Clés pour lire l’évangile de Marc : 32. A sa suite

Clé pour lire l’évangile de Marc

Dans cette série hebdomadaire (parution le mercredi matin), nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Marc. Cette semaine : Mc 1, 16-20.

 32. A sa suite

Venez à ma suite. Je vous ferai devenir pêcheurs d’hommes. (Mc 1,17)

Avec Jésus, les personnages les plus importants dans l’évangile de Marc sont les disciples. Tout au long du récit de Marc, Jésus est toujours accompagné de ses disciples qui forment corps avec lui. L’unique endroit où Jésus est laissé seul, c’est Gethsémani. Seul, Jésus vivra sa passion, les disciples s’étant enfuis. Du moins les hommes, car lorsque Jésus meurt, « il y avait, qui observaient de loin, des femmes qui suivaient Jésus et le servaient quand il était en Galilée. » (15,40-41) Il n’y avait donc pas que des hommes à suivre Jésus, et ses disciples n’étaient pas seulement douze.

Être disciple, c’est accompagner Jésus, marcher à sa suite car il est le chemin, recevoir son enseignement car il est le maître. Bref, être disciple, c’est être avec Jésus, vivre et agir comme lui. Alors, nous deviendrons « pêcheurs d’hommes ». Cette image a souvent pris la forme d’une sorte de prosélytisme, synonyme de gagner des âmes. Elle signifie au contraire que notre style de vie attirera et conduira d’autres hommes à Jésus, tout comme nous avons été « pris » par lui, ainsi que le pêcheur « prend » des poissons.

La pêche

« La pêche est peu pratiquée en Israël. Au temps de Jésus, un commerce florissant se développe autour du lac de Galilée. On y salait du poisson et le mettait en conserve. La vie des pêcheurs est décrite dans les évangiles : ils pêchaient la nuit, à plusieurs bateaux et au filet. Ce n’était pas sans danger en raison des vents qui pouvaient souffler en tempête.

Les pêcheurs utilisaient les hameçons en os ou en fer, mais surtout la pêche se faisait au filet. Il en existait deux sortes : celui qu’on jetait à la main depuis la rive et celui qu’on suspendait entre deux barques, lesté de poids au-dessous et garni de liège au-dessus pour qu’il avance verticalement dans l’eau, entraînant les poissons vers les barques ou les eaux peu profondes. On triait le poisson sur le rivage avant de l’envoyer au marché. » (Le monde de la Bible, 1982, p.238).

Abbé Marcel Villers

Clés pour lire l’évangile de Marc : 31. La mission

Clé pour lire l’évangile de Marc

Dans cette série hebdomadaire (parution le mercredi matin), nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Marc. Cette semaine, nous revenons sur l’envoi en mission : Mc 6, 10-13.

31. La mission

Il leur donnait autorité sur les esprits impurs. (Mc 6,7)

Jésus envoie ses disciples en mission. En quoi consiste-t-elle ? La mission consiste à libérer et guérir. « Ils expulsaient beaucoup de démons et guérissaient de nombreux malades. » (6,13) L’action missionnaire est nécessairement une lutte menée contre ces puissances aliénantes que sont les démons. La foi chrétienne est libération de la peur, peur des démons et de tous ces êtres mystérieux qui peuplent la nature ou prennent possession des humains.

Au pouvoir d’exorciser s’ajoute la mission de guérir. Le christianisme est, en effet, une religion thérapeutique, une religion du salut, autrement dit de la santé, et santé globale. La mission, c’est d’abord des actes qui révèlent le Dieu des chrétiens comme un pouvoir bienfaisant au bénéfice de l’homme, un Dieu philanthrope.

L’onction d’huile

« Ils faisaient des onctions d’huile à de nombreux malades. » (6,13) « L’usage de l’huile d’olive parfumée est fréquent en Orient ; elle est en usage pour les soins de beauté (Ps 45,8-9), comme médicament pour les malades (Mc 6,13) ou onguent pour calmer la douleur (Lc 10, 34), et comme aromate pour ensevelir les morts (Mc 14,3 ; 16,1). Dans la Bible, le roi est sacré. Il est celui qui a reçu l’onction, il est l’oint du Seigneur ou messie (terme transposé de l’hébreu). Les prêtres et les objets du culte sont consacrés par une onction d’huile.
La liturgie chrétienne a conservé cet usage sacré de l’huile pour l’administration des sacrements de baptême, confirmation, ordre et onction des malades. » (CHOURAQUI André, L’univers de la Bible, tome XX, Paris, 1985)

Abbé M. Villers

 

Clés pour lire l’évangile de Marc : 30. Écoutez-le !

Clé pour lire l’évangile de Marc

Dans cette série hebdomadaire (parution le mercredi matin), nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Marc. Cette semaine : Mc 9,2-10 de la fête de la Transfiguration, le 6 août.

30. Écoutez-le !

Jésus leur ordonna de ne raconter à personne ce qu’ils avaient vu.
(Mc 9,9)

Le récit de Marc comporte deux parties : une vision et une audition. Nous regardons, puis nous entendons. Comme pour tout spectacle, les disciples regardent, ils sont à distance et ne savent que dire (9,6). Puis, « survint une nuée qui les couvrit de son ombre » (9,7). Plus de spectacle à contempler, mais une parole à entendre.

« Écoutez-le », dit la voix du Père. Ce qui définit le disciple, ce n’est pas une vision, mais une écoute active. En ayant à l’esprit la double signification de l’écoute : entendre et obéir. Pour la Bible, ce ne sont pas les yeux qui comptent, mais les oreilles. Non pas les images, mais la Parole. La foi ne naît pas de l’image. « Tu ne feras aucune idole, aucune image », précisent les dix commandements (Ex 34,28 ; Dt 4,13).

Le secret messianique

Au début du XXe siècle, le savant allemand Wrede relevait une caractéristique de l’évangile de Marc : les nombreuses injonctions de Jésus intimant le silence sur son identité et son désir d’incognito. Ainsi, « Jésus leur ordonna de ne raconter à personne ce qu’ils avaient vu, avant que le Fils de l’homme soit ressuscité d’entre les morts. » (6,9).

Sur cette base, Wrede a construit la théorie du secret messianique que Marc aurait utilisée pour expliquer « le fait que Jésus n’avait pas été perçu, et encore moins pensé, comme Messie de son vivant, mais seulement après sa mort, suite aux expériences pascales. C’est seulement la foi pascale qui aurait amené à la conviction que Jésus est le Messie. (Camille FOCANT, L’évangile selon Marc, 2011)

Abbé Marcel Villers

Clés pour lire l’évangile de Marc : 28. Des brebis sans berger

Clés pour lire l’évangile de Marc

Dans cette série hebdomadaire (parution le mercredi matin), nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Marc. Cette semaine : Mc 6,30-34 du 16e dimanche du temps ordinaire.

28. Des brebis sans berger

Il fut saisi de compassion envers eux et se mit à les enseigner. (Mc 6,34)

L’enseignement de Jésus, sa parole, est la manifestation de sa « compassion » envers la foule. Curieux remède à la quête de ces gens « sans berger » ! Sauf si on entend par « parole », l’évangile que nous lisons chaque dimanche, cette « bonne nouvelle » qui comble l’homme en quête de sens et de vie.

Comparée à des brebis sans berger, cette foule dispersée et disparate, Jésus la rassemble et la nourrit par la puissance de sa parole qui naît de sa « compassion ». On traduit ainsi un terme qui, en hébreu, désigne le sein maternel, l’utérus, siège de la tendresse d’une mère pour ses enfants. La compassion de Jésus est cette émotion qui monte des profondeurs physiologiques : il est remué aux entrailles devant la souffrance des hommes. Nous est ainsi révélé l’amour maternel de Dieu pour ses enfants.

Brebis, berger et pâturage

La première mission du berger est d’être un rassembleur. Lorsqu’au petit matin, le berger ouvre la porte de l’enclos où les brebis ont passé la nuit, il pousse son cri de ralliement. Aussitôt les brebis se pressent à la porte. Elles ont reconnu sa voix et se rassemblent autour de lui qui va les mener vers les eaux tranquilles et les verts pâturages.

La symbolique biblique est claire : le berger est la figure du roi qui rassemble, dirige et conduit son peuple. Les prophètes ont annoncé un successeur du roi par excellence qu’était David et qui sera pasteur de son peuple à la manière de Dieu lui-même. Ce bon berger tant attendu est le Messie qui prendra soin de toutes ses brebis, particulièrement celles qui sont perdues ou malades. (Ez 34)

S’articulent, dans la figure du berger, celles du roi et du serviteur. Faire paître le troupeau à la manière de Dieu, c’est montrer une immense prévenance pour les brebis les plus faibles, se mettre à leur service, et ainsi être roi. Telle est bien la conception que se fait Jésus du Messie. (Philippe BACQ, Un goût d’Évangile, 2006)

Abbé Marcel Villers