ART ET FOI. JEUDI-SAINT : le testament de Jésus

 

Ces deux toiles de Léon Pringels ornent l’église de Theux depuis 1953. Elles sont placées dans deux cadres servant jadis à la Confrérie du St-Sacrement et accrochés sur le mur sud de l’église. Sur chacune de ses toiles, le peintre présente cinq personnages dont quatre sont faciles à identifier : Jésus, Pierre, Jean et Judas.

Le cinquième, en vert, est proche de la représentation habituelle de saint Paul : le front bombé, la tête chauve, la petite mèche de cheveux au-dessus du front et une barbe abondante qui est ici peu développée. L’artiste chercherait ainsi à relier Pierre et Paul, les deux piliers de l’Église fondée sur la mort et la résurrection du Christ qu’illustrent les deux scènes représentées. Le plus simple, sans indications de l’artiste, est de prendre ce troisième personnage comme représentant les neuf autres apôtres qui ont chacun été « lavé » par Jésus et qui ont mangé et bu avec lui la veille de sa passion.

Ce soir-là, Jésus livre l’essentiel de sa vie et le sens de sa mort-résurrection. Son testament tient en deux gestes et une parole. Le premier geste est celui du repas, de la communion : Jésus donne sa vie, son corps et son sang qui deviennent nourriture, c’est-à-dire, aliment de vie. Le deuxième geste est celui du lavement des pieds : Jésus se dépouille de son vêtement, de sa vie et s’abaisse comme l’esclave aux pieds de ses disciples pour les servir, les sauver. Ces gestes, Jésus nous demande de les faire en mémoire de lui : « Faites ceci en mémoire de moi. » Il ne s’agit pas de répéter des rites, mais de s’engager à la suite de Jésus à donner notre vie par amour, à communier avec nos frères et sœurs, à nous laver les pieds les uns aux autres. La communion fonde la fraternité.

Abbé Marcel Villers

ART ET FOI. L’ANNONCIATION 25 mars

L’ange Gabriel annonce à la vierge Marie la naissance de Jésus conçu de l’Esprit Saint. L’évangile de Luc est le seul à faire le récit de cet événement. (Lc 1,26-38)     
L’Annonciation est fêtée dès le VIle siècle à la date du 25 mars. On voulait ainsi correspondre au jour présumé de la conception de Jésus, neuf mois avant sa naissance fixée au 25 décembre.

Description du panneau
Une inscription sous l’image donne la signification du panneau : Ecce ancilla domini qui signifie : « Voici la servante du Seigneur. » Il s’agit de la réponse de Marie à l’ange telle que nous la rapporte l’évangile (Lc 1,38).
La tête de Marie est penchée vers la gauche, les yeux sont baissés ; ces deux traits expriment l’attitude de foi et d’humilité : « Voici la servante du Seigneur. »
Marie est debout, ce qui se répand dans l’art au moyen âge ; auparavant, dans la scène de l’Annonciation, elle était plutôt représentée assise ou à genoux.
Le « oui » de Marie au projet de Dieu s’exprime aussi par la position des mains. Traditionnellement l’acceptation est signifiée en repliant un ou parfois deux bras sur la poitrine, paume ouverte vers l’extérieur, surtout jusqu’au XIIIe siècle. Au XIVe siècle, on représente plutôt la Vierge posant une seule main sur la poitrine ; à partir du même siècle, elle pose les deux mains croisées sur la poitrine, ce qui accentue son humilité et son abandon au projet de Dieu.

Marie porte un manteau de couleur bleu sombre, sous lequel on entrevoit un vêtement écarlate. Ce jeu entre l’extérieur, qui prend la couleur du ciel et donc du divin, et de l’intérieur qui est rouge et évoque le terrestre, est indicatif de l’alliance entre ciel et terre nécessaire pour l’accomplissement de l’incarnation et, à terme, de la rédemption. Des deux mains, la Vierge semble ouvrir ou refermer son manteau. Ces deux gestes ont au fond une même signification : le caractère d’intériorité ou de secret du processus entamé, celui du mystère de la naissance du Sauveur.

Abbé Marcel Villers
Illustration : plafond de la nef de l’église de Theux (IRPA)

ART ET FOI. Saint Pierre, apôtre. Fêté le 22 février

Saint PIERRE

Apôtre, martyr à Rome. Selon la tradition, premier évêque de Rome.
Premier titulaire de l’église de Theux, celui donné à l’édifice mérovingien (VIIe-IXe s.).
Fêté en même temps que Paul le 29 juin car selon le martyrologe romain : « Pierre et Paul souffrirent la même année et le même jour sous l’empereur Néron.  Le premier fut crucifié dans la Ville, la tête en bas… » Selon les historiens, Pierre, venu à Rome pour y consolider l’Église naissante, est martyrisé en l’an 64 probablement, Paul en 67.
Fête de la Chaire de Pierre le 22 février où l’on honore la cathèdre de l’évêque de Rome, symbole de son autorité sur Rome et l’Église.
Une troisième fête, anciennement au 1er août, célèbre Saint-Pierre-aux-Liens dont les chaînes sont vénérées dans la basilique romaine du même nom.
Saint Pierre est honoré comme protecteur des cordonniers, maçons, pêcheurs, poissonniers, fabricants de clés, concierges et portiers.(Rosa GIORGI, Comment reconnaître les saints, 2017, p. 304)

Iconographie
Le panneau du plafond est conforme à la physionomie de Pierre fixée dès le Ve s. sur la base d’Eusèbe de Césarée (IIIe-IVe s.) : cheveux courts et bouclés, barbe courte et frisée, crâne chauve (signifiant la tonsure qui fait de lui le premier prêtre) d’où émerge une touffe de cheveux sur le front. Parmi ses attributs classiques : les clés, le coq, un livre, parfois la barque. Notre panneau reprend le plus ancien : les clés. Pierre tient deux clés liées, une d’or (le ciel) et une d’argent (la terre) ; il a les clés du ciel et de la terre qui symbolisent le pouvoir suprême, celui de lier et de délier pour l’éternité, celui d’absoudre ou d’excommunier. Les deux clés sont liées ensemble car le pouvoir d’ouvrir et de fermer est un seul. Ce pouvoir en fait le portier ou concierge du paradis. A partir du XIIIes., il est représenté vêtu comme un évêque ou un pape ; les deux clés figurent dans les armes pontificales avec la tiare à partir de la fin du XIIes.

Simon est un pêcheur de Bethsaïde (Jn 1,44), établi plus tard avec sa femme et sa famille à Capharnaüm (Mc 1,21-23). Il devient disciple de Jean-Baptiste avec son frère André qui l’introduit ensuite auprès de Jésus (Jn 1,41). Il accompagne Jésus tout au long de sa vie publique et est associé aux moments clés comme la Transfiguration ou la profession de foi demandée par Jésus avant la montée vers Jérusalem. C’est alors qu’il mérite le surnom de Pierre (Mt 16,17-19). Il reniera Jésus lors de son arrestation, mais pleurera de repentir. Il est le premier témoin du tombeau vide (Mc 16,7). Il prend la direction de la communauté chrétienne et suivra Paul pour ouvrir l’Église aux païens (Ac 10-11). Il rejoint Rome, y confirme l’Église naissante et y meurt martyr en 64.

Abbé Marcel Villers
Illustration : plafond de l’église de Theux (IRPA)

ART ET FOI – Saint Antoine, ermite, fêté le 17 janvier

ANTOINE LE GRAND (251-356)

Ermite et abbé en Haute-Égypte. Père des moines

Invoqué pour la race porcine et contre le « zona » appelé populairement « feu de Saint Antoine » ; contre le « mal des Ardents », sorte d’épilepsie causée par l’ergot du seigle.

Description et interprétation du panneau du plafond de la nef de l’église de Theux (1630)

Le saint est vêtu d’une robe de bure recouverte d’une cape avec capuchon, c’est l’habit des Antonins, moines d’une abbaye du Dauphiné qui passent pour avoir reçu, au XIe s., les reliques de saint Antoine, d’où leur nom d’Antonins. Cet ordre se spécialisa dans l’accueil fait aux personnes atteintes de maladies contagieuses et essaima contribuant ainsi à répandre le culte d’Antoine, devenu un saint guérisseur de la peste, la gale et autres infections (Michel PASTOUREAU et Gaston DUCHET-SUCHAUX, La Bible et les saints, Paris, 2017, p.68-69).

Sur le panneau, Antoine contemple une croix, signe de pénitence, et lit les Écritures où il puise la force de vaincre les tentations.
Sur la tablette devant lui, on voit une clochette. Derrière lui, on aperçoit la tête d’un animal avec le groin caractéristique du porc, mais avec une longue corne (référence au diable) qui se développe à partir du sommet du crâne. A partir du Moyen-Âge, le cochon – image du tentateur – accompagne Antoine dans l’iconographie occidentale.
La clochette et le cochon évoquent l’interdiction faite aux porcs d’errer librement dans les rues, à l’exception de ceux des Antonins reconnaissables à leur clochette.

Devenu orphelin, Antoine, jeune chrétien de Haute-Égypte, venait d’hériter des biens de sa famille quand, en entrant dans une église, il entendit ces paroles : Si tu veux être parfait, va, vends ce que tu as, donne-le aux pauvres, et suis-moi (Mt 19,21). Antoine, âgé de vingt ans, obéit à cette parole de Jésus. « Il va alors vivre en ermite dans un sépulcre désaffecté. Aussitôt commencent de violents combats contre le démon qui le tentera toute sa vie ; ce qui a donné naissance à l’iconographie des tentations de saint Antoine, surtout au XVe s.
A trente-cinq ans, il s’enfonce seul dans le désert à la recherche d’une solitude parfaite ; pendant vingt ans, il occupe un fortin abandonné. Sa réputation de sainteté lui amène de nombreux disciples, si bien qu’il va fonder pour eux plusieurs monastères sur les rives du Nil. Il devient ainsi le Père des moines cénobites. En 311, il est à Alexandrie, où il combat l’hérésie arienne et encourage les chrétiens persécutés par les Ariens. Il meurt dans une caverne du désert, âgé de cent cinq ans. Son influence fut immense grâce surtout à sa célèbre « Vie » écrite par son ami saint Athanase, évêque d’Alexandrie (326-373) » (Missel romain quotidien, Hautecombe, 1961).

Abbé Marcel Villers
Illustration : plafond de l’église de Theux (photo IRPA)