Clés pour lire l’évangile de Marc : 39. Mari et femme

Clé pour lire l’évangile de Marc

Dans cette série hebdomadaire (parution le mercredi matin), nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Marc. Cette semaine : Mc 10, 2-16 du 27e dimanche du temps ordinaire.

39. Mari et femme

Au commencement, Dieu les fit homme et femme. (Mc 10,6)

A la question des pharisiens qui porte sur la permission de renvoyer son épouse, Jésus répond dans un autre registre, celui du fondement appelé ici « commencement ». Le couple humain trouve son sens et sa norme dans le dessein de Dieu.

Si Dieu les fit différents, « homme et femme » (10,6), c’est en vue de leur union qui fait qu’« ils ne sont plus deux, mais une seule chair » (10,8). La conséquence coule de source : « ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare pas ! » (10,9). Il ne s’agit pas ici d’un commandement, mais d’un vœu, d’un idéal conforme à la volonté divine fondatrice, celle qu’exprime la Création et qui prime sur les lois et règlements.

Nous découvrons ainsi le mode de raisonnement de Jésus : remonter au fondement, au sens voulu par Dieu. Ce vouloir divin est le critère qui doit guider l’agir du croyant.

Est-il permis de renvoyer son conjoint ?

C’est « de retour à la maison » (10,10), c’est-à-dire au sein du groupe des disciples, que Jésus énonce les règles concrètes destinées à la communauté des chrétiens.

Deux cas sont envisagés. Le premier est celui de l’homme qui renvoie sa femme et en épouse une autre (10,11). Il est connu dans la coutume juive. Le second cas est celui de la femme qui divorce et se remarie. Cette situation était peu envisageable en milieu juif, elle reflète plutôt la coutume gréco-romaine que la communauté de Marc connaît.

Dans les deux cas, Jésus considère le remariage comme un adultère. Marc présente la radicalisation avancée par Jésus comme égalitaire dans la mesure où elle instaure un strict parallélisme entre l’homme et la femme. (Camille FOCANT, L’évangile selon Marc, 2011, p.375).

Abbé Marcel Villers

Clés pour lire l’évangile de Marc : 38. La chute

Clé pour lire l’évangile de Marc

Dans cette série hebdomadaire (parution le mercredi matin), nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Marc. Cette semaine : Mc 9, 38-48 du 26e dimanche du temps ordinaire.

38. La chute

Celui qui entraînera la chute d’un seul de ces petits qui croient en moi… qu’on le jette à la mer (Mc 9,42).

L’expression « entraîner la chute » traduit bien le grec « scandale » qui signifie l’obstacle, le piège tendu sur le chemin pour y faire tomber le passant, hommes ou bêtes. Soit le piège vise à faire tomber l’autre, ici « un seul de ces petits qui croient en moi » (9,42), soit tomber soi-même car la main, le pied, l’œil peuvent être « occasions de chute » pour soi.

Tout dans notre existence « peut être occasion de bien ou de mal agir : la main peut donner ou prendre, l’œil peut contempler ou contrôler, le pied peut avancer ou s’arrêter » (A. Fossion et J-P Laurent, Lire pour vivre, 2016, p.113).

On peut penser aux persécutions que connaissaient les chrétiens de Rome au temps de Marc et qui sont les destinataires de son évangile. Entraîner la chute, faire tomber équivaut à dénoncer un frère ; tomber soi-même signifie alors trahir le Christ et l’Église.

                                            La géhenne

« La géhenne, là où le ver ne meurt pas et où le feu ne s’éteint pas » (9,48). La géhenne est opposée à la vie éternelle et au royaume de Dieu, comme la mort est opposée à la vie.
« Primitivement, le mot géhenne désigne la vallée de Ben-Hinnom qui entourait Jérusalem à l’ouest et au sud et dans laquelle se pratiquaient des sacrifices d’enfants par le feu en l’honneur de Moloch (2 R 23,10). Le prophète Jérémie annonce que les Judéens y seront massacrés par Nabuchodonosor et ce lieu deviendra la vallée du carnage (Jr 7,30-32). Isaïe reprend cette image dans un contexte eschatologique, on pourra y voir « les dépouilles des hommes qui se sont révoltés contre moi : leurs vers ne mourront pas et leur feu ne s’éteindra pas » (Is 66,24).

À partir de là, la Géhenne devint, dans la littérature apocalyptique, le symbole d’un châtiment éternel qui a donné naissance à l’image du feu éternel de l’enfer » (Philippe BACQ, Un goût d’Évangile, 2006, p.143).

Abbé Marcel Villers

Clés pour lire l’évangile de Marc : 29. Cinq pains et deux poissons

Clés pour lire l’évangile de Marc

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Marc. Cette semaine : Mc 6,35-44.

29. Cinq pains et deux poissons

Il partagea aussi les deux poissons entre eux tous. (Mc 6,41)

Ce récit est le plus souvent résumé en parlant de « multiplication des pains ». Or « multiplication » est absent du texte de Marc qui parle de « partage » ; il s’agit de division plutôt que de multiplication. Quant aux pains, ils ne sont pas seuls, il y a aussi les poissons. Ainsi, donner au récit un titre comme « multiplication des pains » est trompeur et surtout oriente vers une interprétation contestable.

Jésus apparaît ici comme le bon berger pris de compassion pour la foule affamée. Il la nourrit de sa parole (6,34) avant de l’installer en bon ordre (6,40) sur « l’herbe verte » (6,39). Alors, il dresse la table d’un fabuleux festin qui nourrit une foule immense de « cinq mille hommes » (6,44) et avec surabondance : douze paniers de restes (6,43). Nous sommes à la fin des temps : le Berger messianique rassemble le nouveau peuple de Dieu et le nourrit à la table de la parole (6,34) et du pain (6,42). N’est-ce pas ce qui nous arrive le dimanche à la messe ?

Miracle ou fait historique

« Nos sources ne nous permettent pas de préciser les détails de l’événement, puisque nous devons tenir compte de l’influence du miracle du même genre effectué par Élisée (2 R 4,42-44) et de la tradition du dernier repas de Jésus, dans la manière de raconter le récit au cours des décennies chrétiennes successives.

Pourtant, je pense que les critères d’attestation multiple et de cohérence rendent plutôt vraisemblable que derrière le récit de la nourriture de la foule par Jésus, se trouve un repas commun particulièrement mémorable, composé de pains et de poissons, un repas chargé de résonances eschatologiques et pris de manière festive par Jésus et ses disciples avec une grande foule sur les bords de la mer de Galilée. » (J.-P. MEIER, Un certain juif, Jésus, 2005)

Abbé Marcel Villers