Clés pour lire l’évangile de Luc

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile. Cette semaine, Lc 9, 11-17 de la fête du Saint-Sacrement.

32. Tous mangèrent et furent rassasiés

Renvoie cette foule… Donnez-leur vous-mêmes à manger (Lc 9, 12.13)

Face à une foule de cinq mille personnes, qui a faim de la parole de Jésus et le poursuit jusque dans le désert, que faire ? « Renvoie cette foule » (9,12). Telle est la solution que les disciples proposent à Jésus. Peut-être ont-ils peur, ne sachant que faire pour rassasier tant de monde ?
Donnez-leur vous-mêmes à manger, répond Jésus. Telle est la mission essentielle des pasteurs de l’Église. Et nous connaissons la fin du récit : Ils mangèrent et ils furent tous rassasiés ; puis on ramassa les morceaux qui leur restaient : cela faisait douze paniers. Cette abondance de restes est présente aujourd’hui encore dans la vie de l’Église.
Jésus se révèle ainsi comme celui qui sert la foule des hommes et surtout comme le sauveur toujours prêt à secourir les siens. L’eucharistie est la mémoire de cette révélation et de ce geste salvifique.

Un récit multiplié

« Le miracle des pains est le seul situé dans le ministère galiléen qui, présent dans les trois synoptiques, se trouve également chez Jean. Plus : Marc suivi de Matthieu, connaît une autre version avec sept pains, sept corbeilles et quatre mille hommes. Rapporté donc six fois dans les évangiles, ce ‘miracle de cadeau’ suit un schéma que le livre des Rois met trois fois en œuvre à propos d’Élie et Élisée : sans qu’on lui réclame de miracle, le prophète offre, de son propre mouvement, des biens matériels (farine, huile, pain) de façon étonnante. La grandeur du don ressort de la différence des chiffres. Jésus avec cinq pains dépasse largement Élisée qui en avait vingt ; Jésus nourrit cinq mille hommes quand Élisée le fait pour cent personnes (2 R 4). La conclusion est claire : Jésus est le grand prophète attendu. » (Hugues COUSIN, L’évangile de Luc, 1993)

Abbé Marcel Villers

Clés pour lire l’évangile de Marc : 29. Cinq pains et deux poissons

Clés pour lire l’évangile de Marc

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Marc. Cette semaine : Mc 6,35-44.

29. Cinq pains et deux poissons

Il partagea aussi les deux poissons entre eux tous. (Mc 6,41)

Ce récit est le plus souvent résumé en parlant de « multiplication des pains ». Or « multiplication » est absent du texte de Marc qui parle de « partage » ; il s’agit de division plutôt que de multiplication. Quant aux pains, ils ne sont pas seuls, il y a aussi les poissons. Ainsi, donner au récit un titre comme « multiplication des pains » est trompeur et surtout oriente vers une interprétation contestable.

Jésus apparaît ici comme le bon berger pris de compassion pour la foule affamée. Il la nourrit de sa parole (6,34) avant de l’installer en bon ordre (6,40) sur « l’herbe verte » (6,39). Alors, il dresse la table d’un fabuleux festin qui nourrit une foule immense de « cinq mille hommes » (6,44) et avec surabondance : douze paniers de restes (6,43). Nous sommes à la fin des temps : le Berger messianique rassemble le nouveau peuple de Dieu et le nourrit à la table de la parole (6,34) et du pain (6,42). N’est-ce pas ce qui nous arrive le dimanche à la messe ?

Miracle ou fait historique

« Nos sources ne nous permettent pas de préciser les détails de l’événement, puisque nous devons tenir compte de l’influence du miracle du même genre effectué par Élisée (2 R 4,42-44) et de la tradition du dernier repas de Jésus, dans la manière de raconter le récit au cours des décennies chrétiennes successives.

Pourtant, je pense que les critères d’attestation multiple et de cohérence rendent plutôt vraisemblable que derrière le récit de la nourriture de la foule par Jésus, se trouve un repas commun particulièrement mémorable, composé de pains et de poissons, un repas chargé de résonances eschatologiques et pris de manière festive par Jésus et ses disciples avec une grande foule sur les bords de la mer de Galilée. » (J.-P. MEIER, Un certain juif, Jésus, 2005)

Abbé Marcel Villers

 

Nous n’avons que cinq pains et deux poissons!

5pains2poissonsAmour

Theux, le 3 août 2014 – 18ème dimanche du Temps ordinaire
Mt 14, 13-21

Ce matin, nous sommes cette foule rassemblée autour de Jésus dans le désert. Nous avons quitté nos maisons, nos soucis et nos occupations pour nous retirer à l’écart du flux quotidien et rejoindre le Seigneur Jésus au désert. Le désert, c’est ce lieu où l’homme se retrouve lui-même, dépouillé de l’accessoire, ramené à l’Essentiel.

De même, le dimanche, nos pas nous conduisent vers l’église, témoignant ainsi que l’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu.

Ce fut l’expérience fondatrice d’Israël qui, 40 ans au désert, y a forgé son âme et est devenu le peuple de Dieu. Oui, c’est un peuple, et non une collection d’individus, qui est sorti du désert.

C’est la même expérience que nous faisons le dimanche. Nous sommes issus de différentes rues, quartiers et même villages. Le rassemblement dominical fait de nous un peuple, une communauté, une et diverse. Ce qui fonde notre union, notre communion, ce qui fait de nous l’Église, c’est l’eucharistie. Voilà ce que nous enseigne toute la tradition chrétienne depuis vingt siècles.

Tel est l’enjeu de la messe du dimanche et l’importance de ne pas se disperser. Nous pouvons ainsi mieux comprendre que l’horaire des messes n’est pas une simple affaire d’organisation ni de disponibilité des prêtres. Il y va de l’unité et de l’Église sans que cela devienne un prétexte pour nier les différences et même les divergences. Un seul peuple mais diversifié.

Là est le pourquoi de l’Église : manifester aux hommes que la fraternité est possible, que les hommes sont faits pour vivre ensemble, que l’amour est le fondement du lien social, que les différences ne sont pas des obstacles mais sources de richesse et d’unité.

Telle est la mission particulière, la raison d’être de nos communautés paroissiales. Voilà qui nous conduit à dépasser les réalités locales et l’esprit de clocher pour renforcer notre témoignage de fraternité et de communion.

Bien sûr, nous sommes conscients des difficultés et nous ne pouvons que constater le témoignage défaillant que constituent l’Église et nos communautés. C’est pourquoi il nous faut davantage encore nourrir notre unité par l’eucharistie.

En nourrissant l’immense foule des hommes, Jésus nous révèle la puissance de l’eucharistie et sa finalité : la communion, réaliser une humanité conviviale. La multiplication des pains met en lumière la portée sociale et universelle de l’eucharistie, le projet de société et de civilisation qu’elle effectue comme en miniature. Le repas eucharistique est l’anticipation de l’objectif ultime de Jésus et de sa Joyeuse Nouvelle : réaliser le banquet du Royaume de Dieu, réunir toute l’humanité autour d’une même table.

Telle est la grandeur de la mission des chrétiens et l’enjeu de l’eucharistie. Mais nous savons que nous sommes loin de l’honorer.

Nous n’avons que cinq pains et deux poissons.

Qu’est-ce que cela pour nourrir la grande foule rassemblée autour de Jésus ? Quel signe peuvent être, aux yeux du monde, nos petites assemblées dominicales ? Qu’est-ce que cela pour rassasier la faim de sens de nos concitoyens ?

Nous n’avons que cinq pains et deux poissons.

Jésus prit les cinq pains et les deux poissons, les bénit, les rompit et les leur donna. Et, ce soir-là, tous mangèrent à leur faim. Ils étaient environ cinq mille, sans compter les femmes et les enfants.

Telle est la puissance de l’eucharistie !

Abbé Marcel Villers

P.S. Merci, une fois encore, à Jean-François Kieffer dont le dessin illustre si bien le propos de l’abbé Villers !