Message de carême du pape François (Résumé)

Le carême dans lequel nous sommes engagés avec toute l’Église nous conduit, comme Jésus, au désert où il se retira quarante jours pour prier et jeûner. Que signifie spirituellement le désert ?

Le désert, c’est d’abord le lieu du grand silence : pas de bruits, à part le vent et notre souffle. Le désert est détachement du vacarme qui nous entoure. C’est l’absence de paroles pour laisser place à une autre Parole, la Parole de Dieu, qui, comme une brise légère, nous caresse le cœur (cf. 1 R 19, 12). Dans le désert, dans le silence, nous pouvons l’entendre. Mais, il n’est pas facile de faire silence dans son cœur. Le Carême est un temps propice pour faire place à la Parole de Dieu. C’est le temps pour éteindre la télévision et ouvrir la Bible. C’est le temps pour se détacher du téléphone portable et se connecter à l’Evangile. C’est le temps pour renoncer aux paroles inutiles, aux bavardages, aux rumeurs, aux médisances, et parler au Seigneur. Nous sommes submergés de paroles vides, de publicités, de messages insidieux et nous avons du mal à distinguer la voix du Seigneur qui nous parle. Comme le pain, plus que le pain, nous avons besoin de la Parole de Dieu, nous devons parler avec Dieu : nous devons prier.

Le désert est le lieu de l’essentiel. Regardons nos vies : combien de choses inutiles nous entourent ! Nous poursuivons mille choses qui semblent nécessaires et qui en réalité ne le sont pas. Comme cela nous ferait du bien de nous libérer de tant de réalités superflues, pour redécouvrir ce qui compte. Sur cela aussi, Jésus nous donne l’exemple, en jeûnant. Jeûner, c’est savoir renoncer aux choses vaines, au superflu, pour aller à l’essentiel. Jeûner ne sert pas seulement à maigrir, jeûner, c’est aller précisément à l’essentiel, c’est chercher la beauté d’une vie plus simple, plus sobre.

Le désert, enfin, est le lieu de la solitude. Aujourd’hui aussi, près de nous, il y a de nombreux déserts. Ce sont les personnes seules et abandonnées. Combien de pauvres et de personnes âgées sont près de nous et vivent dans le silence, sans faire de bruit, marginalisés et exclus ! Le désert nous conduit à eux, à ceux qui, réduits au silence, demandent silencieusement notre aide. Tant de regards silencieux demandent notre aide. Le chemin dans le désert du carême est un chemin de charité vers celui qui est plus faible.

Dans le désert s’ouvre donc le chemin qui nous conduit de la mort à la vie. Entrons dans le désert avec Jésus, nous en sortirons en savourant la Pâque, la puissance de l’amour de Dieu qui renouvelle la vie. Suivons Jésus dans le désert, avec Lui nos déserts fleuriront et de nos déserts naîtront un jardin.

Le carême, c’est faire naître un jardin là où il y a des terres arides, c’est du désert faire surgir des fleuves, c’est de la mort faire jaillir la vie.
C’est bien le sens du carême qui commence au désert pour finir dans le jardin où Jésus ressuscité se manifeste vivant à Marie-Madeleine.
Faire naître un jardin là où il y a des terres arides, c’est de notre cœur de pierre faire surgir un cœur de chair, c’est faire tourner la terre plus juste et plus fraternelle.

François d’Assise demandait qu’au couvent on laisse toujours une partie du jardin sans la cultiver, pour qu’y croissent les herbes sauvages, de sorte que ceux qui les admirent puissent louer Dieu et se rappeler qu’eux aussi sont à l’image de ce jardin, une terre sauvage, une terre aride d’où peut naître le jardin de Pâques.

Bon carême !

Homélie du 2ème dimanche du carême
Jehanster 8 mars 2020
Abbé M. Villers

 

1er dimanche du carême : Homme avec insistance

TENTATIONS AU DÉSERT Mt 4, 1-11

Curieux Fils de Dieu que ce Jésus !
Non seulement, il est tenté comme tout homme, mais surtout il refuse d’être le Seigneur, le Dieu que nous imaginons.
S’il est le Fils de Dieu, pourquoi devrait-il avoir faim ? N’est-il pas doté de la puissance divine pour transformer les pierres en pains ?
S’il est le Fils de Dieu, pourquoi devrait-il mourir ? Que son Père tout-puissant intervienne et le sauve de ses ennemis !
S’il est le Fils de Dieu, pourquoi refuser dominer l’univers et régner sur le monde ?

Curieux Fils de Dieu !
Si Jésus est bien le Fils de Dieu, il le manifeste en étant homme avec insistance. Les trois tentations au désert, ce sont simplement celles de tout homme, celles de la condition humaine. Le chemin que Jésus nous montre, c’est celui de l’acceptation confiante de notre condition d’homme, limitée et fragile, loin de tout transhumanisme, loin de toute mégalomanie qui est la tentation essentielle, celle d’Adam, celle de chacun de nous : vouloir échapper à notre condition de créature.

La première tentation de l’homme naît de la peur de manquer qui s’exprime par le souci que chacun se fait pour sa santé, sa sécurité, ses biens. C’est notre souci majeur, quotidien : ne pas manquer de pain, d’argent, de tout cela qui rassurent et assurent subsistance et confort.
A ce souci, cette peur, Jésus répond : oui, le pain est nécessaire, mais pas à n’importe quel prix. Car ce qui fait vivre l’homme, c’est aussi la Parole de Dieu.
Le véritable manque, la vraie faim, le vrai souci, c’est celui de la Parole vivante de Dieu. Ce n’est pas notre souci qui assure notre vie : qui d’entre nous, à force de soucis, peut ajouter un seul jour à sa vie ? La vie, nous l’avons reçue, elle est un don de Dieu. Alors, avec confiance, remettons notre vie dans les mains de Dieu, lui seul l’assure.

La deuxième tentation de l’homme naît de la peur de la mort. Familière, propre à l’être humain, cette peur, cette angoisse peut être le lieu d’une tentation puissante : refuser la mort, demander à Dieu d’y échapper, qu’il intervienne pour nous l’épargner.
A cette angoisse, Jésus répond : Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu. Jésus refuse d’être maître de sa vie et de sa mort, par Dieu interposé en quelque sorte, en instrumentalisant Dieu à son profit. Combien de nos prières de demande utilisent Dieu, le mettent au défi, à l’épreuve : prouve ta puissance si tu es Dieu, si tu m’aimes ! Jésus se reconnaît fils, dépendant de son Père et de son amour. Il accepte donc la mort, marque de notre condition humaine. Nous sommes des créatures, donc dépendantes, fragiles, mortelles. Mais nous nous savons tout autant nés de l’amour, d’un amour infini qui ne nous abandonnera pas au tombeau. Inutile de provoquer Dieu.

La troisième tentation naît de la peur de l’autre. Spontanément, autrui nous apparaît comme une menace, un danger. Que risque-t-il de nous faire ? Veut-il prendre notre place, nous voler ? Un danger, un concurrent d’autant plus menaçant qu’il est différent de nous, autre, étranger. Alors vient la tentation de la volonté de puissance, de dominer l’autre avant qu’il ne nous domine.
A cela, Jésus répond : Arrière Satan ! Le diable, mot grec qui signifie le diviseur, est bien l’autre nom de la volonté de puissance. Si tu te prosternes devant moi, tu seras le maître, tu domineras sur tous. Jésus refuse toute volonté de domination, tout esprit conquérant. Face à autrui, il se fait son prochain comme le bon Samaritain. A genoux, il se fait serviteur et lui lave le pieds. Sur la croix, il donne sa vie pour les autres.

Grande leçon au début du carême car en résistant aux tentations majeures, Jésus nous apprend à être homme, c’est-à-dire à accepter notre condition de créature et notre dépendance à la faim, à la mort, à autrui.
Nous ne sommes pas des dieux comme le susurrait le serpent à Adam et Éve. Vouloir échapper à la faim, à la mort, à autrui, c’est vouloir être Dieu et refuser d’être ce que nous sommes : un être humain, une créature.
Le chemin que dessine Jésus est celui de l’humaine condition. Suivre Jésus, c’est devenir davantage humain. C’est aussi le sens du carême.

Abbé Marcel Villers
Homélie du 1er dimanche du carême
Theux 1er mars 2020

6ème dimanche ordinaire. La lettre et l’esprit

Mt 5, 17-37. La lettre et l’esprit.

Si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des pharisiens, vous n’entrerez pas dans le Royaume des Cieux.  

Il est certain que pharisiens et scribes appliquaient, et scrupuleusement, la Loi de Dieu. Pas possible de faire encore plus et mieux. Mais alors, que veut dire Jésus quand il nous demande de surpasser scribes et pharisiens ?
La Loi qu’ils appliquent, transmise par Moïse, est la loi de Dieu.
Les juifs l’appellent les 10 paroles ; nous disons les 10 commandements.

Tous nous sommes bien d’accord que l’essentiel de ce que Dieu nous demande, c’est de l’adorer lui seul, de respecter son Nom et son jour, d’honorer nos père et mère, de ne pas tuer, commettre l’adultère, voler, faire un faux témoignage, convoiter les biens d’autrui.
La plupart des sociétés ont adopté ces principes comme bases de la vie en commun. En effet, est-il possible de vivre ensemble sans respecter ces règles fondatrices ? Que deviendrait un pays où l’on pourrait tuer son prochain, le voler, mentir, convoiter la femme et les biens du voisin ?
Il est logique que Jésus appuie de son autorité l’application stricte de ces principes, qualifiés de commandements divins, ce qui leur donne le poids de l’absolu. Je ne suis pas venu, déclare Jésus, pour abolir, mais accomplir.
Il ne cherche pas à mettre fin à la Loi de Moïse, détaillée dans les 10 commandements. Jésus ne retire rien de ces obligations. Je ne suis pas venu pour abolir.
Mais il ajoute : Si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des pharisiens, vous n’entrerez pas dans le Royaume des Cieux.  Surpasser pharisiens et scribes, est-ce ajouter de nouveaux commandements ? Est-ce les appliquer plus strictement ? C’est la tentation de tous les extrémistes, des fanatiques religieux ? Jésus prône-t-il le fanatisme, un légalisme poussé à bout, une fascination pour la Loi ?

Finalement, que vise Jésus ? Discerner la volonté de Dieu. En donnant les commandements, qu’est-ce que Dieu voulait ? Jésus remonte aux origines, à ce premier vouloir de Dieu que les hommes ont tendance à réduire, à limiter à la lettre. Jésus cherche l’esprit, celui de la Loi et de son application.
Je suis venu pour accomplir. Accomplir, c’est d’abord pratiquer, faire ce que la Loi prescrit. Accomplir, c’est aussi la porter à son terme, à son achèvement, déployer tout ce qui est en cause dans chaque commandement. Autrement dit, découvrir la racine, l’intention première de Dieu, sa volonté profonde qui se cache dans chaque commandement. Il s’agit d’identifier ce que Dieu veut en dernière instance, son intention à laquelle devra correspondre la nôtre. Derrière la lettre, l’esprit.

Jésus n’ajoute donc rien à la Loi de Moïse et aux prescriptions qui en découlent. Il demande d’aller aux racines, aux causes comme aux motifs des commandements. C’est à cette condition qu’au-delà de l’application de la lettre, nous communierons à la volonté intime de Dieu

Si Dieu condamne le meurtre, il faut aller jusqu’à sa racine qui est la colère, l’insulte ou la malédiction. Tout homme qui se met en colère contre son frère en répondra au tribunal.
De même pour l’adultère : tout qui regarde une femme et la désire, a déjà commis l’adultère avec elle.
Enfin, dans le domaine du langage, quand vous dites oui, que ce soit oui, quand vous dites non, que ce soit non.

L’intention de la Loi doit devenir celle de l’acte que je pose. Pour Jésus, la valeur d’un acte est fonction de la qualité de son intention.

Abbé Marcel Villers.
Homélie du 6e ordinaire
Theux 16 février 2020

 

Dimanche de la Sainte Famille (A) : Va et ne crains pas !

Sainte Famille : Va vers le pays que je te montrerai (3)

Nous voici au lendemain de Noël. Nous savourons encore le bonheur de nous être retrouvés en famille. La paix, la douceur de Noël, nous souhaiterions tant les prolonger. N’est-ce pas l’ambiance idéale pour fêter la sainte famille ? Oui, mais ce n’est pas ainsi que se termine l’évangile de Noël.
« Lève-toi ; prends l’enfant et sa mère, et fuis en Égypte. Hérode va rechercher l’enfant pour le faire périr. »
Noël, c’est aujourd’hui deux fugitifs, forcés de tout laisser derrière eux pour que l’enfant soit sauvé.
Aujourd’hui dans notre monde, combien sont-ils, comme Joseph et Marie, contraints de fuir la haine, la persécution, la guerre ? Nous les voyons arriver près de chez nous.

La venue de Jésus ne coïncide pas avec paix et bonheur pour le monde. Ni hier, ni aujourd’hui. Il naît en déplacement, et de plus à l’écart, en marge : « pas de place pour lui dans la salle commune. » Il n’y a qu’une mangeoire d’animaux pour héberger le nouveau-né. Puis, c’est le massacre des innocents, l’exil, se lever, partir, fuir sur les routes vers un pays étranger. Tel est le sort de la sainte famille, et de combien de familles dans le monde.

Dans la lettre qu’il nous adresse, notre évêque invite « à nous diriger vers les périphéries géographiques mais aussi existentielles. » Nous sommes au cœur de l’évangile.
Jésus est né à la périphérie de Bethléem, à l’écart de la salle commune, hors du monde des humains, dans une mangeoire d’animaux. À peine né, il a dû fuir, s’exiler dans un pays étranger, dans la périphérie du sien. Le voilà exilé en Égypte. Prédicateur du Royaume, il sera rejeté et exclu de son peuple, livré à l’occupant, les Romains. Condamné, il sera exécuté hors de la ville, à la périphérie de Jérusalem, sur le Golgotha.
Bref, ce n’est pas au centre que Jésus a vécu, mais constamment dans les périphéries géographiques comme existentielles, préférant la compagnie des marginaux, rejetés du centre de la société : pécheurs, malades, lépreux, sourds et aveugles.

Il y a là une leçon capitale. Suivre Jésus, le rencontrer, c’est donc toujours quitter le centre pour les périphéries de notre monde, de notre paroisse, de notre Église.
C’est bien ce que l’évêque nous demande. « Il faut sortir de notre propre territoire, c’est-à-dire, de nos paroisses, de nos œuvres, de nos cercles d’habitués et aller aux périphéries, vers ces nouveaux milieux sociaux-culturels. » Mais où sont ces périphéries ? Ce sont, écrit notre évêque, ces lieux où vivent « des gens oubliés et des personnes qui ont besoin du salut. Plus que d’autres, elles ont besoin d’amitié et sont capables d’en donner. »

Il y a une sorte de connivence entre Jésus et les marginaux, entre eux et les chrétiens.
Aujourd’hui, dans notre pays, qui est engagé auprès de nos compatriotes les plus fragiles, exclus ou mis au ban de la société sinon l’Église, présente à leurs côtés, non par prosélytisme, mais pour apporter cette espérance que nous procure la Bonne Nouvelle ? Imagine-t-on notre société privée de cela ? Certes, l’Église n’est pas la seule à se préoccuper des pauvres, des réfugiés, des étrangers, des malades, des personnes âgées souvent isolées. Mais elle en prend largement sa part.

« Je veux, écrit l’évêque, encourager chacun de vous à oser sortir vers les périphéries de notre société. Ce doit être un critère d’orientation à partir duquel discerner ce qu’il nous faut quitter. » Et d’ajouter : « Le Seigneur aujourd’hui encore nous dit : Va ! et tout au long de l’histoire biblique, il ne cesse de dire : Ne crains pas ! »

Voilà des vœux pour l’année nouvelle adressés à nos paroisses et chacun de nous : Va et ne crains pas ! Puissions-nous en vivre tout au long de l’an prochain, c’est ce que je vous souhaite comme bonne année.

Abbé Marcel Villers
Homélie du dimanche de la Sainte Famille (année A)
Theux 29/12/2019
Illustration : He Qi, peintre chinois