Fratelli tutti : Un chemin de conversion (1/2)

Le pape François vient de publier une lettre encyclique Fratelli tutti qui nous engage sur le chemin de la fraternité universelle. Tous les êtres humains sont liés entre eux, au-delà de toutes frontières de langue, de religion, de pays.

Je livre cette encyclique sociale comme une modeste contribution à la réflexion pour que, face aux manières diverses et actuelles d’éliminer ou d’ignorer les autres, nous soyons capables de réagir par un nouveau rêve de fraternité et d’amitié sociale qui ne se cantonne pas aux mots (Fratelli tutti, n°6).

Cette vision de la fraternité est enracinée dans l’Évangile. Elle révèle la dimension universelle de cet humanisme que porte le christianisme : tous les hommes sont frères.

C’est le jour de la fête de saint François d’Assise, le 3 octobre, que le Pape François signe, aux pieds de la tombe du saint, cette lettre encyclique qu’il inscrit délibérément sous son patronage. « Fratelli tutti » écrivait saint François d’Assise, en s’adressant à tous ses frères et sœurs, pour leur proposer un mode de vie au goût de l’Évangile. Parmi ses conseils, je voudrais en souligner un par lequel il invite à un amour qui surmonte les barrières de la géographie et de l’espace. Il déclare heureux celui qui aime l’autre « autant lorsqu’il serait loin de lui comme quand il serait avec lui ». En quelques mots simples, il exprime l’essentiel d’une fraternité ouverte qui permet de reconnaître, de valoriser et d’aimer chaque personne indépendamment de la proximité physique, peu importe où elle est née ou habite » (Fratelli tutti, n°1).

La lettre du pape, déclare Mgr Delville (dans une interview au journal Dimanche), propose une démarche, un peu à la manière des Exercices spirituels de saint Ignace de Loyola. Ceux-ci se répartissent en quatre semaines correspondant aux quatre temps qui structurent un itinéraire de conversion. Ces étapes classiques consistent à :

  1. Reconnaitre notre responsabilité dans le mal en nous et autour de nous.
  2. Contempler le Christ qui se révèle dans l’Évangile.
  3. Susciter le désir de conversion et de s’engager dans la voie du Christ.
  4. Passer aux actes.

Ce sont ces mêmes étapes qui organisent le développement de l’encyclique, selon Mgr Delville.

  • Il y a d’abord la reconnaissance des fragilités, des péchés et des manquements dans notre existence, des lacunes de notre vie personnelle et communautaire, des problèmes de notre terre. C’est le thème du chapitre I.
  • Le chapitre II introduit une contemplation de l’Evangile de Jésus à travers la parabole du bon Samaritain. C’est typique des Exercices de saint Ignace : il s’agit d’opérer un déplacement en contemplant l’image du Christ dans une situation donnée.
  • Ensuite, le troisième chapitre propose un passage à la conversion et à l’action, à travers l’amitié sociale. Là, on est en plein dans la dimension chrétienne, car la vie chrétienne est une vie de conversion.
  • Les chapitres suivants proposent des applications très concrètes de cette conversion. D’abord dans notre rapport avec l’immigré (chapitre IV), ensuite à travers le dialogue culturel (chapitre V). Puis on passe à la manière de faire de la politique (chapitre VI), pour parler ensuite de la paix et de la réconciliation (chapitre VII). Enfin, il y a dialogue entre les religions ; qui est aussi une implication de la conversion (chapitre VIII). » (Dimanche, n° 37, 18-10-2020, p. 2-3)

Détaillons ces quatre étapes en reprenant quelques passages de l’encyclique.

1. Les ombres d’un monde fermé

Au départ, le pape pose un regard sans complaisance sur la réalité du monde actuel marqué par certaines tendances qui entravent la promotion de la fraternité universelle (Fratelli tutti, n° 9).

Le Pape met en évidence une série de traits de notre monde comme le nationalisme, la globalisation, la communication, les migrations, etc. Retenons le cas de la pandémie actuelle. Elle est révélatrice de cette ambiguïté qui caractérise bien des phénomènes.

Une tragédie mondiale comme la pandémie de Covid-19 a réveillé un moment la conscience que nous constituons une communauté mondiale qui navigue dans le même bateau, où le mal de l’un porte préjudice à tout le monde. Nous nous sommes rappelés que personne ne se sauve tout seul, qu’il n’est possible de se sauver qu’ensemble. Reste manifeste cette heureuse appartenance commune, à laquelle nous ne pouvons pas nous soustraire : le fait d’être frères… Le coup dur et inattendu de cette pandémie hors de contrôle a forcé à penser aux êtres humains, à tous, plutôt qu’aux bénéfices de certains… La douleur, l’incertitude, la peur et la conscience des limites de chacun, que la pandémie a suscitées, appellent à repenser nos modes de vie, nos relations, l’organisation de nos sociétés et surtout le sens de notre existence (Fratelli tutti, n° 32-33).

2. Contemplation

Le deuxième temps est celui de la contemplation de Jésus et de l’Évangile pour chercher la volonté de Dieu, le chemin du salut. C’est la longue méditation sur la parabole du bon Samaritain qui vise à provoquer un déplacement, le désir de réformer notre vie.

Regardons le modèle du bon Samaritain. C’est un texte qui nous invite à raviver notre vocation de citoyens de nos pays respectifs et du monde entier, bâtisseurs d’un nouveau lien social. C’est un appel toujours nouveau, même s’il se présente comme la loi fondamentale de notre être…

Par ses gestes, le bon Samaritain a montré que notre existence à tous est profondément liée à celle des autres : la vie n’est pas un temps qui s’écoule, mais un temps de rencontre.

Cette parabole est une icône éclairante, capable de mettre en évidence l’option de base que nous devons faire pour reconstruire ce monde qui nous fait mal.

Face à tant de douleur, face à tant de blessures, la seule issue, c’est d’être comme le bon Samaritain. Toute autre option conduit soit aux côtés des brigands, soit aux côtés de ceux qui passent outre sans compatir avec la souffrance du blessé gisant sur le chemin. La parabole nous montre par quelles initiatives une communauté peut être reconstruite grâce à des hommes et des femmes qui s’approprient la fragilité des autres, qui ne permettent pas qu’émerge une société d’exclusion mais qui se font proches et relèvent puis réhabilitent celui qui est à terre, pour que le bien soit commun (Fratelli tutti, n° 66-67).

À suivre !

Abbé Marcel Villers

Illustrations : VaticanNews – Vitrail de la cathédrale de Chartres

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