Clés pour lire l’évangile de Matthieu : 34. Le semeur

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier l’évangile de Matthieu dont nous suivons la lecture liturgique. Aujourd’hui : Mt 13, 1-23 du 15e dimanche ordinaire.

34. Le semeur

     D’autres sont tombés dans la bonne terre et ont donné du fruit. (13,8)

Le semeur ne calcule pas. Certes, du grain se perd au bord du chemin, dans les pierres ou les ronces. Mais qu’importe ! Il sème, sûr que le grain donnera du fruit. Son travail, c’est de semer. Pour le reste, il fait confiance. La moisson, c’est l’affaire de Dieu.
Lui seul est capable de toucher les cœurs. Pour nous, il s’agit simplement de semer. Le semeur ne passe pas son temps à chasser les oiseaux qui mangent les grains, ni à enlever les pierres et les ronces. Il sème avec détermination. Une foi tranquille l’habite. Il est certain de la récolte en dépit de tous les échecs et revers. 

L’occasion de la parabole du semeur

Par cette parabole, Jésus répond aux doutes de ses contemporains sur le succès de sa prédication. « Le regard se porte sur ses propres échecs, ses prédications infructueuses, l’opposition exacerbée qu’il rencontre, les défections croissantes. N’était-ce pas un démenti à ce qu’il prétendait être venu faire ? Regardez le paysan, dit Jésus, il pourrait se décourager devant la perte de sa semence, et pourtant il ne se laisse pas déconcerter, car il a ferme espoir qu’une belle récolte lui sera donnée. O gens de peu de foi ! » (J. JEREMIAS, Les paraboles de Jésus, 1962)

Abbé Marcel Villers

Notre Curé nous parle – 21 juin 2020

La joie sur les lèvres,
je dirai ta louange

En ce deuxième dimanche « du retour à l’église », nous pouvons sentir déjà un peu dans l’ordinaire. Il est sans doute très bon de faire mémoire des retrouvailles d’il y a une semaine : que de regards lumineux et joyeux au-dessus des masques, que de visages détendus et rayonnants, signe de cœurs habités, paisibles et remplis d’espérance… Aujourd’hui, encore, faisons nôtre l’hymne « que ma joie demeure » grâce à Dieu !

Grâce à Dieu !? Souvenons de Jeanne d’Arc : « si je suis dans la grâce de Dieu ? Si j’y suis, Dieu m’y garde ; si je n’y suis pas qu’il m’y mette ! » De même que l’on reconnaît l’arbre à ses fruits, de même le disciple ne peut porter du fruit en mission qu’enraciné dans le Seigneur. « Dieu, tu es mon Dieu, chante le psalmiste (Ps 62), je te cherche dès l’aube ». La présence au Seigneur est la condition sine qua non de notre vie de croyant, de juste, de saint… « J’ai vu ta force et ta gloire. Ton amour vaut mieux que la vie… Comme par un festin, je serai rassasié, la joie sur les lèvres, je dirai ta louange ».

« La joie sur les lèvres, je dirai ta louange. » N’y a-t-il pas là comme un mot du jour, un ordre de marche ? Accessible. Nous le sentons bien ; la période du confinement strict s’éloigne et risque de ne demeurer qu’une parenthèse, originale certes, mais une parenthèse bien réelle quand un certain ordinaire reprend de plus en plus sa place… Jean Cazenave, un prêtre béarnais, constate, avec humour, la créativité pastorale du temps extraordinaire. Parlant, par exemple, de la fête des Rameaux, il écrit « En matière de bénédiction en drive ou à domicile, à coup de goupillon ou de pistolet à eau, on a à peu près tout vu… » Plus sérieusement, il interroge, comme Tomas Halik, le signe des églises vides : « Allons- nous continuer à piaffer d’impatience ou à inventer d’autres ersatz du culte dominical ? » Je dirai, sans trahir sa pensée, avant comme après le confinement. Je retiens aussi de lui des questions que je vous partage : « Qu’est ce qui nous a manqué le plus pendant le confinement ? L’eucharistie ? La fraternité communautaire ? Le partage de la Parole de Dieu ? »
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Clés pour lire l’évangile de Matthieu : 29. Pas de souci.

Dans cette série hebdomadaire (parution le mercredi matin), nous voulons fournir, cette année, des clés pour ouvrir et apprécier l’évangile de Matthieu. Comme la liturgie s’éloigne de la lecture de Matthieu jusqu’à la mi-juin, nous reprenons la lecture continue de l’évangile de Matthieu. Aujourd’hui : Mt 6, 25-34.

29. Pas de souci

Votre Père céleste sait de quoi vous avez besoin. (Mt 6,32)

A chaque jour suffit sa peine. Ne vous mettez pas en souci ! Ne vous inquiétez pas !Ces paroles de Jésus nous semble venir d’un autre monde, d’un autre âge. L’homme d’aujourd’hui, en effet, est un être de souci. Quel est celui qui ne se soucie de rien ? Que ce soit pour sa santé, son confort, son argent, son avenir, chacun est soucieux.
Et pourtant, qui d’entre nous, à force de soucis, peut ajouter un seul jour à sa vie ? Ce serait plutôt le contraire. A force de soucis, c’est à abréger notre vie que nous travaillons.
En fait, le souci est révélateur de ce qui constitue notre vision de l’existence. Autrement dit : de qui dépend notre vie ? D’un Dieu, Père et ami des hommes, ou de notre souci ?
Le contraire du souci n’est pas l’insouciance, mais la foi, la confiance. Le souci, c’est la dépendance, le stress, l’esclavage. Faire confiance à un autre que soi, voilà la liberté. Car « Votre Père céleste sait de quoi vous avez besoin » (Mt 6,32).

Une spiritualité de l’abandon

« Nous ne nous tenons jamais au temps présent », écrivait Pascal il y a déjà plus de trois siècles. Préoccupés que nous sommes par ce qui a été ou sera peut-être, nous finissons par être absents du temps qui est le nôtre. Mais alors, où sommes-nous en réalité ? Quelle est cette vie inquiète d’elle-même et rongée par le souci ? Il faut revenir au moment présent et s’y abandonner dans la confiance. A chaque jour suffit sa peine. « La grâce de l’abandon passe par l’oubli de soi, une forme de consentement à ne pas ruminer notre passé, fût-ce pour en déplorer les manques et pleurer sur nos péchés et sur nous-mêmes, à ne pas imaginer l’avenir, fût-ce pour rêver à un projet de sainteté, mais à nous abandonner à l’amour présent qui nous enveloppe et ne nous manquera pas, pour nous en remettre à lui. » (Marie-Thérèse ABGRALL)

Abbé Marcel Villers

Clés pour lire l’évangile de Matthieu 19. En croix, des cris

Dans cette série hebdomadaire (parution le mercredi matin), nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Matthieu. Cette semaine : Mt 26, 1- 27, 66 du dimanche des Rameaux et de la Passion.

19. En croix, des cris

Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? (Mt 27, 46)

Trois grands cris sont poussés au Calvaire, ils sont autant de clés pour saisir la dimension rédemptrice de la mort de Jésus.

Le cri de Jésus n’est pas un cri de désespoir, ni de terreur. C’est un cri de confiance du Fils à l’adresse de son Père. Par deux fois, Jésus crie d’une voix forte. La première fois, un appel au secours : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » (27,46) La seconde fois, « dans un grand cri, il rendit l’esprit » (27, 50). Rendre, c’est-à-dire, remettre en toute confiance sa vie, son sort entre les mains de Dieu. Cri de foi du Fils qui remet tout à son Père.

Aussitôt, comme un effet de la mort de Jésus, toute la création s’ébranle et fait entendre sa clameur, son cri. « La terre trembla. Les rochers se fendirent. Les tombeaux s’ouvrirent. De nombreux saints ressuscitèrent et entrèrent dans la ville » (27, 51-53). Une vie d’au-delà envahit la terre, un monde nouveau est déjà là.

Le cri du centurion vient conclure : « Vraiment, celui-ci était Fils de Dieu. » (27, 54) De sa bouche jaillit la plus belle profession de foi.

Récit de la passion

Il paraît vraisemblable que le récit de la passion soit la reprise d’un récit ancien utilisé par les premiers chrétiens pour faire mémoire de la passion et de la mort de Celui qui fonde leur foi. Ce récit est le noyau primitif des évangiles.

Ce récit ne se contente pas de rapporter des faits bruts, les évangélistes s’attachent surtout à leur signification pour la foi et la vie chrétiennes. Matthieu émaille ainsi son récit de nombreuses citations et références à l’Ancien Testament. Il s’adresse, en effet, à des chrétiens pour la plupart d’origine juive, attachés aux Écritures hébraïques. Matthieu leur montre un Jésus qui sait ce qui l’attend, qui s’y soumet librement, car il accomplit ainsi les Écritures. La croix, de scandale absolu, devient la source du salut.

Abbé Marcel Villers

Aller plus profond

Maître, nous avons peiné toute la nuit sans rien prendre.
Combien de chrétiens, combien de pasteurs, combien de missionnaires arrivent au même constat ! Après avoir dépensé tant d’énergie et donné tout leur temps, combien d’entre nous se disent : « Nous avons tant peiné et sans succès. »

Dans notre Église, notre paroisse, que d’efforts, que d’engagements, des prêtres bien sûr, mais surtout des fidèles, qui s’investissent énormément, que ce soit dans la liturgie, je pense aux chorales, à l’accompagnement des personnes en deuil et à la célébration des funérailles, aux baptêmes, à la catéchèse des enfants et de plus en plus de leurs parents.
Et pourtant…

La foi semble en disparition, l’Église, nos assemblées en tout cas, vieillissent. Alors, après nous, quelle relève ? Maître, nous avons peiné toute la nuit sans rien prendre. Nombreux sont celles et ceux qui succombent au découragement et se replient sur eux-mêmes ou vont voir ailleurs.

Avancez au large, et jetez les filets. Voilà ce que Jésus nous répond aujourd’hui. Mais à quoi cela peut-il servir ? N’avons-nous pas peiné toute la nuit sans rien prendre ? Voilà que Jésus demande d’aller au large qu’on peut aussi traduire par « aller plus profond. »

À nous qui sommes, en ces temps d’amenuisement, tentés de nous tourner et retourner sur nos problèmes – comment maintenir notre communauté en vie, notre assemblée du dimanche– Jésus commande d’aller au large, c’est-à-dire prendre distance, sortir.

Aller au large, c’est aussi et peut-être surtout aller « plus profond ». Autrement dit, notre vision –souvent amère ou découragée de la situation de l’Église, de la foi- est trop superficielle. Il y faut un autre regard, aller « plus profond » et donc approfondir les choses, en commençant par notre foi. La première évangélisation à organiser, c’est la nôtre.
Allez au large, allez plus profond.

Pierre fait confiance à Jésus, il le croit sur parole. Sur ton ordre – sur ta parole – je vais jeter les filets. Et c’est de nuit, dans l’obscurité, sans avoir un quelconque indice que Jésus a raison. Croire sur parole, espérer contre toute espérance à courte vue, voilà ce que Jésus nous demande, à nous aussi. Et ils remplirent les deux barques, à tel point qu’elles enfonçaient. Voilà ce qui nous est promis si notre foi rejoint la confiance de Pierre.

Hier, c’était l’Église qui, comme une mère, portait les fidèles ; aujourd’hui, c’est le grand renversement : c’est aux chrétiens de porter leur mère, l’Église, et d’inventer son avenir dans nos villes et villages. Sans ces hommes et ces femmes qui s’engagent à votre service et au service de l’Église, on ne peut donner cher de l’avenir de nos paroisses. On sait qu’en-deçà d’un certain nombre de personnes, il n’y a plus les ressources suffisantes pour faire vivre une paroisse, et même célébrer dignement une messe.

De plus, c’est une autre figure de l’Église qui se dessine quand les fidèles laïcs ne sont plus de simples collaborateurs du clergé, mais coresponsables de l’être et de l’agir de l’Église. Non plus être portés par le curé, les prêtres, mais prendre soi-même en charge la triple mission des chrétiens : rendre proche l’Évangile parmi nos concitoyens ; assurer la présence de l’Église dans l’espace social par l’annonce, la célébration et le service ; veiller à la communion avec les autres communautés et paroisses de notre commune.

Aujourd’hui, face à cette mission, cette lourde responsabilité, écoutons ce que le Seigneur nous dit, comme à Simon, comme à Isaïe, comme à saint Paul, il nous dit : Soyez sans crainte ! N’ayez pas peur ! Avancez au large, et jetez les filets.

Sans oublier que ce ne sont pas « nos barques et nos filets », nos œuvres seules qui prennent les hommes, mais la foi et la Parole du Maître. Alors laissant tout, leur passé et leur présent, ils le suivirent vers demain, l’avenir.

Abbé Marcel Villers
Homélie pour le 5° dimanche ordinaire de l’année C (Lc 5,1-11)
Theux, le 10 février 2019

 

Photo du lac de Tibériade (https://elwinra.wordpress.com/2014/04/03/le-lac-de-tiberiade-le-lac-de-kinneret-mer-de-galilee/)