Clés pour lire l’évangile de Luc : 11. Nul n’est prophète dans son pays

Clés pour lire l’évangile de Luc

Dans cette série hebdomadaire (parution le mercredi matin), nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Luc. Cette semaine, Lc 4, 21-30 du 4ème dimanche du temps ordinaire.

11. Nul n’est prophète dans son pays

Tous devinrent furieux… ils poussèrent Jésus hors de la ville… pour le précipiter en bas (Lc 4, 28-29)

Dans la petite synagogue d’un obscur village, Nazareth, quelqu’un se lève et ose annoncer qu’il est venu « aujourd’hui » (4,21) le temps du salut. « Oui, proclame Jésus, le Seigneur m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, annoncer aux captifs leur libération, aux aveugles qu’ils retrouveront la vue, remettre en liberté les opprimés » (4,18).

Comment expliquer la fureur des gens de Nazareth ? Elle éclate lorsque Jésus évoque comme modèle de la sienne la mission de deux prophètes. Élie n’a pas été envoyé vers les veuves d’Israël, mais vers une veuve étrangère. Élisée n’a purifié aucun lépreux d’Israël, mais un Syrien : Naaman. « À ces mots, tous devinrent furieux » (4,28). Il y a relation de cause à effet entre la mention de la faveur divine manifestée à des étrangers et la tentative de meurtre sur Jésus. Ce qui est en question, c’est le rapport à l’étranger et la dénationalisation de Dieu.

Dieu n’est la propriété d’aucun peuple, nation, religion. Il est à tous et pour tous car son amour est universel, pour tout humain quel qu’il soit.

La synagogue

« En grec classique, sunagôgé, désigne un rassemblement de gens ; le verbe sunagô exprime l’action de mettre ensemble pour former un tout structuré, d’où son utilisation pour désigner l’assemblée locale du peuple Israël. Le terme synagogue a fini par désigner tant la congrégation juive que son lieu de rassemblement comme le terme « église » (proche de synagogue) désigne aujourd’hui à la fois la communauté et l’édifice où elle se réunit. » (Jean-Pierre PRÉVOST, Nouveau vocabulaire biblique, p. 370). Dans la synagogue, un coffre ou une armoire, l’arche, renferme les rouleaux de l’Écriture devant laquelle les fidèles se réunissent chaque shabbat pour la lecture d’un passage de la Loi (Torah) et un autre des prophètes ; le tout est encadré de prières, notamment les psaumes. Après les lectures, un commentaire ou sermon était prononcé par un rabbin local ou un invité. La synagogue sert aussi d’école et de centre administratif (Le monde de la Bible, 1982).

Abbé Marcel Villers

Ils n’ont plus de vin

Homélie de l’abbé Marcel Villers
pour le 2ème dimanche ordinaire C (Jn 2, 1-11)
Theux et Polleur, 20 janvier 2019

C’était à Cana, en Galilée. Il manifesta sa gloire et ses disciples crurent en lui.
Qui est Jésus ? Pourquoi et comment croire en lui, nous ses disciples d’aujourd’hui ?
Tels sont les enjeux de cette page d’évangile qui nous indique le chemin de la foi : discerner les signes faits par Jésus.

Le premier signe ou plutôt le commencement d’une série dont seul le dernier donnera la clé, c’était à Cana, en Galilée. Nous sommes à table, celle de noces. L’objet du signe est le vin, une de ces boissons par lesquelles l’humanité, dans ses fêtes, cherche à dire que les limites qui sont les siennes, et d’abord la mort, ne sont pas sa prison. Le vin ne fait-il pas échapper à une existence terne et plate ? Il réjouit le cœur de l’homme, dit la Bible. Il transporte dans un autre état, dans un ailleurs. Il est comme la promesse d’une vie autre, d’une joie durable.
Cela est d’autant plus évident lors d’une noce. A l’époque, pendant sept jours entiers, c’est la fête, une vie de rêve, abondante et surtout joyeuse, où tout le village se rassemble autour de la même table. Vivre ainsi la fête et les noces, c’est un peu le paradis, la vraie vie.

Or, ce jour-là, on manqua de vin. Et sans vin, la fête est finie et on se retrouve prisonnier de nos limites, de la grisaille du quotidien, de la platitude de nos existences, vides de transcendance, d’élan, de hauteur. Ils n’ont plus de vin, dit la mère de Jésus.
Où trouver cette dimension élevée, spirituelle de l’existence ?
Il y a la religion, ces 6 jarres de pierre pour les purifications rituelles des Juifs. Mais la religion, le culte peut-il combler la soif de sens, élever l’homme ? Cela ne semble plus être le cas aujourd’hui. Nos contemporains cherchent encore mais ailleurs. Ils n’ont plus de vin.

D’un côté, nous avons une noce sans vin comme une humanité sans âme, une fête sans joie. Un peuple d’hommes assoiffés parce que trop coupés de Dieu.
De l’autre côté, voici Jésus et ses disciples portant la Bonne Nouvelle : Qui croit en moi n’aura jamais soif (6,34).
Et c’est la rencontre ! La rencontre entre les deux testaments. Une ancienne alliance sans joie en attente de salut, et la nouvelle porteuse d’un vin de fête. Source de vie éternelle

Ce n’est pas du ritualisme que peut venir le salut. La lettre est morte sans l’Esprit et la loi seule ne peut sauver Remplissez d’eau les jarres, leur dit-il. Les servants les remplirent alors jusqu’au bord (2,7). Quand Dieu donne, c’est toujours à profusion (Rm 5,5).

À Cana, en Galilée, l’Évangile s’ouvre : il est Bonne nouvelle pour tous, pour l’univers entier à qui les disciples le porteront. Puisez et portez-en à tous les peuples, nous commande Jésus. Alors ils goûteront l’eau changée en vin. Et ils s’étonneront : d’où vient ce vin ?
Jésus est le bon vin que Dieu a gardé jusqu’à maintenant. Ce vin, on ne sait pas d’où il vient. Il n’est pas de ce monde. Comme aucun vin connu, avec luxe et largesse, il comble le désir de joie et de vivre de tout homme.
À Cana, en Galilée, ce jour-là, pour la première fois, Jésus fait irruption dans l’histoire des hommes. Il révèle qui il est et quel avenir Dieu nous ouvre.

Cana est, en quelque sorte, le paradigme de toute la vie et de la mission de Jésus.
Avec Jésus est venue l’Heure où Dieu se donne sans mesure à tous les hommes comme le vin est dispensé luxueusement à Cana.
Avec Jésus, l’espérance triomphe de la tristesse, la vie jaillit de la mort, la défaite se transforme en victoire, l’eau est changée en vin. C’est tout le mystère pascal qui est annoncé à Cana. « Heureux les invités aux noces de l’Agneau. »

Abbé Marcel Villers