ouvre-toi! Tout ce qu’Il fait est admirable! »

Le Pain de Vie, signe de miséricorde

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Homélie de l’abbé Jean-Marc Ista
pour le 19ème dimanche du temps ordinaire,
Theux, le 9 août 2015

1ère lecture : 1 Rois 19,4-8 + Psaume 33 + 2ème lecture : Éphésiens 4,30- 5,2
+ Évangile : Jean 6,41-51

Miséricorde… Bienveillance

Dans les textes bibliques de ce dimanche, il y a un FIL ROUGE qui conditionne tout. C’est la miséricorde. Ce mot n’est pas prononcé directement. Mais la miséricorde fait partie de la nature même de Dieu. La première lecture nous parle du prophète Élie qui n’en peut plus d’être poursuivi par l’hostilité de la reine Jézabel. En fuyant dans le désert, il pense échapper à cette femme.

Mais pourrait-il échapper à sa mission de prophète. À quoi bon tant de zèle ? À quoi bon lutter à contre-courant ? Épuisé par tout ce qui lui arrive et plus seul que jamais, il en vient à demander la mort : Seigneur, c’en est trop ! Reprends ma vie. Loin des hommes, il pourra s’endormir et mourir tranquillement.

En cela, il nous représente lorsque la vie se fait trop lourde à porter , la désespérance ou la dépression (qui n’existait pas à l’époque) nous guette. Nous nous retrouvons au fond du trou encore plus bas que nous ne l’aurions imaginé. Alors survient le désir de mort pour avoir la paix…

Toutefois, voici Dieu qui s’approche : il ne fait pas de reproche à Élie. Il laisse bien dormir son serviteur. Puis il lui sert un repas : Lève-toi et mange. Lire la suite « Le Pain de Vie, signe de miséricorde »