Clés pour lire l’évangile de Luc

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile. Cette semaine, Lc 24, 46-53 de la fête de l’Ascension.

28. Il se sépara d’eux

Il faut que s’accomplisse tout ce qui a été écrit à mon sujet (Lc 24, 44).

Nous sommes à la fin de l’évangile de Luc. L’événement de l’Ascension se déroule le soir du jour de Pâques manifestant ainsi que la résurrection de Jésus ne peut être séparée de son entrée dans la gloire de Dieu. Il s’agit d’un seul mystère exprimé par deux images : sortie du tombeau et montée au ciel.

« La conversion sera proclamée en son nom pour le pardon des péchés à toutes les nations. A vous d’en être les témoins. » (24, 47-48) Telle est désormais la mission des apôtres et de l’Église à travers les siècles : proclamer le salut obtenu par le Christ. Ainsi ce que les Écritures anciennes annonçaient est arrivé : Dieu est pardon. Cette bonne nouvelle est destinée à tout homme et rend universelle la mission de l’Église.

Monter au ciel

« Énoch, Élie et Moïse sont censés avoir bénéficié d’une ascension. Comme on ignorait le lieu de leur sépulture, il était aisé de recourir à ces légendes pour justifier cette absence de tombeau. Mais cette concession est largement compensée par la spiritualisation que la Bible leur impose : ces hommes n’ont pu monter au ciel qu’en raison de leur justice, et par une initiative de Dieu qui les a enlevés ; leur séjour aux cieux est d’ailleurs provisoire car ils doivent redescendre sur terre pour achever leur vie et pour annoncer la proximité des derniers temps.

Ainsi le Christ est enlevé à la manière d’Énoch et d’Élisée ; comme pour ces derniers, l’enlèvement du Seigneur est provisoire : il reviendra un jour accomplir les derniers temps… Mais on eût tôt fait de dépasser cette imagerie trop matérielle en estimant que l’ascension est la réplique normale à l’humiliation de la croix ; elle réalise la loi fondamentale du mystère pascal : toute mort conduit à la gloire. » (Missel de l’Assemblée chrétienne, Bruges, 1964) Autrement dit, pas de différence entre résurrection et ascension qui sont deux expressions du même mystère.

Abbé Marcel Villers

Clés pour lire l’évangile de Luc

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile. Cette semaine, nous poursuivons la lecture continue de Luc : Lc 7, 11-17.

27. Dieu a visité son peuple

Je te l’ordonne, lève-toi. Alors le mort se redressa. (Lc 7, 15)

C’est un convoi funèbre que rencontrent Jésus entouré de ses disciples. Le cortège du Seigneur, le cortège du Vivant, rencontre celui de la mort. Cette veuve qui porte en terre son fils unique représente le cortège immense de toutes les misères de l’humanité.

« Voyant cette femme, le Seigneur fut saisi de compassion pour elle et lui dit : Ne pleure pas. » (7, 13) Devant cette détresse, immédiatement, Jésus est saisi de pitié. Il est ému jusqu’aux entrailles et pris d’une immense compassion pour la douleur de la veuve.Toute la vie de Jésus se résume dans cet amour et sa parole efficace : « Jeune homme, je te l’ordonne, lève-toi. » (7,14) Aussitôt, « le mort se redressa et se mit à parler. » (7,15)

Alors tous rendent gloire à Dieu parce que « Dieu a visité son peuple » (7, 16). Voilà comment les contemporains de Jésus comprenaient ses gestes et ses paroles, comme une visite du Seigneur lui-même.

Le vocabulaire de la résurrection 

« Les verbes que nous traduisons solennellement par « ressusciter » renvoient en grec à des actions ordinaires : se lever, se réveiller, se mettre debout. L’ange Gabriel en use avec Joseph : Lève-toi, prends l’enfant et sa mère (Mt 2, 13). Jésus, avec le paralytique : Lève-toi, prends ton brancard et marche (Mc 2, 9). Tenir sur ses deux jambes, quoi de plus banal ? Seul un ex-paralytique peut nous rappeler que c’est un privilège. Et un privilège redoublé par le fait d’y ajouter ses bras et d’être passé de grabataire à brancardier. Car le lit qui naguère le transportait, l’ancien paralytique le transporte à présent. » (Fabrice HADJADJ, Résurrection, mode d’emploi, 2016).

Abbé Marcel Villers

Clés pour lire l’évangile de Luc

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile. Cette semaine, nous reprenons la lecture continue de Luc : Lc 7, 1-10.

26. Jésus en admiration

Dis une parole, et que mon serviteur soit guéri ! (Lc 7,7) 

Jésus ne peut qu’admirer la foi de ce centurion, un païen méprisé par les Juifs. Il croit en Jésus sur parole. Pas besoin que ce dernier se déplace pour guérir, qu’il dise seulement un mot et le serviteur sera guéri. Sa parole est efficace comme celle de l’officier qui commande à ses hommes et ils obéissent. « J’ai des soldats sous mes ordres ; à l’un, je dis : « Va », et il va. » (7,8) De même, « Dis une parole, et que mon serviteur soit guéri ! » (7,7) Alors, Jésus s’exclame : « Même en Israël, je n’ai pas trouvé une telle foi ! » (7,9)

Comme nous, les destinataires de l’évangile de Luc n’ont pas connu Jésus selon la chair. Reste sa parole, une parole qui peut guérir. Aujourd’hui, le Seigneur nous visite par sa parole. C’est ce que Luc veut enseigner à ses lecteurs qui sont, comme le centurion, des païens d’origine attirés par le judaïsme et qui ont trouvé leur bien dans la foi chrétienne. C’est avec eux qu’avant de communier, nous prions : « Seigneur, je ne suis pas digne de te recevoir ; mais dis seulement une parole et je serai guéri. »

Juifs et païens

Le centurion est peut-être romain ou issu de Syrie et engagé dans l’armée romaine. De toute façon, il n’est pas Juif ; il est donc païen car on ne peut être que l’un ou l’autre. Mais une troisième catégorie se dessine alors chez les Juifs hellénisés, celle des « craignant-Dieu ». Ce sont des païens attirés par la religion juive, mais qui ne passent pas de fait au judaïsme. Le centurion est dans ce cas. Au dire des notables juifs, ce soldat « aime notre nation, c’est lui qui nous a construit la synagogue. » (7,5)

Le centurion connaît les usages et les interdits que la Loi juive impose. Ainsi il sait qu’un Juif ne peut entrer en contact et encore moins dans la maison d’un païen au risque de se rendre impur. C’est pourquoi il ne vient pas lui-même trouver Jésus, il envoie des notables intercéder en sa faveur. Ensuite, il ne lui demande pas d’entrer dans sa maison, mais de guérir à distance, sans devoir se souiller.

Abbé Marcel Villers

Clés pour lire l’évangile de Luc : 19. Le Père prodigue

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Luc. Cette semaine, Lc 15,1-3.11-32 du 4ème dimanche du carême.

Mon fils était mort et il est revenu à la vie. Et ils commencèrent à festoyer (Lc 15,24)

« Comme il était encore loin, son père l’aperçut et fut saisi de compassion ; il courut se jeter à son cou et le couvrit de baisers » (15, 20). Quel retournement dans notre conception de Dieu ! Dieu nous aime assez pour nous attendre tous les jours sur la route de notre vie. Le premier, il sort de la maison pour venir au-devant de l’homme. Dieu ne veut pas l’humiliation du pécheur. Pas de discours moralisateur, ni d’examen de conscience. « Il le couvrit de baisers » (15,20). Et « vite », le fils retrouve tous ses privilèges et partage à nouveau la table familiale avec son père.

C’est ce que ne peut supporter le fils aîné. Comme les pharisiens et les scribes sont scandalisés (15,1-2) par Jésus qui s’invite chez les pécheurs, partage leur table sans exiger d’eux ni aveu ni pénitence. Le fils aîné n’a pas tort à l’intérieur de sa logique, mais ce qui lui échappe, c’est le cœur de son père. « Il fallait festoyer et se réjouir ; car ton frère que voilà était perdu et il est retrouvé » (15,32).

L’interdit du porc

« Les porcs étaient élevés dans tout le bassin méditerranéen depuis la plus haute Antiquité. Le cochon est une bête qui inspire le dégoût. Les Égyptiens avaient une sainte horreur de cet animal (Hérodote 2,47). Dans la Bible, le porc est toujours objet de répulsion (Lv 11,7-8 ; Is 66,3) car il n’est permis de manger que “tout animal qui a la corne divisée et le pied fourchu, et qui rumine” (Lv 11, 3). Or, le porc ne rumine pas. Pour un juif, manger du porc, c’est renier la foi d’Israël (2 M 6,18).

Certes, les récits des évangiles (Mc 5,11 ; Lc 15,15) indiquent que des troupeaux de porcs étaient élevés dans les régions avoisinant la Palestine à l’époque hellénistique et romaine ; mais le fait que les esprits impurs sont évacués des hommes par l’intermédiaire des cochons montrent bien ce qu’on ressentait à l’égard de ces animaux. » (André CHOURAQUI, Dictionnaire de la Bible et des religions du livre, 1985) On sait que les musulmans ne consomment pas non plus le porc suite à deux versets du Coran (Al-Ma’ida 3 ; Al-Baqara 173).

Abbé Marcel Villers