Le père Guy Gilbert nous fait 10 suggestions pour un bon carême

Dix règles pour un bon Carême

  1. Chaque matin, récite le Notre Père et, chaque soir, le Je vous salue Marie.

2. Cherche dans l’Évangile une petite phrase à méditer toute la semaine.

3. Chaque fois que tu achètes un objet dont tu n’as pas besoin pour vivre, donne quelque chose à un pauvre.

4. Fais chaque jour quelque chose de bien pour quelqu’un avant qu’il ne te le demande.

5. Lorsque quelqu’un te tient un propos désagréable, ne pense pas à lui rendre la pareille. Cela ne rétablit pas l’équilibre. En fait, c’est tomber dans l’engrenage. Alors tais-toi une minute.

6. Si tu zappes depuis un quart d’heure, coupe la télé et prends un livre. Ou parle avec ceux qui t’entourent.

7. Durant le carême, quitte toujours la table avec une petite faim.

8. Pardonne !

9. Si tu as promis d’appeler quelqu’un, de lui rendre visite, fais-le maintenant, prends le temps de le faire pendant le carême.

10. Ne te laisse pas prendre par les publicités qui affichent des réductions. Tu possèdes déjà beaucoup trop.

Guy Gilbert

Cendres et Carême : c’est quoi, au fond ?

Le Carême ? Ce sont 40 jours pour se convertir (= se retourner vers Dieu), prendre conscience à la fois des merveilles de Dieu dans notre vie et de notre difficulté à Lui répondre.

C’est un temps pour… prendre du temps, renforcer notre prière, le partage de nos biens et de notre joie, et le jeûne (de nourriture, d’écrans, de médiocrité, de négativité, …), qui commence le mercredi des cendres.

Mercredi des cendres

On trouve déjà le symbolisme des cendres dans l’Ancien Testament. Il évoque globalement la représentation du péché et la fragilité de l’être. On peut y lire que quand l’homme se recouvre de cendres, c’est qu’il veut montrer à Dieu qu’il reconnaît ses fautes. Par voie de conséquence, il demande à Dieu le pardon de ses péchés : il fait pénitence.

Un symbole de renaissance

Tous, nous faisons l’expérience du péché. Comment s’en dégager ? Jésus nous apprend que nous serons victorieux du péché quand nous aurons appris par l’Évangile à remplacer le feu du mal par le feu de l’Amour. Car le feu qui brûle ce jour détruit d’abord mais, en même temps, ce feu éclaire, réchauffe, réconforte, guide et encourage.

La cendre est appliquée sur le front pour nous appeler plus clairement encore à la conversion, précisément par le chemin de l’humilité. La cendre, c’est ce qui reste quand le feu a détruit la matière dont il s’est emparé. Quand on constate qu’il y a des cendres, c’est qu’apparemment il ne reste plus rien de ce que le feu a détruit. C’est l’image de notre pauvreté. Mais les cendres peuvent aussi fertiliser la terre et la vie peut renaître sous les cendres.

Tout en le marquant, le prêtre dit au fidèle : Convertissez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle. L’évangile de ce jour est un passage de saint Matthieu –chapitre 6, versets 1 à 6 et 16 à 18– qui incite les fidèles à prier et agir, non pas de manière orgueilleuse et ostentatoire, mais dans le secret de leur cœur :

Quand tu fais l’aumône, que ta main gauche ignore ce que te donne ta main droite, afin que ton aumône reste dans le secret ; ton Père voit ce que tu fais en secret.

Quand tu pries, retire-toi au fond de ta maison, ferme la porte, et prie ton Père qui est présent dans le secret.

Quand tu jeûnes, parfume-toi la tête et lave-toi le visage ; ainsi ton jeûne ne sera pas connu des hommes, mais seulement du Père qui est présent dans le secret.

Carême

Le Carême est un temps de préparation de quarante jours à la fête de Pâques, cœur de la foi chrétienne, qui célèbre la résurrection du Christ.

La durée du Carême – quarante jours sans compter les dimanches – fait en particulier référence aux quarante années passées au désert par le peuple d’Israël entre sa sortie d’Égypte et son entrée en terre promise ; elle renvoie aussi aux quarante jours passés par le Christ au désert entre son baptême et le début de sa vie publique. Ce chiffre de quarante symbolise les temps de préparation à de nouveaux commencements.

Un temps de conversion

Au désert, le Christ a mené un combat spirituel dont il est sorti victorieux. À sa suite, il ne s’agit pas de faire des efforts par nos propres forces humaines mais de laisser le Christ nous habiter pour faire sa volonté et nous laisser guider par l’Esprit.

Durant le temps du Carême, nous sommes invités à nous donner des moyens concrets, dans la prière, la pénitence et l’aumône pour nous aider à discerner les priorités de notre vie. Le temps du Carême est un temps autre qui incite à une mise à l’écart pour faire silence et être ainsi réceptif à la Parole de Dieu.

Merci…

Bon et saint Carême à tous !

6ème dimanche ordinaire. La lettre et l’esprit

Mt 5, 17-37. La lettre et l’esprit.

Si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des pharisiens, vous n’entrerez pas dans le Royaume des Cieux.  

Il est certain que pharisiens et scribes appliquaient, et scrupuleusement, la Loi de Dieu. Pas possible de faire encore plus et mieux. Mais alors, que veut dire Jésus quand il nous demande de surpasser scribes et pharisiens ?
La Loi qu’ils appliquent, transmise par Moïse, est la loi de Dieu.
Les juifs l’appellent les 10 paroles ; nous disons les 10 commandements.

Tous nous sommes bien d’accord que l’essentiel de ce que Dieu nous demande, c’est de l’adorer lui seul, de respecter son Nom et son jour, d’honorer nos père et mère, de ne pas tuer, commettre l’adultère, voler, faire un faux témoignage, convoiter les biens d’autrui.
La plupart des sociétés ont adopté ces principes comme bases de la vie en commun. En effet, est-il possible de vivre ensemble sans respecter ces règles fondatrices ? Que deviendrait un pays où l’on pourrait tuer son prochain, le voler, mentir, convoiter la femme et les biens du voisin ?
Il est logique que Jésus appuie de son autorité l’application stricte de ces principes, qualifiés de commandements divins, ce qui leur donne le poids de l’absolu. Je ne suis pas venu, déclare Jésus, pour abolir, mais accomplir.
Il ne cherche pas à mettre fin à la Loi de Moïse, détaillée dans les 10 commandements. Jésus ne retire rien de ces obligations. Je ne suis pas venu pour abolir.
Mais il ajoute : Si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des pharisiens, vous n’entrerez pas dans le Royaume des Cieux.  Surpasser pharisiens et scribes, est-ce ajouter de nouveaux commandements ? Est-ce les appliquer plus strictement ? C’est la tentation de tous les extrémistes, des fanatiques religieux ? Jésus prône-t-il le fanatisme, un légalisme poussé à bout, une fascination pour la Loi ?

Finalement, que vise Jésus ? Discerner la volonté de Dieu. En donnant les commandements, qu’est-ce que Dieu voulait ? Jésus remonte aux origines, à ce premier vouloir de Dieu que les hommes ont tendance à réduire, à limiter à la lettre. Jésus cherche l’esprit, celui de la Loi et de son application.
Je suis venu pour accomplir. Accomplir, c’est d’abord pratiquer, faire ce que la Loi prescrit. Accomplir, c’est aussi la porter à son terme, à son achèvement, déployer tout ce qui est en cause dans chaque commandement. Autrement dit, découvrir la racine, l’intention première de Dieu, sa volonté profonde qui se cache dans chaque commandement. Il s’agit d’identifier ce que Dieu veut en dernière instance, son intention à laquelle devra correspondre la nôtre. Derrière la lettre, l’esprit.

Jésus n’ajoute donc rien à la Loi de Moïse et aux prescriptions qui en découlent. Il demande d’aller aux racines, aux causes comme aux motifs des commandements. C’est à cette condition qu’au-delà de l’application de la lettre, nous communierons à la volonté intime de Dieu

Si Dieu condamne le meurtre, il faut aller jusqu’à sa racine qui est la colère, l’insulte ou la malédiction. Tout homme qui se met en colère contre son frère en répondra au tribunal.
De même pour l’adultère : tout qui regarde une femme et la désire, a déjà commis l’adultère avec elle.
Enfin, dans le domaine du langage, quand vous dites oui, que ce soit oui, quand vous dites non, que ce soit non.

L’intention de la Loi doit devenir celle de l’acte que je pose. Pour Jésus, la valeur d’un acte est fonction de la qualité de son intention.

Abbé Marcel Villers.
Homélie du 6e ordinaire
Theux 16 février 2020

 

Noël : Une naissance qui est l’épreuve de la foi

MEILLEURS VŒUX À TOUS !

Te Hi, artiste chinois

« Le Verbe est la vraie lumière qui éclaire tout homme » (Jn 1, 9)
Sa venue comble nos attentes, mais en les débordant.
Et l’homme reste l’insatisfait. Et Dieu toujours attendu.
Cultivons notre désir tout au long de l’an nouveau !

Homélie de la messe du jour de Noël. Theux 25-12-2019

« Le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous. »
Il y eut un premier Noël : Dieu est venu nous visiter, il est passé parmi nous, puis il s’en est retourné. Du passage de Jésus parmi nous, que reste-t-il ?

Ah ! il était attendu, et depuis longtemps. On connaissait les signes de sa venue. On savait l’envergure de son Règne : justice et paix, amour et vérité. « On ne lèvera plus l’épée nation contre nation. On ne s’entraînera plus pour la guerre. » Voilà vingt siècles qu’il est passé parmi nous. Et toujours, les hommes s’entraînent pour la guerre. La visite de Dieu parmi les hommes a-t-elle changé la figure de ce monde ?

Mais alors, que fêtons-nous à Noël ? Quel événement célébrons-nous ?

Une naissance, bien sûr. Mais une naissance qui est épreuve pour la foi. Une naissance, celle de Jésus et du monde nouveau. Mais cette naissance, si elle inaugure la venue du Sauveur, n’a pas accompli le salut du monde. Et nous restons sur notre faim.

Cette naissance est une épreuve pour la foi. Comment reconnaître, en cet enfant fragile et démuni, l’Emmanuel, Dieu-avec-nous ? Comment reconnaître, dans cet homme échouant sur une croix, le Sauveur ?
Et le Royaume, dont il proclamait la venue, où est-il ? Encore aujourd’hui, ils sont légion les aveugles, les sourds, les boiteux dont il proclamait la guérison.

Épreuve pour la foi qui confesse que cet enfant de Bethléem, ce charpentier de Nazareth, ce crucifié de Jérusalem, est Fils de Dieu et Dieu même. Mais Dieu est-il démuni comme un enfant, humble comme un charpentier, brisé comme un torturé, faible et fragile comme un humain ?

Épreuve pour la foi que l’impuissance du Messie, et donc de Dieu. Pourquoi Dieu nous fait-il attendre ? Pourquoi n’agit-il pas tout de suite pour guérir l’homme à tout jamais ? Pourquoi ne fait-il pas, dès maintenant, habiter le loup avec l’agneau, la vache avec l’ourse et l’enfant avec le cobra ?

Épreuve pour la foi que cette naissance.
Il y va du cœur de notre credo avec l’incarnation que nous célébrons à Noël.
Mais qu’est-ce donc que l’incarnation ? Dieu qui se substitue à l’homme et aux lents cheminements qui le font devenir ce qu’il est ? Dieu qui accomplit, seul et d’un coup, les promesses ? Mais alors, l’incarnation serait la disparition de l’homme.

Noël, avec la naissance de cet enfant, nous révèle que l’incarnation, c’est le mouvement par lequel Dieu inscrit son agir, et son être même, dans l’épaisseur de notre chair et les obscurs déploiements du temps. L’incarnation, c’est le patient consentement de Dieu au temps, que signifie cet enfant qui vient de naître après une attente de neuf mois. Dans notre volonté de gagner du temps à tout prix, nous oublions que l’avenir se nourrit de lentes fécondations, que la vie, l’amour, les enfants, la foi grandissent pas à pas, en un lent mûrissement.

Voilà ce que Noël vient nous rappeler : Dieu inscrit son agir dans le temps. Sa venue comble nos attentes, mais en les débordant et nous laissant insatisfaits. Et Dieu toujours attendu.

Le Rabbi Schlomo, un grand maître juif, racontait : « Sachant d’après le Talmud qu’il suffit que tous les hommes se repentent pour que le Messie arrive, je décidai d’agir sur eux. J’étais sûr d’y parvenir. Mais où commencer ? Le monde est si vaste. Je commencerai par le pays que je connais le mieux ; le mien. Mais il est énorme, mon pays. Bon, je commencerai dans la ville qui m’est la plus proche ; la mienne. Mais elle est grande, ma ville, je la connais à peine. Soit, je commencerai dans ma rue. Non : ma maison. Non : ma famille. Bon, je commencerai avec moi-même. »

La vraie crèche où vient naître le Messie, c’est notre cœur. C’est là que le monde nouveau commence. Joyeux Noël !

Abbé Marcel Villers