Clés pour lire l’évangile de Jean : 10. Fils de Joseph de Nazareth

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons cette année fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Jean. Il n’y a pas d’année liturgique centrée sur Jean, comme c’est le cas pour Matthieu, Marc et Luc. Nous ferons donc une lecture continue de Jean en tâchant de faire des liens avec l’année liturgique. Aujourd’hui : Jn 1, 43-50.     

10. Jésus, fils de Joseph, de Nazareth

De Nazareth, peut-il sortir quelque chose de bon ? (Jn 1,46)

« Nous l’avons trouvé » (1,45) dit Philippe à Nathanaël. Ce dernier doute que ce Jésus soit le Messie attendu et annoncé par les Écritures, car le nom de Nazareth en est absent. « Viens et vois » (1,46) lui répond Philippe. Pour reconnaître Jésus, les Écritures ne suffisent pas, elles doivent être confirmées par l’expérience de sa présence. Seule la rencontre lève les doutes et Nathanaël de confesser : « Rabbi, c’est toi le Fils de Dieu ! C’est toi le roi d’Israël ! » (1,49).

Jésus est le lieu où le croyant trouve la demeure à laquelle il aspire ; Jésus est la demeure de Dieu sur la terre. Cette demeure, on la cherche et on y est appelé, on la trouve et on y est trouvé. Telle est la condition du disciple.

Nathanaël

Nathanaël, dont le nom hébreu signifie « Dieu a donné », n’est pas mentionné dans les listes d’apôtres qu’on trouve chez les synoptiques. Certains auteurs ont pensé qu’il s’agissait du surnom d’un des Douze. Nathanaël apparaît deux fois dans l’évangile de Jean, ici et dans le dernier chapitre où on indique qu’il est « de Cana de Galilée » (21,3). Jésus le désigne comme « un véritable Israélite » (1,47), c’est-à-dire, un membre fidèle et authentique du peuple de Dieu, qui rejette toute ruse ou artifice dans son rapport à Dieu. Jésus l’a « vu sous le figuier » (1,50), c’est-à-dire le lieu traditionnel où se tient celui qui lit et étudie la Tora qui constitue le centre de la vie du véritable Israélite. (Jean ZUMSTEIN, L’Évangile selon saint Jean, 2014)

Abbé Marcel Villers

Clés pour lire l’évangile de Matthieu 8. Au bord de la mer

Dans cette série hebdomadaire (parution le mercredi matin), nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Matthieu. Cette semaine : Mt 4, 12-17.

8. Jésus au bord de la mer

Il quitta Nazareth et vint habiter à Capharnaüm. (Mt 4, 13)

Nazareth, c’est le village, la famille, les amis. Jésus quitte tout cela : son pays, sa parenté, ses repères. Pour habiter au bord de la mer, là où l’espace s’ouvre et le multiple se vit. Capharnaüm, route de la mer, Galilée des nations ! Une région considérée comme païenne et idolâtre, peuplée d’étrangers de toutes sortes.

Matthieu sait que Jésus a œuvré en Galilée ; ce fait, il va le charger d’un sens fort qu’il va puiser dans sa méditation du prophète Isaïe (8, 23-9,1). « Galilée des nations ! Le peuple qui habitait dans les ténèbres a vu une grande lumière. » (4, 15-16) C’est l’espoir d’un rassemblement de tout le peuple de Dieu, alors exilé et dispersé, qu’annonce Isaïe en son temps et que Matthieu voit réalisé par Jésus dans cette Galilée, symbole de la destination universelle de la lumière qu’est l’Évangile.

Capharnaüm

« Ville de Galilée sur le lac de Génésareth, Capharnaüm est une ville frontière entre la Galilée d’Hérode Antipas et les territoires (à l’est du lac) de son frère Philippe. La ville possède un bureau de douane ou de péage, des fonctionnaires royaux, une garnison romaine. Jésus en fit le centre de son activité galiléenne. Il y habita tout comme Pierre et André. Il y enseigna à la synagogue et y réalisa de nombreuses guérisons. Mais il maudit la ville pour son incrédulité. Sa localisation a été controversée, mais elle est aujourd’hui située à Tell-Hum, à 4 km à l’ouest de l’embouchure du Jourdain dans le lac. » (CHOURAQUI André, L’univers de la Bible, tome VIII, Paris, 1985) Dans la langue familière, un capharnaüm désigne un lieu où règne la confusion et le désordre, à l’image de la ville multiculturelle et composite de l’époque de Jésus.

Abbé Marcel Villers

Clés pour lire l’évangile de Luc : 11. Nul n’est prophète dans son pays

Clés pour lire l’évangile de Luc

Dans cette série hebdomadaire (parution le mercredi matin), nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Luc. Cette semaine, Lc 4, 21-30 du 4ème dimanche du temps ordinaire.

11. Nul n’est prophète dans son pays

Tous devinrent furieux… ils poussèrent Jésus hors de la ville… pour le précipiter en bas (Lc 4, 28-29)

Dans la petite synagogue d’un obscur village, Nazareth, quelqu’un se lève et ose annoncer qu’il est venu « aujourd’hui » (4,21) le temps du salut. « Oui, proclame Jésus, le Seigneur m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, annoncer aux captifs leur libération, aux aveugles qu’ils retrouveront la vue, remettre en liberté les opprimés » (4,18).

Comment expliquer la fureur des gens de Nazareth ? Elle éclate lorsque Jésus évoque comme modèle de la sienne la mission de deux prophètes. Élie n’a pas été envoyé vers les veuves d’Israël, mais vers une veuve étrangère. Élisée n’a purifié aucun lépreux d’Israël, mais un Syrien : Naaman. « À ces mots, tous devinrent furieux » (4,28). Il y a relation de cause à effet entre la mention de la faveur divine manifestée à des étrangers et la tentative de meurtre sur Jésus. Ce qui est en question, c’est le rapport à l’étranger et la dénationalisation de Dieu.

Dieu n’est la propriété d’aucun peuple, nation, religion. Il est à tous et pour tous car son amour est universel, pour tout humain quel qu’il soit.

La synagogue

« En grec classique, sunagôgé, désigne un rassemblement de gens ; le verbe sunagô exprime l’action de mettre ensemble pour former un tout structuré, d’où son utilisation pour désigner l’assemblée locale du peuple Israël. Le terme synagogue a fini par désigner tant la congrégation juive que son lieu de rassemblement comme le terme « église » (proche de synagogue) désigne aujourd’hui à la fois la communauté et l’édifice où elle se réunit. » (Jean-Pierre PRÉVOST, Nouveau vocabulaire biblique, p. 370). Dans la synagogue, un coffre ou une armoire, l’arche, renferme les rouleaux de l’Écriture devant laquelle les fidèles se réunissent chaque shabbat pour la lecture d’un passage de la Loi (Torah) et un autre des prophètes ; le tout est encadré de prières, notamment les psaumes. Après les lectures, un commentaire ou sermon était prononcé par un rabbin local ou un invité. La synagogue sert aussi d’école et de centre administratif (Le monde de la Bible, 1982).

Abbé Marcel Villers