Nous n’avons que cinq pains et deux poissons!

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Theux, le 3 août 2014 – 18ème dimanche du Temps ordinaire
Mt 14, 13-21

Ce matin, nous sommes cette foule rassemblée autour de Jésus dans le désert. Nous avons quitté nos maisons, nos soucis et nos occupations pour nous retirer à l’écart du flux quotidien et rejoindre le Seigneur Jésus au désert. Le désert, c’est ce lieu où l’homme se retrouve lui-même, dépouillé de l’accessoire, ramené à l’Essentiel.

De même, le dimanche, nos pas nous conduisent vers l’église, témoignant ainsi que l’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu.

Ce fut l’expérience fondatrice d’Israël qui, 40 ans au désert, y a forgé son âme et est devenu le peuple de Dieu. Oui, c’est un peuple, et non une collection d’individus, qui est sorti du désert.

C’est la même expérience que nous faisons le dimanche. Nous sommes issus de différentes rues, quartiers et même villages. Le rassemblement dominical fait de nous un peuple, une communauté, une et diverse. Ce qui fonde notre union, notre communion, ce qui fait de nous l’Église, c’est l’eucharistie. Voilà ce que nous enseigne toute la tradition chrétienne depuis vingt siècles.

Tel est l’enjeu de la messe du dimanche et l’importance de ne pas se disperser. Nous pouvons ainsi mieux comprendre que l’horaire des messes n’est pas une simple affaire d’organisation ni de disponibilité des prêtres. Il y va de l’unité et de l’Église sans que cela devienne un prétexte pour nier les différences et même les divergences. Un seul peuple mais diversifié.

Là est le pourquoi de l’Église : manifester aux hommes que la fraternité est possible, que les hommes sont faits pour vivre ensemble, que l’amour est le fondement du lien social, que les différences ne sont pas des obstacles mais sources de richesse et d’unité.

Telle est la mission particulière, la raison d’être de nos communautés paroissiales. Voilà qui nous conduit à dépasser les réalités locales et l’esprit de clocher pour renforcer notre témoignage de fraternité et de communion.

Bien sûr, nous sommes conscients des difficultés et nous ne pouvons que constater le témoignage défaillant que constituent l’Église et nos communautés. C’est pourquoi il nous faut davantage encore nourrir notre unité par l’eucharistie.

En nourrissant l’immense foule des hommes, Jésus nous révèle la puissance de l’eucharistie et sa finalité : la communion, réaliser une humanité conviviale. La multiplication des pains met en lumière la portée sociale et universelle de l’eucharistie, le projet de société et de civilisation qu’elle effectue comme en miniature. Le repas eucharistique est l’anticipation de l’objectif ultime de Jésus et de sa Joyeuse Nouvelle : réaliser le banquet du Royaume de Dieu, réunir toute l’humanité autour d’une même table.

Telle est la grandeur de la mission des chrétiens et l’enjeu de l’eucharistie. Mais nous savons que nous sommes loin de l’honorer.

Nous n’avons que cinq pains et deux poissons.

Qu’est-ce que cela pour nourrir la grande foule rassemblée autour de Jésus ? Quel signe peuvent être, aux yeux du monde, nos petites assemblées dominicales ? Qu’est-ce que cela pour rassasier la faim de sens de nos concitoyens ?

Nous n’avons que cinq pains et deux poissons.

Jésus prit les cinq pains et les deux poissons, les bénit, les rompit et les leur donna. Et, ce soir-là, tous mangèrent à leur faim. Ils étaient environ cinq mille, sans compter les femmes et les enfants.

Telle est la puissance de l’eucharistie !

Abbé Marcel Villers

P.S. Merci, une fois encore, à Jean-François Kieffer dont le dessin illustre si bien le propos de l’abbé Villers !

Le bon grain et l’ivraie… et rendre grâce !

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Ci-dessous, vous trouverez quelques extraits du texte qui a été source d’inspiration pour l’homélie de notre curé, l’abbé Jean-Marc Ista, à Theux, ce dimanche 20 juillet

Celui qui a des oreilles, qu’il entende !

Extraite de son contexte, on pourrait penser que la parabole de l’ivraie est un début de réponse au problème de l’origine du mal : ce n’est pas Dieu qui le crée, tout comme ce n’est pas le maître de maison qui a semé l’ivraie : le récit de la création dans la Genèse y insistait déjà (Gn 1, 31). Jésus s’inscrit dans cette ligne, puisqu’il affirme que le maître de maison n’a semé que du bon grain.

Mais, si on replace la parabole de l’ivraie dans le contexte du chapitre 13 de saint Matthieu, il semble qu’elle parle d’autre chose. Car elle suit immédiatement la parabole du semeur et l’explication que Jésus en donne. La parabole du semeur que nous lisions nous obligeait à admettre que les semailles ne sont pas forcément récompensées : pour le dire autrement, l’annonce de la Bonne Nouvelle ne rencontre pas toujours les oreilles attentives et les cœurs ouverts dont nous rêvons. La parabole de l’ivraie prend exactement la suite en posant la question : si l’on peut identifier les causes de nos échecs dans la mission d’évangélisation, ne peut-on pas prendre des mesures tout de suite ?

Nous nous retrouvons dans ce champ que son propriétaire a ensemencé. Le traducteur l’appelle « ivraie », en grec c’est « zizanion » ; c’est de là, nous le savons, qu’est venue l’expression « semer la zizanie, la discorde ». Alors qu’il était bien difficile de changer la nature du terrain (dans la parabole du semeur), il paraît davantage possible d’intervenir pour supprimer le parasite. Mais l’histoire nous dit que le propriétaire s’y oppose : c’est au maître de la moisson, et à lui seul, qu’il revient de faire le tri quand il le jugera bon. Traduisez : c’est à Dieu et à personne d’autre qu’il revient de déraciner le mal Qui es-tu pour juger un serviteur qui ne t’appartient pas ? dit Paul dans la lettre aux Romains (Rm 14, 4).

Cela veut dire que Jésus nous invite à accepter ce mélange permanent de bien et de mal. Un jour viendra pourtant où le maître de la moisson dira que l’heure a sonné de faire le tri. Jésus reprend là, dans l’explication qu’il donne à ses disciples, le style et l’imagerie traditionnelle du thème du jugement dans toute la Bible : il est toujours présenté comme une division en deux camps, les bons d’un côté, les mauvais de l’autre, mais personne ne s’y trompe : personne n’oserait se vanter d’être entièrement bon, personne non plus ne peut être accusé d’être entièrement mauvais ! La frontière qui sépare les bons des méchants passe en réalité en chacun de nous ! Nous sommes tous des êtres partagés. Quand Malachie oppose les humbles aux arrogants (Ml 3, 19 1), quand Jésus oppose bon grain et ivraie, nous sommes tous concernés : tous à la fois humbles et arrogants, justes et méchants, bon grain et ivraie ; nous retrouverons exactement la même opposition dans la parabole du jugement dernier également chez saint Matthieu (Mt 25, 31 – 46).

Mais alors comment comprendre concrètement, et comment concilier la brutalité promise aux méchants et la récompense promise aux bons, si nous sommes chacun les deux à la fois? C’est Malachie qui nous donne la réponse : le soleil de justice fera germer tout ce qui est bon, le mal disparaîtra en un clin d’œil.

A l’histoire de l’ivraie, Jésus ajoute deux autres paraboles très courtes : la graine de moutarde et le levain ; elles apparaissent comme un contrepoint aux deux grandes paraboles précédentes qui décrivaient tous les obstacles à la croissance du Royaume ; elles disent au contraire sa puissance intérieure qui le fera aboutir infailliblement à son parfait déploiement : la graine de moutarde et le levain sont tous deux enfouis et disparaissent. la graine pour devenir elle-même le grand arbre, le levain, lui, au profit de la pâte qui lève grâce à lui.

Par-là, Jésus nous invite à la confiance, à la patience et à l’humilité : remarquez la fragilité des commencements, la petitesse de la graine ou du levain comparée à la taille du résultat.

Patience : la moisson viendra. Ce message de patience qui consonne si bien avec la première lecture nous suggère une nouvelle lecture de la parabole de l’ivraie : si Dieu se montre aussi patient, c’est peut-être parce qu’il ne faut pas risquer de perdre de bonnes gerbes en arrachant les mauvaises herbes (tout jardinier connaît ce risque). Mais c’est surtout parce qu’il ne désespère jamais de transformer l’ivraie de nos cœurs elle-même en bon grain !

IvraieBlé

A la fin de la célébration, l’abbé Ista nous a proposé une courte méditation, basée sur une réflexion de l’écrivain Colette Nys-Mazure, qui tient une chronique dans l’hebdomadaire français La Vie. Sa chronique, parue le 17 juillet dernier, s’intitule Avancer en vie; elle nous stimule à rendre grâce pour toutes les merveilles dont nous sommes les témoins et les acteurs… vous pouvez la retrouver ici: avec notre curé, rendons grâce pour tous les bienfaits dont nous sommes les témoins !

ColetteNys-Mazure

Illustrations :

  • 2 jolis dessins de Jean-François Kieffer (1000 visages d’Evangile, numéros 78 A et D)
  • Photo de Colette Nys-Mazure : présente sur son site internet.

Première messe à Theux de notre nouveau curé !

Ce dimanche 13 juillet, joie ! Notre nouveau curé, l’abbé Jean-Marc Ista, a célébré sa première messe dominicale en l’église de Theux !

Monsieur Jacques César (qui aime accueillir et remercier !) a prononcé quelques mots à l’ouverture de la célébration, au nom du Conseil de Fabrique et au nom de toute la communauté paroissiale, pour souhaiter la bienvenue à l’abbé Ista.

Sous les photos, vous trouverez le résumé de l’homélie prononcée par notre curé, qui nous a commenté la parabole du Semeur, l’évangile du jour, lu par Jacques Delcour, quelques minutes auparavant.

Bienvenue, cher Monsieur le Curé, et bon apostolat parmi nous !

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Voici le résumé de l’homélie de l’abbé Ista : Le semeur

Il y a quelques jours, l’oncle d’un des jeunes Israéliens assassinés récemment n’a pas été surpris d’être appelé au téléphone par le maire de Jérusalem : celui-ci voulait le mettre en communication avec quelqu’un. Cette personne était le père du jeune palestinien tué quelque temps après son neveu. Et c’est ainsi que les deux hommes ont pu prendre le temps d’échanger des condoléances.

Ceci est l’exemple d’une parole qui ne fait pas la Une des médias mais qui change sans doute quelque chose jusque dans l’humilité de son expression.

Ce dimanche, Jésus lui-même nous entraîne à écouter une parole humble et vraie au travers de la parabole du semeur. Celle-ci fonctionne comme une pub : c’est à la fin que se trouve le message essentiel ! Quoiqu’il arrive, la vie, comme la semence est faite pour produire du fruit et du fruit en abondance !

La bonne nouvelle est que Jésus nous convoque ainsi à la confiance et à l’émerveillement !

La légèreté de cette démarche n’est pas innocente car elle nous conduit à l’espérance. Comme Paul le rappelle avec ses mots dans sa lettre aux Romains, la volonté du Créateur est de nous confier un lieu de rencontre inachevé. Lieu où le mal a surgi par accident. Si Dieu fait œuvre de salut en Jésus, il poursuit aussi en lui l’accomplissement d’un immense projet : celui de la révélation de ses enfants !

Ainsi, nous sommes bien l’objet de toutes les attentions de l’amour de Dieu.

Cette grâce ou ces grâces, il s’agit pour nous de les recevoir et d’y participer de manière active.

Dieu a sans cesse besoin de nos « oui » : oui à sa présence, oui à notre propre existence, oui à l’amour du prochain. Le royaume de Dieu se donne dans toutes les dimensions de notre vie ! Enfants de Dieu, nous sommes héritiers et donc responsables de ce bien.

Responsables pour notre part. La parabole le laisse entendre ainsi que la suite de l’évangile. Etre disciple du Christ est vouloir collaborer à la croissance de la vie de Dieu en nous et autour de nous. Conscients de nos limites –les différentes terres- nous n’avons pas à nous décourager et à désespérer. La bonne terre en nous, si petite soit-elle, portera du fruit au centuple… pour autant que nous en prenions soin.

Confiance et émerveillement. Le semeur est le Christ et sa parole est agissante. Elle ne peut qu’être fertile et productive car elle vient du Père comme nous l’a rappelé la première lecture !

Cette semaine, prenons le temps de nous émerveiller des petites choses : les rencontres, les tâches ménagères ou autres et pourquoi pas le cadeau d’ouvrir un simple robinet et de voir l’eau couler ?

Ainsi nous entrerons davantage en confiance avec le Seigneur au creux de nos vies et nos histoires diverses. Ainsi, nous nous préparerons à accueillir la foi et l’espérance lorsqu’il nous faudra compter sur l’amour de Dieu et sa force aux heures où notre terre se fera aride et inculte en apparence.

C’est lorsqu’il fait beau qu’il faut goûter à la lumière pour continuer de croire en elle, dans l’obscurité et les orages de la vie !

Abbé Jean-Marc Ista

Laissons-nous bouger par l’Esprit-Saint!

Pentecôte2

Pentecôte – Theux et Jehanster, le 8 juin 2014
Jn 20,19-23

La Pentecôte que nous célébrons en ce jour est d’abord cet événement extraordinaire que nous raconte le livre des Actes des Apôtres. Nous sommes sur la place publique, celle de Jérusalem. Le bruit, le vent et le feu jouent les premiers rôles et donnent de la Pentecôte un aperçu spectaculaire et tonitruant.

Mais l’essentiel est ailleurs : dans la transformation, la métamorphose des Apôtres qui, évidemment, ne s’attendaient pas à ce renouveau.

Tous furent remplis de l’Esprit-Saint, nous dit la première lecture.

Phénomène extérieur sous le signe concret des langues de feu, mais surtout événement intérieur qui atteint l’esprit et le cœur de chacun. Cet Esprit-Saint dont nous célébrons l’effusion en cette fête de Pentecôte, nous pouvons en souligner trois aspects qui peuvent, je pense, éclairer la situation de nos communautés en ce temps de transition. Ces trois aspects, caractéristiques de l’action de l’Esprit-Saint, nous pouvons, avec le pape François, les nommer : nouveauté, harmonie, mission.

La nouveauté nous fait toujours peur, parce que nous nous sentons plus rassurés si nous avons tout sous contrôle, si c’est nous-mêmes qui construisons, programmons selon nos plans, nos goûts.

Il nous est donc difficile de nous abandonner à Dieu, laissant l’Esprit Saint être le guide de notre vie. Nous avons peur, comme les Apôtres, que Dieu nous fasse parcourir des chemins nouveaux, nous fasse sortir de notre horizon souvent limité et égo-centré. Quand Dieu se révèle, l’histoire du Salut nous l’enseigne, Dieu apporte toujours du neuf. Ainsi les Apôtres, craintifs et enfermés dans le cénacle, sortent avec courage pour annoncer l’Évangile.

Et nous, sommes-nous ouverts aux surprises de Dieu ? Sommes-nous courageux pour oser prendre de nouveaux chemins ? Ou bien défendons-nous à tout prix des structures et une organisation qui nous arrangent ?

Nous passons d’un curé à un autre avec les changements que cela va provoquer nécessairement.

Alors, aurons-nous assez de confiance dans la Providence pour vivre cette nouveauté comme une occasion de rebondir plutôt que comme une nouvelle cause de mécontentement et de grogne ?

Deuxième idée : c’est par l’Esprit-Saint, écrit saint Paul, que nous formons un seul corps. Oui, c’est l’Esprit-Saint qui est l’harmonie, celle de l’Église, celle de nos communautés.

S’il y a un enjeu primordial aujourd’hui, dans notre unité pastorale, c’est effectivement de réussir cette harmonie, cette alliance entre unité et diversité.

Mais avant notre oeuvre, c’est celle de l’Esprit-Saint qui, à la fois, suscite la diversité et opère l’unité, que ce soit d’abord au niveau de notre paroisse, et aussi à l’échelle de l’Unité pastorale composée de 8 paroisses.

En effet, quand c’est nous qui voulons faire la diversité, nous ne faisons que nous fermer sur nos particularismes, sur nos exclusivismes ; bref, nous apportons la division. De même, quand c’est nous qui voulons faire l’unité selon nos desseins humains, nous finissons par apporter l’uniformité, l’homogénéité.

Laissons-nous guider par l’Esprit-Saint. Lui nous pousse à vivre la variété dans la communion. Mais qu’est-ce que la communion ? Comment l’envisager concrètement entre nos 8  paroisses ?

Troisième trait de l’action de l’Esprit-Saint : il est l’âme de la mission.

De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, disait Jésus, je vous envoie. Puis, il répandit sur eux son souffle en disant : Recevez l’Esprit-Saint.

C’est, en effet, l’Esprit-Saint qui, comme le vent, nous pousse à ouvrir les portes pour sortir, pour annoncer et témoigner de la bonne vie de l’Évangile, la joie de la foi.

L’Esprit-Saint nous engage à sortir de nos problèmes et de nos communautés pour aller vers nos concitoyens, particulièrement les plus fragiles, les plus délaissés. Je pense aux malades, aux personnes âgées, aux 400 personnes hébergées dans nos maisons de repos.

Laissons-nous bouger par l’Esprit-Saint. Que souhaiter de mieux en cette fête de Pentecôte et de changement annoncé !

Abbé Marcel Villers

(Inspiré par l’homélie du 19 mai 2013 du pape François)

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